Hassan Rohani réélu: «Le peuple iranien a choisi la voie de l’entente avec le monde»

Mots-clefs

,

Hassan Rouhani, en campagne le 9 mai dernier. Il serait le grand gagnant de ce premier tour de l’élection présidentielle iranienne.
© Vahid Salemi

Le président iranien Hassan Rohani a été réélu pour quatre ans avec 57% des voix au premier tour en devançant Ebrahim Raissi, crédité de 38,3% des voix. L’ampleur du succès du sortant le conforte face aux conservateurs

« Le peuple iranien a choisi la voie de l’entente avec le monde » par son vote vendredi, a déclaré samedi le président Hassan Rohani, réélu dès le premier tour avec 57% des voix.

« Le message de notre peuple a été clairement exprimé. Le peuple iranien a choisi la voie de l’entente avec le monde, loin de l’extrémisme », a affirmé M. Rohani dans une allocution retransmise à la télévision d’Etat Irib.

Mandat solide

Il a totalisé 57% des voix, contre un peu plus de 38% pour son adversaire conservateur Ebrahim Raissi, a annoncé le ministre de l’Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli à la télévision d’Etat Irib. Les deux autres candidats en lice ont obtenu des scores marginaux.

Comme en 2013, mais au terme d’une campagne plus âpre, M. Rohani s’épargne un second tour. Et si dans l’architecture institutionnelle de la République islamique les prérogatives du président sont limitées par le pouvoir du guide suprême Ali Khamenei, l’ampleur de son nouveau succès donne un mandat solide au camp des réformateurs.

Un ballon s’envole devant l’un des posters de campagne du président élu Hassan Rohani. Celui-ci a obtenu un second mandat haut la main. Abedin Taherkenareh

Forte participation

Vendredi, les journalistes de l’AFP avaient constaté un vote massif et enthousiaste des électeurs à Téhéran et en province. Face à cette forte affluence, le vote a été prolongé de six heures et s’est achevé à minuit (19h30 GMT).

Au total, « 41,2 millions d’Iraniens ont participé (vendredi) à l’élection » présidentielle, soit un taux de participation de 73%, a précisé le ministre de l’intérieur. Cette forte participation avait contraint les autorités à repousser à plusieurs reprises l’heure de clôture des opérations de vote.

M. Rohani augmente considérablement le nombre de ses électeurs par rapport à sa première élection en 2013: il avait alors obtenu 18,6 millions de voix (50,7%) sur 36 millions de votants.

Des millions d’électeurs ont rempli leurs bulletins vendredi, ici dans la ville de Qom, au sud de Téhéran. Majid Saeedi

L’économie au coeur de la campagne

Les difficultés économiques qui pesaient sur le bilan du président sortant (pouvoir d’achat, chômage) étaient au centre du scrutin, le camp modéré craignant que celles-ci ne détournent des urnes une partie des électeurs qui l’avaient porté au pouvoir il y a quatre ans.

Car nombre d’Iraniens estiment que l’accord nucléaire de 2015 qui a permis une levée des sanctions internationales en échange de concessions de Téhéran sur son programme nucléaire n’a pas permis de créer les emplois et la croissance attendus, ni d’attirer les investissements étrangers que promettait M. Rohani.

Et l’économie a été un enjeu majeur de la campagne. Ebrahim Raissi a cherché à attirer à lui le vote des classes défavorisées en promettant de créer des millions d’emplois, alors que les Iraniens restent durement frappés par le chômage: 12,5% de la population, 27% des jeunes.

Le conservateur Ebrahim Raissi lors d’un meeting dans une mosquée de Téhéran, le 16 mai dernier. Il représente l’aile conservatrice du pays, et pourrait  TIMA Agency

Pouvoirs limités

La réélection du chef de l’Etat constitue aussi un revers pour les Gardiens de la révolution, corps d’élite des forces de sécurité qui contrôlent de vastes secteurs dans l’économie iranienne et avaient apporté leur soutien à M. Raissi.

Pour autant, le président réélu va devoir composer avec les mêmes limites qui ont réduit sa capacité à transformer l’Iran. Le guide suprême peut opposer son veto à toutes les politiques et dispose du contrôle ultime sur les forces de sécurité.

Trump: une relation délicate

« L’histoire des deux dernières décennies d’élections présidentielles se résume à quelques jours d’euphorie suivis de longues années de désillusion », rappelle Karim Sadjadpour, chercheur associé au Carnegie Endowment. Pour ce spécialiste de l’Iran, « la démocratie n’est autorisée à fleurir que quelques journées tous les quatre ans, tandis que l’autocratie est elle à feuillage persistant ».

Hassan Rohani devra aussi mener une relation délicate avec les Etats-Unis, où la nouvelle administration entretient le doute sur l’accord de 2015, que le président américain Donald Trump considère comme « l’un des plus mauvais accords jamais signés » sans pour autant revenir sur la suspension des sanctions.

Poutine confiant

Le président russe Vladimir Poutine a félicité samedi son homologue iranien Hassan Rohani pour sa réélection, se disant confiant de voir Moscou et Téhéran continuer à travailler au « maintien de la stabilité et de la sécurité au Moyen-Orient et dans le monde ».

Dans un message de félicitations à M. Rohani, M. Poutine « a confirmé être disposé à poursuivre le développement du partenariat russo-iranien pour l’agenda bilatéral aussi bien qu’international », selon un communiqué du Kremlin.

M. Poutine a également exprimé sa confiance dans le fait que Moscou et Téhéran vont continuer à travailler dans l’esprit du « maintien de la stabilité et de la sécurité au Moyen-Orient et dans le monde », et que les accords notamment économiques conclus durant la visite en mars de M. Rohani en Russie seront mis en oeuvre avec succès.

Le président sortant Hassan Rouhani dans un bureau de vote de Téhéran, vendredi. TIMA Agency

Discours musclé

Agé de 68 ans, considéré comme un modéré et un pragmatique, Hassan Rohani a accentué, voire radicalisé son discours pour mobiliser l’électorat jeune et réformateur. Lors d’un meeting de campagne, il a ainsi évoqué les ultraconservateurs comme « ceux qui coupaient les langues et cousaient les bouches ».

Il a également intimé aux gardiens de la Révolution de ne pas se mêler de l’élection. Une allusion aux soupçons de manipulation du vote par les Pasdaran lors de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, qui avait donné lieu à huit mois de manifestations antigouvernementales, violemment réprimées par le pouvoir.

De nombreux électeurs étaient déterminés à empêcher l’arrivée au pouvoir d’Ebrahim Raissi, qui symbolise la répression de l’appareil d’Etat. Il a été l’un des quatre juges islamiques qui avaient ordonné l’exécution de plusieurs milliers de prisonniers politiques en 1988.

Publicités

Les commentaires sont fermés.