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Marion Maréchal-Le Pen se retire de la vie politique. Photo © AFP

Confession. Après qu’elle a annoncé son retrait de la vie politique, Marion Maréchal-Le Pen explique à Valeurs actuelles les raisons de son choix, et réagit aux propos violents de son grand-père Jean-Marie Le Pen.

Valeurs actuelles. Quelles raisons ont motivé votre décision, annoncée aujourd’hui, de vous retirer de la vie politique ?
Marion Maréchal-Le Pen. Mes raisons sont d’abord personnelles. Je parle assez peu de ma vie privée, parce que je suis opposée à la peopolisation de la vie politique. Mais dans le cas présent, je dois rappeler que je suis chargée d’âme. Quand je regarde derrière moi, je suis obligée de constater que ces dernières années, j’ai beaucoup manqué à ma fille, et elle m’a aussi beaucoup manqué. Je pense que nous avons des devoirs premiers auxquels il  faut répondre. Si on n’assume pas ses devoirs à l’égard de la petite nation, on ne risque pas de le faire correctement à l’égard de la grande nation. Petite famille et grande famille sont complémentaires, j’en suis intimement convaincue. J’ai donc tout simplement envie d’être présente pour ma fille pendant ses années les plus fragiles.

Vous évoquez aussi dans votre lettre votre besoin de vous “extirper” du monde politique. 
J’ai toujours dit que je souhaitais avoir une autre expérience en dehors de la politique. J’ai grandi dans ce monde, j’y baigne depuis ma première enfance. Je n’ai aucun regret, mais je peux dire que presque malgré moi, ce milieu m’a happée sous l’impulsion de Jean-Marie Le Pen à l’époque.

Être élue jeune m’a fait connaître très tôt les honneurs et le niveau de vie très confortable qui accompagnent le mandat. Cela m’a préservée d’un certain nombre de difficultés et d’inquiétudes auxquelles sont confrontés les Français, même si j’ai toujours essayé d’y rester très attentive sur le terrain, de ne jamais perdre pied. En termes de construction personnelle, j’ai besoin de vivre cela avec eux, et j’en ai également très envie. J’aime le monde de l’entreprise, qui m’a toujours attirée. Je pense que je ne serais pas quelqu’un de parfaitement aboutie et sans cette expérience.

Pourquoi choisir ce moment pour prendre cette décision ? 
Je suis convaincue que si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais. Il est éminemment difficile de quitter ce monde politique. Plus on attend, plus grande est la difficulté. Je suis terrifiée à l’idée de finir comme un Christian Estrosi , des ultra-cumulards, professionnels cyniques de la politique qui ne font plus que cela depuis des décennies et qui seraient prêt à n’importe quelle trahison pour préserver leur rente. C’est un modèle complètement révolu. Les Français ont besoin, pour respecter les politiques, qu’ils prouvent aussi leur liberté, leur désintéressement. Il est important que des élus démontrent qu’ils sont capables de renoncer à leur statut.

Dans les médias, votre décision est présentée comme un plan temporaire. Qu’est-ce que cela signifie ? 
J’ai simplement dit : “Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau”. A l’heure actuelle, je me vois mal ne plus jamais refaire de politique. J’ai des convictions sincères, des inquiétudes sincères pour mon pays, des ambitions sincères pour lui. Il est compliqué pour moi d’imaginer ne plus jamais me mettre au service du bien commun.

Certes, il y a beaucoup de façons de servir le bien commun en dehors du monde politique et surtout des partis mais si l’on veut concrètement changer les choses, ils sont incontournables. On peut le déplorer, critiquer les limites des partis, leurs défauts, la discipline qu’ils engendrent et qui limite les marges de manœuvre. Mais si le combat culturel est nécessaire, il a pour finalité le succès politique. Il est indispensable de passer par le biais électoral. Je ne pense donc pas renoncer définitivement.

Vous avez des délais en tête quant à votre possible retour ? 
Aucun, je ne me projette pas aussi loin ! Je suis uniquement concentrée sur mon futur immédiat, essayer de reconstruire ma vie personnelle et trouver une activité professionnelle dans laquelle je sois épanouie. Ce n’est pas facile, je vais le dire franchement, au regard de mon parcours, de ma notoriété et du patronyme qui est le mien… Je verrai ensuite en fonction des circonstances, si on a besoin de moi et si je peux être utile à quelque chose. S’il s’avère que la vie politique se recompose de façon efficace… Personne n’est indispensable.

Avez-vous déjà des projets concrets pour votre reconversion ?
J’ai des pistes, des rendez-vous, mais tout cela ne sera pas concrétisé avant, au plus tôt, la semaine prochaine. Tant que je n’avais pas fait d’annonce officielle, il était difficile de prospecter.

Votre grand-père, Jean-Marie Le Pen, a affirmé aujourd’hui que votre départ était une désertion. Qu’est-ce que cela vous évoque ? 
Il a toujours un raisonnement sacrificiel à l’égard de la politique, un Peu désincarné:  Mais je pense que nous avons changé de génération politique ! Il raisonne selon un schéma, qui a prévalu pendant des années, où il était souhaitable d’accumuler les mandats et d’avoir beaucoup d’expérience politique pour être légitime.  Aujourd’hui, les Français sont dégoutés par la politique et les politiciens, qui sont considérés par eux comme des rentiers et des profiteurs. On ne peut plus faire de la politique dans les mêmes conditions qu’à l’époque de Jean-Marie Le Pen. Il faut que les élus fassent preuve de liberté, de désintérêt et d’expérience professionnelle.

Il remet notamment en cause le timing de votre annonce, qui pourrait créer selon lui une dynamique négative au FN avant les législatives. 
Je pense que c’est une mauvaise analyse. Il suffit de regarder les réactions. Les gens ne sont pas scandalisés, ils comprennent parfaitement. Par ailleurs j’ai précisé que je serai aux côtés des candidats dans ces législatives. Encore une fois, Jean-Marie Le Pen raisonne dans un référentiel politique qui n’existe plus. Il a lui-même consacré peu de temps à sa famille. Mais je suis une maman, je ne suis pas dans la même situation que lui. J’ai envie d’avoir le courage et la liberté de renoncer à tout ce pour quoi beaucoup tueraient père et mère. J’ai encore ce courage, à 27 ans, de pouvoir renoncer à un niveau de vie et un certain confort. Il faut que je saisisse cette opportunité que je n’aurais peut-être plus dans quelques temps. Mon grand-père ne comprend pas qu’il s’agit d’un gage de liberté. Pourtant cela lui ressemble, la liberté. Il devrait en être fier, c’est la principale chose qu’il nous a transmise.

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