Légitimité présidentielle et (petits) arrangements électoraux

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Tenter, comme le fait François Bayrou, de ressusciter son mouvement centriste et son influence en surfant sur la vague Macron manque de lucidité et de grandeur.  © ROMAIN PERROCHEAU / Getty Images

Les premières difficultés rencontrées par Emmanuel Macron pour imposer ses candidats aux législatives en disent long sur les obstacles au renouvellement de la vie politique française

François Bayrou devrait le comprendre: dimanche, la page du quinquennat de François Hollande et des démons frondeurs de la majorité socialiste sortante sera définitivement tournée. Même si Emmanuel Macron fut le conseiller, puis le ministre du président, dont il défend d’ailleurs une partie du bilan, sa méthode de gouvernement sera aux antipodes de celle de son prédécesseur. Tout comme l’a été, au soir de son élection, sa manière d’endosser, seul et solennel au Louvre, le «costume» de chef de l’Etat français.

On ne peut pas comprendre, dès lors, l’obstination du dirigeant centriste à pratiquer une surenchère électorale avec celui qu’il a incontestablement contribué à faire élire. Emmanuel Macron, jamais élu auparavant, joue un énorme coup de poker politique lors des législatives des 11 et 18 juin. La grande majorité des candidats de La République en marche! sont en effet inconnus du grand public et des électeurs de leurs futures circonscriptions. Tous feront par conséquent campagne sur la «marque» Macron, et sur la promesse d’un profond renouvellement entérinée lors de la présidentielle.

Brouiller ce message par des combinaisons électorales d’arrière-boutique revient donc à mettre en péril ce pari du changement. Et à oublier qu’en France, sous la Ve République, le lien privilégié est celui que le président tisse avec le peuple lors de son élection au suffrage universel. Que les partis politiques français traditionnels cherchent à reconquérir leur pouvoir perdu via l’Assemblée nationale est compréhensible. Opposés à l’ascension d’Emmanuel Macron et grands perdants de la présidentielle, le PS et Les Républicains, pour ne parler que d’eux, ne jouent ni plus ni moins que leur survie lors de ces législatives.

Tenter en revanche, comme le fait François Bayrou, de ressusciter son mouvement centriste et son influence en surfant sur la vague Macron manque de lucidité et de grandeur. Son approche, un centrisme conservateur marqué à droite, n’a cessé de perdre du terrain. Sa capacité à incarner un renouvellement économique, social et générationnel est aujourd’hui presque nulle. Sa démarche, si respectable soit-elle, n’est plus porteuse d’avenir.

Pour avoir forcé le destin en se ralliant à Emmanuel Macron, le dirigeant centriste a pleinement participé à l’aventure de cette nouvelle France en mouvement dont on peine encore à connaître les contours. Son devoir, plutôt que de monnayer de futurs moyens d’influence et de négociation au parlement, n’est donc pas de «fronder» dès les premiers jours alors que le FN rôde. Mais de s’atteler à démontrer que le pari fait le 7 mai par les Français est à la fois substantiel et politiquement viable.

https://www.letemps.ch

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