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Sommes-nous au bout de nos surprises avec Trump (Trump 0.1 passé Trump 2.0 puis “3.0 ou retour à 1.0”) ? C’est bien la seule question de prospective à laquelle nous répondrions sans la moindre hésitation : non, certainement pas, nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Pour nous, Trump, cet “homme imprévisible”, apparaît de plus en plus comme de la catégorie des “marionnettes” dont on sait, depuis l’installation par les “conquérants” US du premier ministre Maliki à Bagdad et du président Karzai à Kaboul, qu’elles se révèlent extrêmement indociles et, justement, complètement imprévisibles. Simplement, aujourd’hui les choses (la révélation de l’indocilité de la marionnette) vont plus vite, beaucoup plus vite : les temps n’ont pas de temps à perdre.

Ainsi en est-il de Trump, dont tout le monde s’accordait à penser qu’il avait été prestement retourné par l’establishment/le Deep State/le complexe militaro-industriel (CMI), devenant ainsi une marionnette et rien d’autre et l’étant effectivement à notre estime, et dont il s’avère brusquement et tout d’une coup (dans plusieurs domaines) qu’il prend spectaculairement et bruyamment toutes les libertés du monde vis-à-vis de ses manipulateurs. On en est à prévoir et à annoncer dans l’urgence un nième nouveau “Soft Coup des manipulateurs contre lui (les manipulateurs tentant de détrôner la marionnette qu’ils ont investie et verrouillée à la place qu’elle occupe !). Pendant ce temps et implacablement, Foreign Policy développe une longue analyse selon laquelle Trump commence à en avoir par-dessus la tête du tuteur qu’on lui a assigné, le Général McMaster avec sa finesse d’éléphant au front de taureau dans un magasin de porcelaine, mais sans la grandiose et puissante majesté de ces deux sublime animaux. On voit d’ici le spectacle, caractérisé par le visage de brute épaisse de McMaster et décrit également de la sorte par Eli Lake, de Bloomberg.News, le 8 mai 2017 : « Ce militaire professionnel n’a pas réussi à bien comprendre comment [manipuler] le président, – en ne lui permettant pas de poser la moindre question durant les réunions [du Conseil National de Sécurité] et, à certains moments, en arrivant à faire la leçon à Trump ». Par conséquent, on commence à chercher un successeur à McMaster comme on est sur le point de sélectionner le successeur de James Comey.

Bref, “rien ne se passe selon le plan” (plutôt “improvisé” que “prévu”). Trump devait, était rentré dans le rang, et le voilà qui en sort brusquement. Cela se sent notamment au niveau de la Syrie où Trump, impérial plutôt que royal, a retiré l’affaire des mains calleuses des généraux McMaster (NSC) et Mattis (DoD) pour les mettre dans les mains diplomatiquement expertes de la doublette Lavrov-Tillerson. Cette image se dégage irrésistiblement du texte d’analyse d’Alastair Crooke, d’une façon assez étonnante et bien dans les habitudes de téléréalité de The-Donald, comme si Lavrov, ce puissant ministre des affaires étrangères de Russie qui ne cessait de pester furieusement contre la ménagerie psychiatrique de la bande à Obama, faisait partie de son administration après tout. On sait bien que ce n’est pas le vrai, les Russes restant les Russes, indéboulonnables, aussi fermes que du granit, mais l’image fait l’affaire et tout le monde pourra en faire son miel, à commencer par Lavrov lui-même qui ne cachait pas son humeur ensoleillée après sa rencontre avec Trump le 11 mai : « Il ne peut y avoir de doute, – la stratégie politique en Syrie revient désormais à Rex Tillerson et Sergei Lavrov… […] Bref, le témoin du relais est passé des généraux Mattis et McMaster, de la sphère de l’intervention militaire considérée en priorité, à la primauté des négociations… »

Grand connaisseur des aléas et des incontinences du furieux théâtre moyen-oriental, Crooke nous entretient des dernières péripéties du chaudron syrien, où il semblerait que les États-Unis, sous la conduite désormais éclairée du président Trump, ont emprunté une voie nouvelle que leur ont préparée les Russes avec les accords d’Astana de fin-avril, avec la possibilité, – une fois de plus mais pourquoi pas celle-là, – d’aller vers un apaisement du conflit. La place maîtresse des Russes d’un point de vue opérationnel leur est reconnue, ce qui revient aux conceptions du Trump d’avant l’élection (laisser l’essentiel du travail opérationnel aux Russes, même si c’est au prix d’une baisse de l’influence US, – mais celle-ci d’ores et déjà actée, alors…). A la préoccupation d’une lectrice commentant le texte de Crooke dans sa version éditée par le site SST (Sic Semper Tyrannis) du colonel Lang, approuvant l’analyse de Crooke mais constatant l’absence de la prise en compte d’un acteur principal de la crise, Israël, répond peut-être ce bref commentaire de DEBKAFile du 11 mai 2017, à propos des préoccupations israéliennes d’avoir sur leurs frontières des contrôleurs militaires iraniens pour l’une des zones de “désescalade” du conflit décidées à Astana, celle-ci à la frontière syro-israélienne. Un coup de téléphone de Netanyahou à son ami Poutine, le 10 mai, aurait abouti à l’accord des Russes pour remplacer les contrôleurs militaires iraniens par des contrôleurs militaires russes.

Le tableau général que trace Alastair Crooke nous permet de nous rattraper et de retrouver certaines péripéties qui, depuis trois ou quatre semaines, pendant que le devant de la scène était occupée par la pseudo-crise nord-coréenne avec les aléas de la position intérieure de Trump toujours agitée par une tempête suivant l’autre, et, conjointement, par l’élection présidentielle française, faisaient évoluer les choses en Syrie. On sait qu’il s’agit là d’un caractère central de ce temps crisique où, justement, tout est crise, et où aucune crise ne se résout en rien et continue à se développer même si d’autres centres crisique d’attraction occupent momentanément le devant de la scène. Il s’agit donc, dans le chef du texte que nous reproduisons ci-dessous, d’une saine remise à jour de notre information, – sans aucunement préjuger de la suite pour autant.

Là aussi comme ailleurs, rien ne se passe jamais vraiment comme prévu, et ce qui semblait irrémédiablement compromis (l’entente Russie-USA après l’arrivée de Trump) avec l’attaque des missiles de croisière Tomahawk le 6 avril, est désormais complètement renversé à nouveau en une perspective d’entente accélérée. Alors que cette attaque était perçue le 7 avril comme la première avant beaucoup d’autres, la version qui est désormais fermement retenue est celle d’une déclaration parmi d’autres très variables de Donald Trump disant le contraire, et désormais considérée comme la ligne politique suivie (« Pour exprimer la chose clairement, Trump a dit explicitement après l’attaque des Tomahawk : “nous n’allons pas aller en Syrie”, – impliquant que l’attaque était un seul coup isolée... »). On jugera cela prometteur, avec toutes les réserves du monde d’usage comme l’on doit évidemment s’en douter. Le désordre désormais maître du monde permet de ces licences.

Dans l’attente, voici le texte d’Alastair Crooke tel qu’il est reproduit dans SST, le 13 mai 2017… (Pour des raisons techniques, nous avons réuit le titre dont l’original nous dit : « Trump Changes Gear: Strategic Syria policy now lies with Tillerson and Lavrov ».)

dedefensa.org

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