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BERLIN (Reuters) – Figure marquante de la scène politique européenne de l’après-Guerre, l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl, décédé à l’âge de 87 ans, restera dans les mémoires comme l’homme de la réunification.

Ce géant massif de 1m93 à l’accent provincial que ses adversaires avaient l’habitude de moquer et de sous-estimer, s’est révélé un avocat passionné de l’intégration européenne pendant ses seize années au pouvoir (1982-1998).

Les deux guerres mondiales qui ont ravagé l’Europe et pris les vies de son oncle et de son frère expliquent son parcours.

En s’engageant à ancrer l’Allemagne au sein de l’Europe sous une monnaie commune, le chancelier chrétien-démocrate a réussi en 1990 à arracher à ses alliés la réunification de l’Allemagne malgré l’opposition du président français François Mitterrand, du dirigeant soviétique de l’époque, Mikhaïl Gorbatchev, et de son homologue Britannique Margaret Thatcher.

Né le 3 avril 1930, Helmut Kohl est le troisième enfant d’une famille catholique de Ludwigshafen, sur le Rhin, centre de l’industrie chimique et une des villes allemandes les plus bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Son père, qui était fonctionnaire, avait combattu pendant les deux Guerres. Il était revenu marqué du front de Pologne en 1940. En tant que catholiques pratiquants, les parents du jeune Kohl n’appréciaient pas le rejet de la religion et la persécution des minorité prônés par Adolf Hitler.

La Seconde Guerre mondiale a jeté une ombre immense sur la jeunesse d’Helmut Kohl. La mort de son frère Walter, tué en 1944 dans une attaque aérienne en Normandie, a changé sa vie. Walter portait le nom d’un oncle mort pendant la Première Guerre mondiale.

POIRE GÉANTE

Quand Helmut Kohl décida de donner ce prénom à son premier fils, sa mère s’est demandée s’il ne tentait pas le sort.

« Mère, je vous promets que je ne mourrai pas dans une guerre entre Etats européens », lui avait répondu le futur chancelier qui a souvent décrit sa volonté d’une Europe unifiée comme un moyen de tenir cette promesse.

A la fin de la guerre, à peine âgé de 15 ans, Helmut Kohl a été enrôlé dans l’armée et a brièvement servi dans un camp d’entraînement militaire près de Berchtesgaden.

De retour dans sa ville natale dévastée, il entreprend des études de droit et d’histoire. En 1959, il est élu pour la CDU à l’assemblée régionale du Land de Rhénanie-Palatinat, et, dix ans plus tard, à 39 ans, il en devient le ministre-président.

En 1973, il prend la tête de la CDU et, après une tentative infructueuse en 1976, il devient chancelier de l’Allemagne de l’Ouest en 1982, à la chute du gouvernement social-démocrate d’Helmut Schmidt.

Moqué pour son manque de sophistication par rapport à ses prédécesseurs Helmut Schmidt et Willy Brandt, caricaturé en forme de poire géante, Helmut Kohl se révèle très vite un fin stratège.

En pleine Guerre froide, malgré l’opposition des mouvements pacifistes favorables à l’Union soviétique, il n’hésite pas, avec son ministère des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, à soutenir le déploiement par les Etats-Unis de missiles nucléaires sur le sol allemand.

USER SES OPPOSANTS

Il acquiert peu à eu la réputation d’user ses opposants en les ignorant. La stratégie sera reprise par Angela Merkel après son accession à la chancellerie en 2005. La physicienne timide de l’Allemagne communiste doit une partie de son parcours à Helmut Kohl qui l’a tirée de l’anonymat en lui demandant de rejoindre son gouvernement après la chute du Mur de Berlin.

L’heure de gloire d’Helmut Kohl intervient dans les mois qui suivent la chute inattendue du mur, le 9 novembre 1989, quand il réussit à vaincre l’hostilité de ses alliés occidentaux à l’unification de l’est communiste et de l’ouest capitaliste.

Le chancelier s’apprêtait à s’attabler à un dîner à Varsovie quand il a appris la nouvelle par son bureau à Bonn.

Dès le lendemain, il se rend à Berlin, en pleine euphorie. Très vite, il se met à travailler sur un plan de réunification, présenté au Bundestag dès le 28 novembre.

Le discours, tapé par sa femme Hannelore à leur domicile pour empêcher les fuites, prend ses alliés par surprise. Le président américain George Bush est d’accord. Les Européens sont furieux, inquiets de la puissance potentielle et des ambitions d’une Allemagne unifiée.

Margaret Thatcher fulmine. « Kohl est capable de tout », dit-elle à l’ambassadeur de France à Berlin.

Mikhaïl Gorbatchev est lui aussi ulcéré. « Votre ami Kohl, votre associé, est un plouc sorti de sa campagne », dit le père de la Perestroïka à François Mitterrand lors d’une réunion privée avec le président français à Kiev une semaine plus tard.

IMPROBABLE AMITIÉ

La France a beau en être restée à l’adage prêté à François Mauriac – « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux » – Hedlmut Kohl réussit à convaincre François Mitterrand, avec qui il a développé une improbable amitié.

Cinq ans auparavant, le président français et le chancelier allemand se sont tenus par la main à Verdun, sur le champ de bataille où est mort l’oncle d’Helmut Kohl lors de la Guerre de 1914-1918 et où François Mitterrand a été fait prisonnier pendant le conflit suivant de 1939-1945. L’image à haute valeur émotionnelle et symbolique est passée à la postérité.

La promesse d’Helmut Kohl d’ancrer l’Allemagne unifiée au sein de l’Europe et sa promesse quelques mois plus tard d’accepter la ligne Oder-Neisse, frontière germano-polonaise fixée après la Seconde Guerre mondiale, assurent le soutien de la France au projet d’unification.

Pour convaincre MikhaIl Gorbatchev, Helmut Kohl finance le retrait des troupes soviétiques d’Allemagne de l’Est et leur réinstallation en Russie à coup de milliards de marks. Il arrive à convaincre les soviétiques que la future Allemagne unifiée doit faire partie de l’Otan.

« En 1989 et 1990, Helmut Kohl a montré une vision et un courage peu communs », dira bien plus tard George Bush.

Réélu en 1990 puis en 1994, Helmut Kohl briguera un cinquième mandat en 1998, au lieu d’ouvrir la voie à Wolfgang Schäuble, l’actuel ministre des Finances, que les sondages donnaient mieux placés. L’usure du pouvoir et le social-démocrate Gerhard Schröder le renverront dans l’opposition.

Son bilan a été terni à la fin des années 1990 par

une affaire de financement occulte qui le contraindra à renoncer

en 2000 au titre de président honoraire de l’Union chrétienne-démocrate, parti sur lequel il a régné pendant 25 ans.

Angela Merkel ne le soutiendra pas. Leurs relations resteront glaciales jusqu’à la fin.

Après le suicide de sa première épouse Hannelore un an après son éviction de la CDU, Helmut Kohl sera accusé de l’avoir négligée, notamment par son fils Walter, qui a par la suite écrit un livre-vérité sur la famille.

A la fin de sa vie, Helmut Kohl avait des difficultés d’élocution et ne se déplaçait plus qu’en chaise roulante, après une mauvaise chute en 2008.

(Jean-Philippe Lefief et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Eric Faye)

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