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Scarlett HADDAD

Apaisant pour l’intérieur libanais, offensif sur le plan régional et international : telle est la première impression qui s’est dégagée jeudi du discours du secrétaire général du Hezbollah à l’occasion de la fête de la Libération le 25 mai. Comme c’est le cas à chacune des apparitions télévisées de Hassan Nasrallah, les moindres détails sont étudiés et sont significatifs. C’est donc à partir de la ville de Hermel, avec, en fond, la chaîne orientale qui sépare le Liban de la Syrie, que Nasrallah a choisi de s’adresser à son auditoire, pour montrer deux choses : d’abord que cette région est devenue sûre et que les combattants de son parti ont remis leurs positions à l’armée dans toute cette zone, longtemps considérée comme à haut risque, et, ensuite, que la lutte contre les groupes extrémistes en Syrie s’inscrit dans le prolongement de la résistance contre Israël, qui, selon lui, est « l’autre visage du terrorisme ».

Le cadre installé, place au contenu. Sur le plan interne, le secrétaire général du Hezbollah s’est voulu rassurant, d’abord pour son public, alors que les menaces pleuvent sur cette formation qui a été citée nommément à plusieurs reprises par le président américain et par le roi Salmane d’Arabie, sans parler du ministre saoudien des Affaires étrangères. Ensuite, le leader chiite a cherché à rassurer les Libanais, en général, inquiets des répercussions de la nouvelle entente saoudo-américaine sur la stabilité interne. Il a ainsi rappelé l’accord de base qui avait abouti à l’élection présidentielle le 31 octobre dernier et qui se résumait ainsi : les divergences fondamentales sur les questions régionales et internationales entre les parties libanaises, et en particulier entre le Hezbollah, d’une part, et le courant du Futur, de l’autre, ne doivent pas avoir d’impact sur la situation locale. Chaque camp conserve ses convictions et ses affinités, mais ne les laisse pas interférer dans les dossiers internes. Cette équation a d’ailleurs (relativement) porté ses fruits au cours des derniers mois, puisque le Liban s’est doté d’un nouveau gouvernement qui a adopté un train de nominations militaires et sécuritaires, considérées comme les plus importantes et d’autres décisions en attendant de nouvelles nominations. Même les divergences et les tiraillements sur certains dossiers internes n’ont pas de dimension régionale ou internationale. Ils sont donc dictés par des considérations purement locales. En même temps, Hassan Nasrallah a fait passer deux messages, le premier sur le fait qu’il est encore possible d’aboutir à une entente sur une nouvelle loi électorale, contrairement au pessimisme affiché par certaines parties, et le second sur le fait que l’ouverture par le gouvernement d’une session extraordinaire du Parlement à partir du 1er juin pour étendre le délai des négociations autour de la loi électorale est pratiquement acquise. Selon lui, cette équation interne est donc toujours en vigueur et c’est elle qui commande les développements à l’intérieur du pays. Preuve en est la coopération entre les différents services de sécurité pour veiller à la stabilité intérieure et leur traque incessante des cellules et des réseaux terroristes.

Le numéro un du Hezbollah a été catégorique : les changements régionaux et internationaux n’auront donc aucune incidence sur la stabilité du pays, parce que toutes les parties ont décidé de placer celle-ci en tête de leurs priorités. Ce qu’en revanche il n’a pas dit, c’est aussi que la stabilité du Liban reste aussi une exigence internationale et régionale, les différentes parties impliquées dans la région ayant déjà fort à faire avec les scènes de conflits pour ajouter un autre dossier explosif à ceux existant déjà. D’autant que le Liban accueille plus d’un million et demi de déplacés syriens qui songeraient à le fuir vers d’autres cieux si la sécurité n’était pas assurée.Par contre, sur les dossiers régionaux, Hassan Nasrallah a été violent, attaquant frontalement les dirigeants saoudiens et le président américain, et tous ceux qui s’alignent sur leurs positions. Il a aussi affirmé à ceux qui pourraient se laisser impressionner par les menaces proférées dans le cadre des sommets de Riyad, que la victoire sera du côté du « camp de la résistance ». Sans entrer dans les détails, il a précisé que ce camp est en train de progresser de façon significative en Syrie et en Irak, alors qu’au Yémen, la coalition menée par les Saoudiens ne parvient toujours pas à remporter de victoires décisives. D’ailleurs, en évoquant les développements régionaux, le dirigeant chiite a affiché une grande assurance, montrant ainsi qu’il ne fallait pas craindre un renversement de situation en faveur de l’axe saoudo-américain, en dépit de la nouvelle entente et des contrats d’armes récemment signés. Le secrétaire général du Hezbollah a ainsi adressé indirectement un message à ceux, à l’intérieur du pays, qui seraient tentés de mettre en cause la stabilité intérieure en faisant de nouveaux paris sur des changements régionaux, sachant que cela a été fait dans le passé récent sans aboutir à des résultats. Il a toutefois glissé une phrase qui ouvre la voie à plusieurs interprétations. En tournant en ridicule la force commune de 34 000 hommes annoncée dans le cadre du sommet arabo-islamo-américain, Hassan Nasrallah a précisé qu’elle ne devrait pas voir le jour avant 2018. Or, selon lui, à cette date, Daech devrait avoir été vaincu. Ce qui signifie que cette force est soit totalement inutile, soit destinée à mener d’autres guerres…

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