Code du travail: l’offensive Macron a commencé

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Le président français Emmanuel Macron et le secrétaire général du syndicat Force ouvrière Jean-Claude Mailly.
© Reuters/Philippe Wojazer

Après les annonces du gouvernement français et la fuite de premiers documents dans la presse, les syndicats s’affirment prêts à la résistance au choc libéral d’Emmanuel Macron. Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, monte au créneau

«Lorsqu’un gouvernement français passe une réforme sociale sans tenir compte des syndicats, il y a toujours un effet boomerang. Emmanuel Macron doit le savoir: s’il obtient gain de cause contre nous sur le code du travail, cela finira par craquer ailleurs…» Mercredi, 9h30. Dans son bureau près de la tour Montparnasse, le secrétaire général du syndicat Force ouvrière (FO), Jean-Claude Mailly, monte au créneau devant quelques journalistes européens.

Pour le dirigeant du troisième syndicat français (environ 15% des salariés, avec une nette prédominance dans le secteur public), la publication matinale par Libération de documents internes du Ministère du travail plaidant pour «un principe général de primauté de l’accord d’entreprise sur le contrat de travail» est un casus belli. «Ce qui est écrit là est une bombe, explique Jean-Claude Mailly. Si l’objectif du président est de tout ramener au niveau des entreprises, au détriment des branches et des conventions collectives, le bras de fer est engagé.»

Chien de garde syndical

Jean-Claude Mailly, 64 ans, est une boussole syndicale en France. L’an prochain, ce nordiste achèvera son quatrième mandat à la tête de FO, qui a toujours été dans l’Hexagone un partenaire social pivot. C’est lui qui, le premier, a lancé – pour mieux la dénoncer – la fameuse formule sur «l’inversion des normes sociales» qui consiste à prendre de plus en plus d’aise avec le volumineux code du travail français, pour privilégier des accords négociés sur le lieu de travail entre direction et employés.

C’est aussi Jean-Claude Mailly qui, en 2016, a mis le feu aux poudres lorsque le premier projet de réforme du code du travail porté par l’ex-ministre socialiste Myriam El Khomri a été dévoilé. Tout est d’ailleurs parti de là. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, fut mis à l’écart. La CFDT, second syndicat français le mieux représenté dans le secteur privé, a accepté de jouer le jeu de la réforme. «La morale de cette histoire est claire pour le nouveau quinquennat, poursuit-il. Le seul moyen de parvenir à un accord négocié est d’avoir au moins deux syndicats d’accord avec le gouvernement. Sinon, cela se jouera dans la rue.»

Quelles sont les intentions d’Emmanuel Macron, de son premier ministre (issu de la droite) Edouard Philippe et de la ministre du Travail Muriel Penicaud, ancienne conseillère de la socialiste Martine Aubry, puis directrice des ressources humaines dans plusieurs grands groupes, dont Dassault? Mardi, le chef du gouvernement a confirmé que les réformes annoncées se feraient par ordonnances, après accord de la nouvelle Assemblée nationale, pour aller plus vite. Il a répété, comme le président, que le chantier social prioritaire serait bouclé durant la première année de la présidence, pour passer ensuite à d’autres sujets. Il a promis enfin une «concertation approfondie», prévue du 9 juin au 21 juillet. La consultation officielle des partenaires sociaux, dont le patronat, aura ensuite lieu début septembre, pour une adoption finale des textes à l’automne.

Flexibilité et création d’emplois

Côté contenu, tout est plus flou. Le premier ministre a réitéré trois objectifs pour flexibiliser le marché du travail français et relancer la création d’emplois dans un pays qui comptait, fin avril, 3,47 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A (environ 5 millions si l’on intègre les autres catégories). A savoir: une «nouvelle articulation entre les accords de branche et d’entreprise» – soit le cœur des inquiétudes exprimées par Jean-Claude Mailly –, la «simplification et le renforcement du dialogue économique et social» et la «sécurisation des relations de travail».

Mais après, quoi de concret? C’est là que les documents publiés par Libération interviennent. Est évoquée la possibilité pour une entreprise de choisir à long terme l’emploi d’un collaborateur à durée déterminée (avec date butoir, contrairement au CDI à durée indéterminée). La mention des causes précises d’un licenciement ne serait par ailleurs plus indispensable. Les indemnités accordées par les Prud’hommes seraient plafonnées, seule promesse de campagne d’Emmanuel Macron. «Nous avions un bon a priori. Nous ne contestons pas la légitimité politique du président, complète Jean-Claude Mailly. Nous lui rappelons juste qu’une partie de la France est en colère et qu’il a d’abord été élu contre Marine Le Pen. Il doit écouter.»

Le risque d’un troisième tour social, qui verrait la France replonger dans une spirale de grèves, est-il donc enclenché? «Non, conclut Jean-Claude Mailly. Les syndicats ne sont pas aujourd’hui dans une logique de confrontation. Nous savons qu’en France, tout remonte à l’Elysée. Nous attendons donc d’être vraiment consultés. C’est-à-dire de pouvoir dire non et de trouver des compromis.»

https://www.letemps.ch

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