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Entre un candidat de la majorité présidentielle qui détient un compte en banque à Hong Kong, une marchande de sommeil et des falsifications de diplômes, il paraît bien difficile à Emmanuel Macron de paraître crédible lorsqu’on parle de moralisation de la vie politique.

 

 Casseroles en série chez les candidats LREM : quand la moralisation fait pschittt

 Eric Verhaeghe

L’hebdomadaire Le Point révélait ce jeudi 15 juin que Laurent Zameczkowski, candidat En Marche de Neuilly sur Seine détenait un compte à Hong Kong, ce qui vient alimenter une nouvelle fois la polémique des personnes composants la future majorité présidentielle, après les précédents révélés par Libération, entre une marchande de sommeil, falsification de diplômes etc..En quoi l’absence de sanctions, pouvant reposer sur l’idée que la formation d’une majorité ne sera pas une difficulté, peut être mettre à mal la crédibilité du nouveau Président ?

Eric Verhaeghe : Pour l’instant, il existe bien un état de grâce, au moins dans les medias, pour le président.

Celui-ci le dilapide rapidement en multipliant les gestes hautains ou arrogants. Le fait de maintenir des candidatures contestées pourrait d’ailleurs dès dimanche lui jouer un vilain tour, car il commence à dévoiler une tendance à faire un usage incontrôlé ou disproportionné du pouvoir dont il disposera. Les Français qui ne s’informent que par la voix des grands médias subventionnés sont mal informés sur ces dérives. Pour l’instant, elles percutent donc peu l’espèce d’hypnose dans laquelle ils vivent. Mais le nombre de Français qui s’inquiètent de la surdité du Président et de la caricature qu’il constitue autour de lui ne cesse de grandir. Il suffit désormais de s’informer raisonnablement pour ne plus pouvoir ignorer la dérive qui guette et pour ne plus pouvoir ne pas s’en inquiéter. Entre les candidats véreux qui restent en place et les candidats incompétents qui ont pour consigne de refuser le débat démocratique avant les élections, En Marche apparaît pour ce qu’il est: une écurie présidentielle, un levier, un instrument hors sol. Mais, à ce stade, Macron crée le doute. Il place les législatives sous le signe d’un scepticisme discret mais profond.

Comment comparer cette situation aux exercices précédents, notamment avec le quinquennat Hollande, qui entaché de plusieurs scandales, avait tout de même eu le mérite d’en passer par la sanction ? Que peut révéler cette attitude ? En quoi la sociologie du mouvement « En Marche ! » peut elle accentuer la question du sentiment d’impunité ?

Je ne sais pas si ce sentiment durera. Mais le mythe d’En Marche repose sur des éléments hallucinogènes. On dit à des gens issus de la « société civile » qu’ils sont les sauveurs d’un monde politique en voie de décomposition, que leur connaissance des intérêts privés est le principal levier de survie pour la République. Cette conviction militante est puissante. Allez leur faire comprendre maintenant que le vers est dans le fruit et que c’est en réalité le contraire qui se prépare. Et c’est bien le problème du macronisme. Ce qu’on présente comme la solution est le début d’un nouveau problème, ce qui est aux antipodes d’un phénomène à la Cahuzac. Cahuzac était suffisamment ancien et blanchi sous le harnais pour savoir qu’un compte en Suisse était éliminatoire. Les candidats d’En Marche s’entendent dire qu’ils viennent de la vraie vie et que c’est cela qui va sauver la France. D’où l’idée que tout est bon et tout se justifie, puisqu’ils sont les « élus », ceux qui ont été choisis par Jupiter pour relever le pays de ses ruines.

Quelles sont les difficultés que pourraient rencontrer Emmanuel Macron en poursuivant cette stratégie ? La forte majorité attendue à l’Assemblée peut elle être suffisante pour résister ?

Je pense que le principal risque auquel Macron s’expose est de devenir la caricature de ce qu’il est: un bien-né appartenant à l’élite, écoutant l’élite et régnant pour l’élite. Comme il a rapidement mis les médias au pas, il est entouré d’une illusion de MAcromania qui lui laisse croire que tout va bien. Le système d’alarme de la macronie est désactivé et c’est probablement le principal risque de son quinquennat. MAcron est entouré de gens qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. Pendant ce temps, les fondamentaux sont plus que mauvais, ils sont inquiétants. Il a fait 20 millions de voix au second tour malgré un tapage médiatique insupportable autour du Front Républicain. Ses candidats ont péniblement recueilli 6 millions de voix au premier tour, ce qui est un score minable, moins bon que celui de l’UMP en 2012. Le système dysfonctionne, les signaux d’alerte se multiplient, mais le train continue sa course folle. Plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. La semaine prochaine, un remaniement gouvernemental risque de macroniser encore un peu plus le système, avec une éviction plausible de Bayrou. Le choc final pourrait surprendre…

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