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Et continue de déstabiliser la droite

Christian Rioux 
Emmanuel Macron a nommé aux postes clés du gouvernement des Européens très convaincus.
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse 

En faisant connaître mercredi la composition de son Conseil des ministres, le nouveau président français, Emmanuel Macron, a fait un acte de foi en faveur de l’Europe et poursuivi l’oeuvre de déstabilisation de la droite entamée depuis son élection. Contrairement aux rumeurs qui annonçaient trois ou quatre ministres issus de la droite, seuls deux ministres viennent de cette famille politique. Il s’agit cependant de « prises » de taille, comme on dit à Paris. L’ancien candidat à la primaire de la droite Bruno Lemaire et l’ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy Gérald Darmanin seront respectivement ministres de l’Économie et du Budget.

Pour la plupart des observateurs, le nouveau président, en quête d’une majorité à l’Assemblée nationale, entend ainsi faire savoir qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre son programme économique et celui de la droite. Ces nominations surviennent un mois seulement avant les élections législatives. Elles devraient embarrasser encore un peu plus Les Républicains (LR), qui cachent mal leurs divisions depuis que toute une aile du parti, proche d’Alain Juppé, a manifesté son intention de soutenir le nouveau président. Le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, s’est contenté d’annoncer que les membres de LR qui ont choisi de rejoindre le gouvernement ne font plus partie des Républicains.Fait notable, les principaux ténors du gouvernement sont tous des Européens très convaincus, comme le président du Modem, François Bayrou, à la Justice, et l’eurodéputée Sylvie Goulard, aux Armées. Cette dernière ne cache pas son soutien à une Europe fédérale. Symbole de cette orientation proeuropéenne, le ministère des Affaires étrangères a été rebaptisé ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. C’est le proche soutien d’Emmanuel Macron et ancien ministre socialiste de la Défense Jean-Yves Le Drian qui en hérite. Ces deux dernières nominations laissent notamment penser que la Défense pourrait être au coeur des prochaines initiatives européenne du nouveau président.

 À l’Écologie, un opposant à l’AECG L’autre grande « prise » de ce nouveau gouvernement est l’écologiste bien connu Nicolas Hulot. Cela fait vingt ans que cette ancienne vedette de la télévision, aujourd’hui à la tête d’une fondation qui porte son nom, est sollicitée par tous les gouvernements de droite comme de gauche. Dans le cadre des négociations de la COP 21, Nicolas Hulot avait été nommé envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète. Il fait le saut alors qu’Emmanuel Macron avait été accusé de défendre un programme n’accordant pas une grande place à l’écologie.

Nicolas Hulot est un opposant à la ratification du traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Il a soutenu que ce traité était contraire à plusieurs droits fondamentaux. Il le juge aussi « incompatible » avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. En campagne, Emmanuel Macron a promis la création d’un comité d’experts pour réexaminer ce traité qui doit être ratifié par les 27 pays membres de l’Union européenne.C’est sans surprise que le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, a hérité du ministère de l’Intérieur. En plus d’en être l’aîné, il devient le numéro 2 du gouvernement. Élu socialiste depuis 40 ans, c’est à lui que l’ancien premier ministre centriste Raymond Barre avait cédé sa mairie de Lyon en 2001. Accusé par ses adversaires de minimiser l’importance de la sécurité et de la lutte contre l’islamisme, ce soutien de la première heure d’Emmanuel Macron a affirmé mercredi que « la sécurité et la tranquillité des Français » sont « les premières des libertés publiques ». Il a aussi dit son attachement à la laïcité, qui est, dit-il, « la liberté pour ceux qui croient de pratiquer librement leur religion sous une condition : qu’ils ne viennent pas faire obstacle aux lois de la République ».

 Un gouvernement paritaire

Le nouveau gouvernement est composé en parts égales d’hommes et de femmes, même si ces dernières n’occupent aucun grand ministère régalien. À l’exception de Sylvie Goulard aux Armées, où l’avait précédée Michèle Alliot-Marie en 2002.Avec Nicolas Hulot, fait exceptionnel, ce gouvernement s’ouvre à 10 autres personnalités issues de la société civile et n’ayant pas occupé auparavant de fonctions politiques. Parmi celles-ci, on note la nomination à la Culture de Françoise Nyssen, qui dirige la très respectée maison d’édition Actes Sud. L’Éducation revient à Jean-Michel Blanquer, qui dirige la prestigieuse école d’administration, l’ESSEC. C’est la médecin Agnès Buzyn qui hérite du ministère de la Santé et l’escrimeuse Laura Flessel, des Sports. Dans le passé, ces ministres sans véritable expérience politique ont souvent eu des carrières éphémères.

Emmanuel Macron a annoncé que le premier projet de loi qui sera soumis au Conseil des ministres concernera la « moralisation de la vie publique ». C’est François Bayrou qui le pilotera. Après une campagne présidentielle marquée par les « affaires », tous les sondages indiquent la grande popularité d’une telle loi, contrairement aux difficiles réformes économiques, qui ne surviendront pas avant l’été. Ce projet de loi ne devrait donc pas nuire au nouveau gouvernement, dont l’avenir demeure suspendu au résultat des élections législatives des 11 et 18 juin prochains. Il n’est pas rare que le résultat des législatives force le président à modifier la composition de son gouvernement, et parfois même à changer de premier ministre.

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