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Par Florence Autret 
C'est François Bayrou qui, en 2009, lui donne une chance d'entrer pour de bon en politique.
C’est François Bayrou qui, en 2009, lui donne une chance d’entrer pour de bon en politique. (Crédits : Reuters)
La députée européenne Sylvie Goulard, nommée ministre des Armées, a du pain sur la planche pour faire avancer l’Europe de la Défense. Son atout : un réseau hors pair.

Si le but était d’envoyer au reste de l’Europe le signal que la France veut avancer vers une intégration plus poussée en matière de défense, il eut été difficile de faire un meilleur choix que celui de la député européenne Modem Sylvie Goulard. Élue au Parlement européen depuis 2009, cette Marseillaise a fait de l’Union européenne son centre d’intérêt exclusif depuis sa sortie de l’ENA (promotion Liberté-Egalité-Fraternité) en 1989 et ses débuts au Quai d’Orsay.

Une diplomate atypique

Elle y suit la négociation du traité de réunification allemande. Mais la carrière diplomatique « classique » ne l’attire pas. Elle endosse pendant deux ans les habits de chercheur au CERI, le centre de recherche international de Sciences-Po Paris, dont elle est ancienne élève, avant de rallier le cabinet du Président de la Commission européenne, Romano Prodi. Elle a 37 ans et ne s’éloignera plus guère de Bruxelles et des affaires européennes.

C’est François Bayrou qui, en 2009, lui donne une chance d’entrer pour de bon en politique. Elue dans la circonscription de l’Ouest sur une liste Modem, elle siège à la commission des Affaires économiques et monétaires et s’investit dans le sujet le plus chaud du moment : la législation financière que la Commission Barroso enfourne à grandes pelletés dans la machine législative suite à la crise de 2008.

En dépit des relents nationalistes du François Bayrou de la campagne présidentielle de 2007, le MoDem est membre de l’Alliance des Libéraux et Démocrates Européens, dirigée par le très fédéraliste Guy Verhofstadt. Elle la rejoint et en devient une des figures influentes.

Auteur de plusieurs brefs et vifs essais sur l’intégration européenne, qu’elle écrit l’été en Provence, inlassable lectrice des Pères Fondateurs, polyglotte (elle peut faire des conférences aussi bien en anglais, qu’en italien et en allemand), elle se tient à l’écart des amitiés nationales et partisanes et en profite pour continuer à tisser un réseau au plus haut niveau, ce qui lui vaut des reproches d’arrogance de ses compatriotes. Elle n’en a cure.

Candidate à la présidence du parlement européen

Réélue en 2014, cette fois-ci dans la circonscription du Sud-Est, ses activités de législateur – elle sera notamment shadow rapporteur du projet de directive sur la séparation des activités bancaires, qu’elle combattra – la mènent un peu partout en Europe. Quand la présidence du Parlement européen devient vacante, après le départ de du social-démocrate Martin Schulz parti combattre Angela Merkel en Allemagne début 2017, elle tente sa chance à la tête de l’assemblée européenne… contre le président de son propre groupe Guy Verhofstadt. Les deux échoueront.

Cette Européenne convaincue a très vite vu dans la figure d’Emmanuel Macron l’homme qui incarnait son idéal d’une action politique menée par des hommes et des femmes assumant leur appartenance à une élite et méfiant à l’égard des appareils partisans. Elle le rejoint quelques semaines après le lancement d’En Marche!.

« Les diplomates se comportent comme des coucous »

Pour quelqu’un d’aussi convaincu de la nécessité d’ « aller plus loin » dans l’intégration européenne, comme elle l’a écrit dans son essai commun avec l’économiste et homme politique italien Mario Monti « De la Démocratie en Europe », la défense est certainement un des portefeuilles les plus difficiles que l’on puisse imaginer. Les obstacles, nombreux, se sont avérés insurmontables jusqu’à présent.

Dans un essai au vitriol paru en 2007, « Le Coq et la Perle », elle déplorait déjà la propension des dirigeants nationaux à se poser en grands Européens tout en défendant d’arrache pied les prérogatives de leur propre gouvernement :

« Près de quinze ans après la mise en oeuvre de la PESC (politique européenne de sécurité commune), une conclusion s’impose : les résultats de la politique de petits pas qui, depuis des années, nous est vendue comme la construction progressive et pragmatique de « l’Europe » sont décevants.

Au sein de l’Union européenne, les diplomates se comportent comme des coucous. Ils utilisent le nid européen pour donner l’illusion qu’ils « font l’Europe » mais ils se gardent bien d’employer la méthode communautaire. Ce sont toujours des œufs intergouvernementaux qu’ils couvent.

Repliés derrière leurs « lignes rouges », obsédés par les « intérêts nationaux », ils prennent le risque de mettre ne péril nos intérêts supérieurs, en négligeant le long terme…. Dans ce domaine comme dans d’autres, la France n’a guère montré d’entrain européen. »

A la sortie du livre, Dominique de Villepin, que l’on a vu soutenir Emmanuel Macron, était à Matignon, Jacques Chirac à l’Elysée. Sylvie Goulard venait, elle, de ravir la président du Mouvement Européen France à l’actuel commissaire européen en charge de l’euro, le socialiste Pierre Moscovici.

Un premier défi : le partenariat avec le Royaume-Uni après le Brexit

Ce vendredi se tient à Bruxelles un des deux conseils des ministres de la Défense annuels. Cette défenderesse inlassable de la féminisation des postes de pouvoir n’y retrouvera pas ses consœurs allemande, espagnole, néerlandaise, italienne et slovène, pour cause de conseil des ministres à Paris.

Si elle conserve son portefeuille, en dépit des aléas liés aux législatives à venir, elle aura fort à faire pour défendre son credo européen. Le Brexit va rebattre les cartes puisqu’il oblige à repenser la relation avec le Royaume-Uni et à resserrer celle avec l’Allemagne qui affiche des ambitions qu’elle ne pourra tenir que dans le cadre d’une étroite alliance avec la France.

Mercredi, au Parlement européen, le député LR Alain Lamassoure déplorait la mauvaise volonté de Londres au sujet de la création d’un quartier général européen, à laquelle le ministre britannique de la défense continue d’opposer un veto.

« Si cette attitude se répète, il faudra que les 27 prennent l’habitude de travailler ensemble, non seulement sur la négociation du Brexit, mais aussi sur tous les sujets qui ne concerneront plus le Royaume-Uni », estimait-il.

Trouver la bonne attitude à adopter face à un Royaume-Uni avec lequel l’Europe a l’ambition, comme l’a rappelé mercredi Michel Barnier, de nouer un « accord de partenariat pour la sécurité et la défense » ne sera pas le moindre des défis à relever. Depuis le vote britannique du 23 juin 2016, Sylvie Goulard n’avait cessé de poser la question de l’opportunité de laisser les élus et ministres britanniques participer, à Bruxelles, à l’élaboration de politiques… qu’ils n’auraient pas à appliquer après 2019.

http://www.latribune.fr

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