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Par Jean-Jacques Kourliandsky

L’élection d’Emmanuel Macron, président de la République française, a été suivie avec voyeurisme, nostalgie et sympathie en Amérique latine.

D’abord parce qu’il s’agit de la France. La France n’ayant pas colonisé l’Amérique latine, elle bénéficie d’un traditionnel a priori favorable. L’esprit des  « Lumières » a été revendiqué pour construire les indépendances. Ses peintres et écrivains, ainsi que certains de ses chefs d’État ont laissé une empreinte durable. L’art de vivre à la française, vu d’Amérique latine, est pavé au long des Champs Elysées, de haute couture, parfums, vins et alcools capiteux.

Ensuite, la jeunesse d’Emmanuel Macron – et de son couple -, insolites, ont capté la curiosité. Mais de ce point de vue, « EM » est bien en tout point français, héros d’une telenovela sur fond de tour Eiffel. D’un quotidien à l’autre, les chapitres de cette histoire imaginaire ont confirmé sa place d’acteur conjoncturel et central de la saga française. Le quotidien argentin Clarin, tout comme La Tercera au Chili et bien d’autres, ont consacré de longs articles à Brigitte Macron, le plus souvent qualifiée de « future Michelle Obama de France ». En cela, avec elle le président est comme tout français qui se respecte : romantique. Sa victoire – elle aussi inattendue et surprenante, sans organisation partisane et très souvent signalée -, a été perçue comme une marque supplémentaire de la différence française.

Les messages de félicitation envoyés par ses pairs latino-américains – il est vrai de rigueur en ces circonstances, ainsi que celle de l’élection du responsable de l’une des cinq nations disposant d’un siège permanent au Conseil de sécurité -, ont été immédiats. Du Mexique à l’Argentine, en passant par le Venezuela, les gouvernants en place ont envoyés leurs meilleurs vœux. Les uns saluent « son triomphe électoral », comme l’argentin Mauricio Macri et le colombien Juan Manuel Santos. D’autres, du Chili, d’Equateur et du Guatemala insistent sur le « civisme démocratique » des électeurs. Tout au plus pourra-t-on remarquer les quelques messages, lancés à toutes fins utiles, en direction du président-Godot, si longtemps attendu depuis de Gaulle et Mitterrand. Espérant donc comme les chefs d’État colombien, équatorien et vénézuélien « un renforcement de la coopération pour la paix, l’éducation et le commerce » avec la France.

À leur décharge, le vainqueur de la présidentielle n’a pratiquement pas évoqué dans ses débats électoraux ses propositions sur l’Amérique latine ; pas plus d’ailleurs que ses nombreux concurrents. C’est à peine s’il a glissé une allusion ciblant ironiquement la proposition d’adhésion de la France à l’Alliance bolivarienne des Amériques faite par son adversaire de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci a rectifié oralement en précisant que cette proposition en fait ne concernait que les départements français des Amériques. Les choses en sont restées là. Emmanuel Macron aurait pu s’étonner du correctif. Les DFA depuis bien longtemps coopèrent avec le Venezuela au sein de l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). Il est vrai que la Guyane, évoquée pour son actualité sociale, a été « insularisée » de façon inopportune par le candidat Macron. Mais les Français ne sont-ils pas connus pour leur dédain des contingences géographiques ?

Les praticiens de l’exégèse thérapeutique ont bien tenté d’extrapoler afin de remplir la case Amérique latine du président élu. La BBC en espagnol a relevé le défi, dès avant le deuxième tour, en demandant « quel est le président qui conviendrait le mieux à l’Amérique latine ? ». Réponse : Emmanuel Macron, qui va poursuivre la diplomatie économique de François Hollande. Pourquoi pas ? A condition d’avaliser un certain nombre de préalables non démontrés. Celui d’une continuité avec la politique du chef de l’Etat sortant. Continuité fondée sur la participation du président élu au gouvernement du président sortant. Continuité effectivement explicite en matière économique et européenne et donc étendue par hypothèse au domaine des relations extérieures.

Les prises de position ont en effet été rares. Propos libre-échangistes de circonstance, plaidant pour la concrétisation d’un accord Mercosur-UE tenus par « EM », ministre de l’économie à l’occasion d’un colloque sur l’Amérique latine organisé à Bercy avec la BID et l’OCDE. Et dans son programme de politique étrangère, une brève inclusion latino-américaine, placée effectivement dans le droit fil du quinquennat de François Hollande : « Nous sommes encore trop peu présents en Asie, en Russie et en Amérique latine, bien que le gouvernement actuel ait fait des efforts importants dans cette dernière région ».

Quelques indices supplémentaires, relevant pourquoi pas de la kremlinologie, viennent compléter ce tableau plus impressionniste qu’hyperréaliste. Emmanuel Macron écoute la Marseillaise la main sur le cœur, comme le font les présidents des États-Unis. Il perpétue et valide ainsi une attitude civique introduite par Nicolas Sarkozy, le président qui a rompu avec l’établissement diplomatique gaullo-mitterandien. Il affiche en toutes circonstances, suivant le même modèle atlantique, son épouse Brigitte Macron. Confirmerait-il là une autre rupture, celle de la vérité qui serait désormais la même en deçà et au-delà de l’Atlantique ?

 

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