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Par Raphaël Stainville
François Bellamy, en pole position des reconstructeurs de son camp. © ROMAIN ROUGER

François Bellamy, en pole position des reconstructeurs de son camp. © ROMAIN ROUGER

Sauver la droite. Figure intellectuelle de la droite, François-Xavier Bellamy compte prendre sa part dans la refondation de sa famille politique et cherche à se faire élire pour la première fois à l’Assemblée nationale.

Combien seront-ils, dans la prochaine Assemblée, à siéger dans le groupe républicain ? Difficile à dire. François-Xavier Bellamy, qui succède à François de Mazières comme candidat de la droite et du centre dans la 1re circonscription des Yvelines, reconnaît lui-même que la bataille est incertaine. Au premier tour de la présidentielle, François Fillon et Emmanuel Macron y ont fait jeu égal. Et les premiers échos sur le terrain depuis qu’il fait campagne pour les législatives révèlent toute la difficulté de la tâche. « Les gens sont paumés. Tiraillés. En 2012, au moment de l’élection de François Hollande, il était clair pour les électeurs de droite qu’il fallait envoyer à l’Assemblée nationale une opposition forte. Aujourd’hui, les mêmes avouent volontiers qu’il faut donner sa chance à Emmanuel Macron. »

Ne pas se fondre dans “le grand tout macronien

À cela s’ajoutent les intimidations médiatiques. « La droite qui ne va pas avec Emmanuel Macron est idiote », juge sans détour et sans nuance Claude Askolovitch sur le site Slate. Idiote et coupable. Comme s’il fallait donner carte blanche à Emmanuel Macron. Qu’il ait une majorité absolue. Or, ce qui se joue précisément, pour François-Xavier Bellamy, « ce n’est même pas un projet de coalition, c’est le remplacement du dialogue démocratique par le parti unique où il faudrait nécessairement se fournir ». Comme le remarque encore l’adjoint au maire de Versailles, « jamais une opposition n’a empêché une majorité de réussir ». À moins de faire preuve d’une immense malhonnêteté intellectuelle.

François-Xavier Bellamy ne fait pas partie de ceux qui, à droite, entendent renoncer à ce qu’ils sont pour se fondre dans le grand tout macronien. Pas plus qu’il ne pense encore que la défaite de François Fillon soit imputable à son projet, comme nombre de commentateurs professionnels de la vie politique se plaisent à le répéter en boucle. Comment cela pourrait-il être alors que ce qui a saturé l’espace médiatique, pendant la campagne, ne concernait essentiellement que les affaires ? La manière dont la droite a mené sa stratégie de défense du candidat, minimisant, par exemple, les sommes en jeu, trahissait que cette famille était déconnectée du monde réel et défendait des intérêts catégoriels. Aussi, celui qui bénéficie de l’investiture des Républicains sans appartenir à ce parti continuera-t-il de porter le projet présidentiel de la droite et du centre. Une question de cohérence.

Réveiller des électeurs hypnotisés par la victoire d’Emmanuel Macron

Tout l’enjeu tient dans la nécessité de réveiller des électeurs hypnotisés par la victoire d’Emmanuel Macron. Quand la plupart des candidats de La République en marche! pour les législatives sont de parfaits inconnus qui n’ont encore jamais expérimenté « le service politique », François-Xavier Bellamy veut mettre en avant son expérience d’élu local. Depuis neuf ans, ce jeune professeur de philosophie s’est investi à Versailles aux côtés de François de Mazières. Une expérience concrète de la vie politique, loin des intrigues des cabinets où il avait fait ses premiers pas.

À 31 ans, le jeune homme ne désespère pas de la politique. Encore moins de la droite. Celui qui s’est forgé une solide réputation d’intellectuel à force de débats de haut vol avec Michel Onfray, Luc Ferry, Gaël Brustier ou encore Jean-Louis Bourlanges verrait presque dans cette élection que l’on disait imperdable l’occasion pour la droite de se redéfinir. De se réinventer et de renouer avec son héritage intellectuel. « À droite, tout est à reconstruire, tout commence », écrit-il dans le Figarovox, aux lendemains de la défaite de François Fillon. La responsabilité de la droite est immense quand toute l’habileté du nouveau chef de l’État est d’installer pour dix ans son tête-à-tête avec Marine Le Pen, désignée comme seule opposante en chef. Un piège redoutable dans lequel nombre de responsables de la droite et du centre sont en passe de tomber.

Un intellectuel “très inquiet de son indépendance”

Au risque de contrarier certains de ses (é)lecteurs — à commencer par Marion Maréchal-Le Pen, qui le cite volontiers en référence pour son ouvrage consacré à l’Éducation nationale (les Déshérités, Plon) — qui rêvaient que François-Xavier Bellamy contribue au rapprochement des droites, celui-ci oppose une fin de non-recevoir aux illusions de beaucoup. Le philosophe ne voit aucun avenir au Front national. « Je ne me sens ni proche ni représenté par le Front national, un parti dont la stratégie et la vision sont fondamentalement populistes et dont le principal animateur affirme que l’abrogation du “mariage pour tous” revêt pour lui autant d’importance que la culture du bonsaï », tranche-t-il, las que certains puissent voir, dans sa tribune largement discutée, le paiement de son écot pour s’assurer l’investiture des Républicains.

François-Xavier Bellamy est libre et entend le rester. Il se méfie des étiquettes. Comme l’admet Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens commun, « c’est un intellectuel très inquiet de son indépendance. Il a du mal à être lié ». Au point de participer, en 2013, à la création du mouvement, de jouer les entremetteurs avec nombre de ténors de la droite, mais de refuser d’en devenir membre. Pour rester libre ? François-Xavier Bellamy jure qu’il n’en fait pas un absolu. Beaucoup de responsables politiques ont fait la démonstration qu’ils savaient rester fidèles à leurs convictions, par-delà les partis auxquels ils appartiennent. À ce titre, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, est, dit-il, un modèle. Il avoue être impressionné par la loyauté et la fidélité du bras droit de François Fillon.

À charge désormais pour François- Xavier Bellamy d’échapper au piège démocratique imaginé par Macron avec la complicité d’Édouard Philippe, son Premier ministre venu de la droite, et de convaincre qu’il peut, demain, participer activement à la refondation de sa famille politique. Et que l’intellectuel solitaire sait se montrer collectif.

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