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Avec un taux de participation historiquement faible à 17h ce dimanche 11 juin, le premier tour des législatives interroge sur ce qui éloigne tant d’électeurs des urnes.

C’est la mauvaise nouvelle du jour : avec 40,75% de participation en France métropolitaine à 17h, ce scrutin file tout droit vers un record d’abstention pour un premier tour de législatives sous la Ve République. À la même heure, ce taux était de 48,31% en 2012 et de 49,28% en 2007. Toujours à 17h, il avait atteint 50,51% en 2002, après l’élection de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen. Soit entre 8 et 10 points de moins cette année.

Il faudra bien sûr attendre les chiffres définitifs après 20h pour confirmer la tendance, mais ceux déjà publiés à midi par le ministère de l’Intérieur, indiquant la plus basse participation à une élection équivalente depuis 20 ans à ce stade de la journée, suivis des chiffres encore plus faibles de 17h, ne laissent guère de place au doute. Après une présidentielle passionnée, étendue dans le temps par le jeu des primaires et au cours de laquelle un des débats a réuni près de 10 millions de téléspectateurs, les Français ont déserté les urnes. Comme si, l’élection d’Emmanuel Macron acquise, l’essentiel était fait. Et que la composition de l’Assemblée nationale importait peu face à un président aux pouvoirs pourtant potentiellement sans limite.

Après les paillettes Macron, les inconnus des circos…

Les explications à un tel désamour sont nombreuses. La très faible participation de ce dimanche s’inscrit déjà dans une tendance lourde, amorcée en 1993. Depuis, à chacun des premiers tours des élections législatives qui ont suivi (cinq en incluant 1993), le taux d’abstention n’a cessé de grimper.

La recomposition du paysage politique, bien loin de redonner un coup de fouet aux législatives, les a affaiblies : pour un électeur séduit par le personnage hors norme d’Emmanuel Macron, combien sont prêts à voter pour le parfait inconnu servi comme candidat dans leur circonscription ? Dans un paradoxe dont seule la politique a le secret, le désir de renouvellement, voire de grand coup de pied dans la fourmilière, couplé à la loi de non-cumul des mandats, se heurte à la puissance du député « vu à la télé ». Un effet levier singulièrement puissant dans une élection comme les législatives.

Les électeurs déçus des candidats « anti-système » boudent les urnes

La gueule de bois post-présidentielle de certains électeurs a également pu jouer un rôle. Dans le camp des Insoumis, ils sont nombreux à s’être déplacé aux urnes fin avril, portés sur le chemin du bureau de vote par la seule figure charismatique de Jean-Luc Mélenchon. Nombreux aussi sont ceux qui en seront restés là, dégoûtés d’avoir vu leur candidat anti-système échouer à la porte du second tour. Un même renversement de dynamique a pu contrarier une frange des électeurs de Marine Le Pen, douchés par la prestation télévisuelle calamiteuse de leur favorite face à Emmanuel Macron et dépités par les dissensions internes apparues au grand jour au Front national après le bide du second tour de la présidentielle.

Du côté de Les Républicains, ce n’est plus une gueule de bois mais une veillée funèbre, peu propice aux virées enthousiastes vers les bureaux de vote. Entre les élus déjà partis vers les sunlights de la majorité présidentielle, ceux qui n’attendent que la fin des législatives pour les rejoindre et les restants prêts à s’entredévorer pour prendre les rênes d’un parti moribond, le coeur n’y est plus pour des électeurs déjà crucifiés par l’affaire Fillon. Même dynamique mortifère au Parti socialiste, où les fuites vers la République en marche sont aussi nombreuses que les couteaux plantés dans le dos. Avec ces ralliements sous la férule de la REM venus d’un peu partout, la majorité présidentielle a aussi pu donner à penser aux électeurs que, quel que soit leur choix, leur candidat finirait d’une façon ou d’une autre par rejoindre la chapelle macronienne. À l’image de la 11e circonscription des Français de l’étranger, où pas moins de 4 candidats se réclamant de la République en marche se font face. Avec tout ça, à quoi bon aller voter ?

https://www.marianne.net

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