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Voter Macron, le 11e commandement?

Elisabeth Lévy

Emmanuel Macron à Sarcelles, 15 mars 2017. SIPA. AP22028118_000001

Tout juif doit avoir deux synagogues dans sa vie : celle où il va prier et celle où il ne mettra jamais les pieds. J’ai pensé à cette blague, dans la matinée du vendredi 5 mai, en voyant arriver un courrier électronique intitulé : « Au nom du Judaïsme et de la République. » Mazette ! Quelle cause pouvait bien justifier que l’on convoquât de si hautes instances, quelques heures avant la clôture de la campagne électorale ? Les signataires, qui exercent des responsabilités au sein d’institutions communautaires ou culturelles (ce qui, apparemment, autorise à s’exprimer au nom du Judaïsme), entendaient « rappeler à tous les juifs de France meurtris par la violence antisémite islamiste que l’inquiétude pour leur avenir ne devait pas les conduire à céder à la tentation du pire ». Sans doute avaient-ils découvert avec effroi qu’une fraction, certes réduite mais en croissance, de la jeunesse juive, bravant leurs interdits moraux, avait rejoint l’électorat du FN, parti qu’elle considère comme plus à même de contrecarrer la progression de l’islamisme. À lire leurs exhortations, on avait l’impression que voter Macron était devenu le 11e commandement (et le faire savoir le 12e). Le plus marrant, c’est qu’au même moment, l’Église de France refusait de prendre position, ce qui, comme l’a finement observé Eugénie Bastié, devait lui valoir des sermons énervés des curés du Monde et de Libé.

Le ridicule de la bonne conscience résistante

Certes, il n’était nullement scandaleux de voler au secours d’une victoire largement acquise au soir du 23 avril – et peu de gens s’en sont privés. Ainsi put-on assister à un désopilant défilé de corporations, d’associations et de délégations apportant au jeune messie, tels les Rois mages, leurs précieux votes, enrubannés de jolies considérations morales. Décidément, rien ne surpasse dans le ridicule la bonne conscience résistante, quand les résistants, majoritaires, contrôlent les forces de l’ordre – et que les nazis, quoique souvent mal embouchés, sont respectueux des lois (bien sûr, si le FN était un parti nazi, il serait du devoir de tout le monde de le combattre). Quoi qu’il en soit, on ne saurait interdire à quiconque d’exposer ses nobles sentiments et de proclamer courageusement à la face du monde qu’il aime l’ouverture et pas la fermeture.

Si cet appel au vote juif – que je dois être l’une des rares à avoir lu – m’a autant chiffonnée, c’est à cause de la double volonté, d’embrigadement et d’ostentation, qu’il manifeste. T’es juif, tu votes Macron et tu le portes en bandoulière. Ça ne se discute pas. Cinq mille ans de coupage de cheveux en quatre, de disputes entre rabbins, de querelle heuristique et on voudrait que le peuple juif ressemble à une armée ou au parti communiste soviétique (auquel il a par ailleurs fortement contribué) ? Désolée, je ne marche pas. Ce qui m’enchante dans la pensée juive – ou dans le peu que j’en connais

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