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Dimanche soir, Marine Le Pen a incriminé le taux d’abstention record du premier tour, autour de 50%: «Cette abstention catastrophique pose la question du mode de scrutin».
© Sylvain Lefevre / Getty Images

Le parti d’extrême droite, bloqué par le mode de scrutin, n’a pas réussi à capitaliser sur les 10,6 millions de voix obtenues le 7 mai par Marine Le Pen

Marine Le Pen deviendra-t-elle, le 18 juin, l’unique député du Front national? Avec 45% des suffrages au premier tour dans la circonscription nordiste d’Henin-Beaumont (Pas-de-Calais) où elle avait été battue voici cinq ans, la présidente du FN a de bonnes chances d’être élue dimanche prochain. Le scénario, en revanche, est beaucoup moins favorable pour le parti d’extrême droite fort de 13,2% des voix dans l’ensemble de l’Hexagone.

Si plusieurs de ses ténors se sont qualifiés pour le second tour (Stéphane Ravier à Marseille, Florian Philippot à Forbach, Louis Aliot à Perpignan), le Front national risque de faire face à un tir de barrage républicain, vu l’appel à faire battre ses candidats lancé par tous les autres partis. Même le leader de la «France insoumise» Jean-Luc Mélenchon a prévenu ses électeurs d’un «Attention à ne jamais favoriser un candidat du FN».

Le Front national ne se remet pas de l’entre-deux-tours et de ses déboires successifs

Brice Teinturier, délégué général de l’institut de sondages Ipsos

Après les 10,6 millions de voix obtenues le 7 mai par Marine Le Pen (33,9% contre 66,1% pour Emmanuel Macron), le parti anti-immigration et europhobe se retrouve bien en deçà du score de sa candidate au premier tour de la présidentielle (21,3%). Et il plafonne à son niveau des législatives de 2012 (13,6% au premier tour), loin de ses espérances.

Le FN qui se présentait comme «la seule opposition» au président centriste comptait bien sortir de ces législatives avec un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, qui confère davantage de poids. Or selon des projections, il sera loin dimanche prochain d’atteindre le seuil des 15 députés nécessaires pour former un groupe. Le parti obtiendrait de 1 à 10 sièges à l’issue du second tour, contre 2 (L’avocat Gilbert Collard dans le Gard, en ballottage favorable; et Marion Maréchal-Le Pen, qui ne se représentait pas) lors de la précédente législature.

Fortes divisions internes

«Le Front national ne se remet pas de l’entre-deux-tours et de ses déboires successifs», a commenté sur France 2 Brice Teinturier, délégué général de l’institut de sondages Ipsos. Après avoir eu le vent en poupe pendant la campagne présidentielle, Marine Le Pen a perdu sa dynamique entre les deux tours. Son image a particulièrement pâti d’un débat avec Emmanuel Macron durant lequel sa prestation avait été jugée brouillonne et agressive. Son parti a ensuite mené une campagne législative atone, sur fond de fortes divisions internes au sujet de l’euro et de mises en cause de plusieurs de ses candidats pour des propos racistes ou homophobes.

Le mode de scrutin remis en cause

Dimanche soir, Marine Le Pen a incriminé le taux d’abstention record du premier tour, autour de 50%. «Cette abstention catastrophique pose la question du mode de scrutin», a-t-elle dit, ajoutant que l’abstention avait «pénalisé» son parti, qui réclame depuis des lustres l’introduction d’un scrutin de liste. En juin 2014, le FN était ainsi sorti nettement vainqueur des élections européennes qui se déroulent à la proportionnelle.

«Les gens ne se rendent pas compte de ce qui les attend avec Emmanuel Macron: les gens très aisés vont être encore plus aisés et les pauvres encore plus pauvres. Ca me fait un peu peur, avec Macron, si le FN n’est pas à l’Assemblée, nous sommes fichus», jugeait dimanche soir Marie-Christine Laversin, 57 ans, retraitée à Hénin-Beaumont, où la municipalité est frontiste depuis mars 2014.

 

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