En France, le moralisateur Emmanuel Macron est déjà sommé d’intervenir

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Richard Ferrand à son arrivée à l’Elysée, 24 mai 2017.© BENOIT TESSIER

Aprés les révélations du «Canard Enchainé» sur les arrangements familiaux du ministre Richard Ferrand, ancien secrétaire général du mouvement «En Marche!», le nouveau président français se retrouve déjà pris au piège de ses promesses

Soit il s’efforce de gagner du temps, au risque de voir enfler cette première «affaire» de son quinquennat à peine entamé, et de jeter le doute sur sa détermination et son engagement à «moraliser» la vie publique. Soit il demande à l’intéressé, candidat aux législatives des 11 et 18 juin en Bretagne, de remettre sa démission. Au moins jusqu’à ce scrutin qui testera la confiance que les électeurs de sa circonscription du Finistère lui témoignent…

Une plus-value immobilière pour l’épouse

Le Canard Enchainé, qui a largement contribué à la défaite du candidat de la droite à la présidentielle François Fillon, avait sans doute depuis un moment ces informations sur les agissements de Richard Ferrand. Selon l’hebdomadaire satirique français, le ministre aurait, lorsqu’il dirigeait Les Mutuelles de Bretagne en 2011, permis à son épouse de réaliser une confortable plus-value immobilière en investissant dans un immeuble occupé par cet organisme mutualiste. Grâce à cette garantie locative, l’intéressée a pu emprunter, puis rembourser son emprunt alors que la rénovation des lieux était facturée… aux Mutuelles.

Un contrat de «complaisance» certes connu à l’époque, certes sans implication d’argent public, mais qui témoigne d’une préférence familiale pour le moins compliquée à justifier à quelques jours d’une nouvelle convocation de François Fillon par les juges dans le cadre de leur enquête sur le «Penelopegate» pour lequel l’ancien premier ministre (2007-2012) et son épouse ont été mis en examen.

Il aurait employé son fils

Plus problématique encore, même si rien n’est illégal, le député Richard Ferrand, élu député socialiste en juin 2012, aurait durant le premier semestre 2014, employé son fils comme assistant parlementaire, pour une rémunération d’environ 2000 francs par mois. Une habitude, en France, pour de nombreux parlementaires de droite comme de gauche. Mais une situation de plus en plus difficile à justifier après l’affaire Fillon. L’ancien chef du gouvernement avait aussi employé deux de ses enfants.

Une autre personnalité politique française, le député socialiste de Seine-Saint-Denis Bruno Le Roux, a été rattrapé par des révélations de ce type. Nommé début décembre ministre de l’Intérieur, il a du démissionner de ses fonctions en mars après les révélations sur l’emploi de deux de ses filles alors qu’elles étaient lycéennes. La droite, mal en point à la veille des législatives, a de suite demandé l’ouverture d’une enquête par la justice sur le cas de Richard Ferrand.

La moralisation se prépare, mais avec un peu de plomb dans l’aile

Elu à la fois parce qu’il incarne un changement générationnel, parce qu’il promet de briser le clivage droite-gauche, et parce qu’il n’a jamais assumé de mandat électif auparavant, Emmanuel Macron a promis de mettre la moralisation de la vie politique au centre de son mandat. Un projet de loi sur ce sujet doit être prochainement déposé par le ministre de la justice centriste François Bayrou, qui a toujours eu des mots durs sur le comportement de François Fillon. Ce texte, supposé être l’un des premiers «marqueurs» du quinquennat, pourrait s’articuler autour de propositions du député sortant de l’Aisne René Dosiére, spécialiste du financement de la vie publique, qui avait affirmé au Temps, avant l’élection des 23 avril et 7 mai: «Cette présidentielle sera morale ou ne sera pas.»

Moins de deux semaines après son investiture officielle, et alors qu’il est attendu ce jeudi à Bruxelles pour le sommet de l’Otan et pour un déjeuner avec le président américain Donald Trump, le nouveau locataire de l’Elysée doit méditer cette formule.

https://www.letemps.ch

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