Si la rédaction de France 2 est « profondément choquée », ce n’est pas seulement parce que Pujadas quitte les manettes

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Par Virginie Roussel,

Pourquoi ce 17 mai 2017 ? Pourquoi le jour de l’annonce officielle des ministres qui composeront le gouvernement d’Edouard Philippe, le premier du quinquennat Macron? Hier, donc, France Télévisions a choisi d’annoncer le départ précipité de David Pujadas. Delphine Ernotte, PDG du groupe audiovisuel public, a justifié sa décision auprès de l’AFP. « Après 16 ans, il faut une nouvelle incarnation parce qu’on arrive à la fin d’un cycle« . Un départ qui ne serait pas un « désaveu« , puisque David Pujadas conserverait son « Émission politique ». Son JT rivalise avec celui de TF1, le leader, en réunissant 5,2 millions de téléspectateurs pour 22,7 % de parts d’audience, le 10 mai dernier.

Ce départ programmé pour septembre fait débat depuis qu’il a été reproché à Delphine Ernotte d’avoir claqué la bise à l’épouse d’Emmanuel Macron, le soir du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle. « Interrogée par les salariés, la présidente de France Télévisions a assuré que son choix annoncé dix jours après l’élection présidentielle n’était pas lié au nouveau président de la République« , rapporte l’AFP.

Conflit de personnalités ?

Alors, pourquoi avoir choisi cette date alors même que la nomination d’un nouveau gouvernement est souvent annonciatrice de changements dans l’audiovisuel public ? « La rédaction est profondément choquée, non pas parce que Pujadas quitte les manettes, mais par la brutalité de la méthode et le timing choisi. C’est irresponsable et hallucinant ! Le moment choisi donne au changement du ‘20 h’une portée politique et fait planer une forme d’ombre imposée par le changement de présidence. On brouille le message. Comme Pujadas est une figure symbolique, cela donne l’impression du fait du prince. Sur le fond, je crois que ce n’est pas le cas« , affirme Manuel Tissier, grand reporter chez France Télévisions et président de la Société des journalistes (SDJ) de France 2. « Michel Field voulait se débarrasser de l’équipe du ‘20 h’depuis longtemps. Mais il n’a aucune autorité ni aucune légitimité, depuis qu’une motion de défiance a été votée à une large majorité contre lui en avril 2016. Comme il n’a pas les coudées franches, il se saisit du changement de gouvernement pour exécuter les basses œuvres de façon brutale. »

Dans une tribune parue le 16 mai dernier, dans « Libération », intitulée « Médias et politique : une urgence démocratique », Michel Field, directeur exécutif de l’information de France Télévisions en appelait à « un sérieux examen (auto)-critique » et s’interrogeait sur l’incarnation des JT. En interne, la rédaction avait exprimé de manière très majoritaire la volonté de faire évoluer le JT de David Pujadas.

« Une réunion avait été prévue avec Michel Field depuis une dizaine de jours, rapporte Manuel Tissier. Et la veille de la décapitation de Pujadas, Michel Field rédige une tribune dans laquelle il donne les pistes de réflexion, sans même nous écouter ! Pourtant, trois fois par jour, il y une conférence de rédaction. Rien ne l’empêche de prendre la parole ! Il se sert de ‘Libé’pour critiquer une ligne éditoriale dont il est pourtant le garant. »

Pujadas, soutenu en interne

La personne de David Pujadas, ne semble pas être remise en question par ses confrères. « Il sait mener un direct, une interview, il a une force de proposition, d’innovation, une énorme capacité de travail, même si ses choix éditoriaux sont critiquables. » Mais c’est le management qui pose question, selon le président de la SDJ : « Le fonctionnement de Pujadas est assez dogmatique, voire autocratique. Il a une certaine fermeture sur certaines thématiques, sur l’approche de la culture, du sport, de la politique, un peu trop monocolore. Mais nous étions justement en train d’en débattre. »

Dans leurs tracts, le SNJ de France Télévisions dénonçait aussi les méthodes de management du JT : « L’équipe du ‘20 h’a pour réputation de vouloir maîtriser de A à Z tous les reportages en écartant les journalistes qui ne sont pas dans le moule. Ceux qui ne font pas des reportages dans le sens demandé sont souvent mis à l’écart. »

http://www.lalibre.be

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