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Scarlett HADDAD

Depuis les trois sommets de Riyad, l’Arabie saoudite a repris l’initiative dans la région et veut désormais imposer son agenda aux pays arabo-islamiques. C’est ainsi, selon les milieux de la délégation libanaise, que le sommet arabo-islamo-américain a été écourté d’une façon cavalière et sans concertation ni même annonce préalables, pour éviter les discours de certains dirigeants arabes qui pourraient être plus réservés que le ton voulu par les dirigeants saoudiens à l’égard de l’Iran et de ses alliés dans la région. De même, le communiqué final a été préparé par les Saoudiens qui n’ont même pas averti les participants arabes de son contenu, considérant que les autres pays doivent savoir qu’il comportera une critique ouverte du rôle de l’Iran dans la région, sachant que Riyad ne cache pas sa volonté de réduire l’influence iranienne et que le président américain Donald Trump est d’accord avec cette volonté saoudienne. C’est aussi dans ce contexte qu’il faut placer la soudaine polémique entre l’émir du Qatar et les médias saoudiens. Le message est clair : en cette période de tension extrême, aucune voix qui cherche l’apaisement avec l’Iran ne peut être tolérée, surtout venant d’un pays du Golfe. Il faut d’ailleurs rappeler à cet égard que le Koweït et le sultanat d’Oman ont des relations acceptables avec l’Iran, mais ils n’ont pas jugé bon de s’exprimer sur la question pendant le sommet, ni même après sa tenue. Dans l’optique des dirigeants saoudiens, le rappel à l’ordre était nécessaire. Certes, les dirigeants saoudiens ne veulent pas actuellement mener une guerre militaire contre la République islamique, mais ils veulent modifier les rapports de force dans les quatre scènes chaudes du monde arabe : Bahreïn, le Yémen, la Syrie et l’Irak, forts de la nouvelle coalition arabo-islamo- américaine dont les contours, la composition et le rôle véritable sont toutefois encore flous.

Déjà, sur le terrain, les changements commencent à se faire sentir : à Bahreïn, les forces de l’ordre épaulées par l’armée saoudienne présente dans le petit royaume ont lancé une offensive déterminante contre l’opposition pacifique et sa figure de proue cheikh Issa Kassem. Au Yémen, une vaste offensive est lancée contre la région du Nord, et Sanaa en particulier, sous le contrôle d’Ansarallah (les houthis), et, en Syrie, la bataille se poursuit le long de la frontière avec l’Irak.
Mais c’est au Liban que la situation reste plus complexe. Les milieux médiatiques s’intéressent ainsi de près à la rencontre qui a eu lieu, au lendemain de la visite du président américain à Riyad, entre l’émir Mohammad ben Salmane et le Premier ministre Saad Hariri. Même si peu de détails ont filtré sur la teneur de l’entretien entre les deux hommes, il est clair que cette rencontre est l’indice d’un retour en grâce de Saad Hariri auprès des dirigeants saoudiens. Ces derniers, qui avaient accepté à contrecœur l’appui du chef du courant du Futur à la candidature du général Michel Aoun à la présidence, parce qu’ils craignaient à ce moment-là l’arrivée d’une nouvelle administration américaine qui poursuivrait la politique de Barack Obama à leur égard, sont donc désormais rassurés et décidés à ne plus céder du terrain face à l’Iran et ses alliés dans la région. À tous ceux qui mettent en doute la capacité du président américain d’exécuter les promesses qu’il a données, notamment au sujet des contrats d’armements (qui exigent l’approbation du Congrès), les médias saoudiens précisent que ce qui compte en réalité, c’est que les dirigeants de Riyad et ceux des États-Unis sont désormais sur la même longueur d’onde et sont d’accord sur la politique à mener à l’égard de l’Iran et de ses alliés dans la région. Les Saoudiens ne veulent donc plus laisser le moindre répit au Hezbollah, qui, d’ailleurs, ne les ménage guère. Après avoir mis un bémol à leur hostilité, ils veulent de nouveau passer à l’offensive, par le biais de leurs alliés au Liban, le Premier ministre en tête. Selon des sources proches du courant du Futur, le Premier ministre aurait ainsi obtenu des promesses de l’Arabie de régler ses problèmes financiers, de façon à lui permettre de mener avec succès la bataille des élections législatives. Est-ce à dire que la période de trêve politique qui a régné au Liban depuis l’élection de Michel Aoun à la présidence est révolue ?

Des sources politiques proches du 8 Mars estiment que, pour l’instant, il n’y aura aucun changement visible, sauf dans les déclarations médiatiques. Ce qui était déjà prévisible, en période de campagne électorale, pour mobiliser les électeurs. La priorité actuelle du Premier ministre est de consolider son leadership sur la scène sunnite, et au Liban en général, par le biais des élections législatives qui devraient en principe se dérouler au cours des prochains mois. S’il passe cette étape avec un bloc parlementaire important, il assure pratiquement sa désignation à la tête du nouveau gouvernement. D’ici là, il ne faudrait donc pas s’attendre à des changements spectaculaires, notamment dans sa relation avec le chef de l’État. D’autant que le Premier ministre peut se vanter d’avoir su manœuvrer au cours des derniers mois, en jouant la carte de l’apaisement avec le Hezbollah et celle du rapprochement avec le chef de l’État, tout en avançant ses pions au sein de l’administration et en suscitant une certaine confusion dans la relation entre le CPL et le Hezbollah. Lentement mais sûrement, il cherche à reconquérir son influence passée. Mais, pour cela, il faut que le Liban reste à l’abri des remous régionaux.

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