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Carola Solé – Agence France-Presse à Brasília
Damian Wroclavsky – Agence France-Presse
Les multiples scandales de corruption exaspèrent les Brésiliens. Dans le plus récent scandale, gigantesque, entourant le géant pétrolier Petrobas, Michel Temer est accusé d'obstruction à la justice.
Photo: Andressa Anholete Agence France-Presse Les multiples scandales de corruption exaspèrent les Brésiliens. Dans le plus récent scandale, gigantesque, entourant le géant pétrolier Petrobas, Michel Temer est accusé d’obstruction à la justice.

L’armée a été déployée mercredi pour protéger les bâtiments publics à Brasília, où la police a repoussé à l’aide de gaz lacrymogène les dizaines de milliers de manifestants qui tentaient de rejoindre le palais présidentiel pour exiger le départ du chef de l’État, Michel Temer, accusé d’avoir autorisé des pots-de-vin.

« Actuellement, il y a des troupes fédérales ici, au palais d’Itamaraty [siège du ministère des Affaires étrangères] et d’autres troupes arrivent pour assurer la protection des bâtiments ministériels », a annoncé le ministre de la Défense, Raul Jungmann, devant la presse.Les heurts ont éclaté au moment où la foule déferlait dans le centre de la capitale brésilienne, en direction du palais du Planalto : la police a fait barrage en utilisant des grenades lacrymogènes, certains manifestants répliquant par des jets de pierres.

Envahi par les protestataires qui ont « déclenché un incendie dans une salle », le ministère de l’Agriculture a dû être évacué dans l’après-midi, selon son service de presse.« Dehors Temer ! », scandait le cortège de 35 000 personnes, d’après une évaluation des autorités locales, qui ont recensé 500 cars en provenance de tout le Brésil.

Certains des manifestants portaient des t-shirts rouges avec le slogan « Pas un droit de moins », rejetant aussi la cure d’austérité imposée par le président conservateur.Francisca Gomes, une concierge de 59 ans venue de São Paulo, portait avec trois camarades un cercueil en carton noir sur lequel on pouvait lire « Repose en paix Temer ».

« C’est la fin de ce gouvernement putschiste », affirme-t-elle, faisant allusion à la façon dont Michel Temer, 76 ans, a accédé au pouvoir en 2016, en remplacement de la dirigeante de gauche Dilma Rousseff, destituée par le Parlement pour maquillage des comptes publics.Ces manifestations ont été convoquées notamment par plusieurs syndicats et le Parti des travailleurs (PT, gauche) de Mme Rousseff.

Leur succès risque d’accentuer la pression sur le chef de l’État, au pouvoir jusqu’à fin 2018.Rejetant fermement cette option, M. Temer est toutefois menacé par un possible éclatement de sa coalition tandis qu’une enquête a été ordonnée par la Cour suprême et que plusieurs motions ont été déposées pour tenter d’obtenir sa destitution.

La pression populaire, qui avait beaucoup pesé dans l’éviction de Mme Rousseff en août 2016, pourrait également sceller le sort du chef de l’État, veut croire Dorival Pereira, un commerçant de 60 ans qui a voyagé pendant 18 heures en provenance de l’État du Mato Grosso do Sul pour manifester à Brasília.En vertu de la Constitution, si M. Temer est destitué ou démissionne, la Chambre des députés sera chargée de désigner son successeur dans les 30 jours.

Mais beaucoup de Brésiliens refusent ces élections indirectes, en raison du prestige terni du Parlement, dont des dizaines de membres sont visés par des enquêtes pour corruption.Les Brésiliens sont exaspérés par les scandales de corruption qui s’enchaînent ces dernières années, surtout le dernier, gigantesque, entourant le géant pétrolier Petrobras, qui a éclaboussé une grande partie de la classe politique. Dans cette affaire, le chef de l’État est accusé d’obstruction à la justice.

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