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Les résultats des législatives pourraient rebattre les cartes à droite. L’aile la plus modérée a le vent en poupe, et pourrait contraindre Les Républicains a une alliance « constructive » avec Macron.Vers une OPA de la droite pro-Macron sur Les Républicains?

Face à Emmanuel Macron, la droite paraît plus divisée que jamais. AFP

Rémi Clément

 

Dimanche soir, peu après 20 heures, les députés Les Républicains vont se compter. Si l’aile centriste est majoritaire, les choses devraient bouger rapidement. La droite pro-Macron entend pousser la candidature de Thierry Solère à la présidence du groupe LR à l’Assemblée nationale. Le député des Hauts-de-Seine – qui n’a pas eu de candidat En Marche face à lui aux législatives – sera opposé à Christian Jacob, qui est soutenu par la droite du parti et la majorité des députés LR de l’assemblée sortante.  » Jusqu’au premier tour des élections législatives, je vous aurait dit que c’était impossible, confie un observateur avisé des jeux de coulisses des Républicains. Mais avec ce que sont les résultats, et les projections de second tour, il n’est pas du tout inimaginable que l’aile pro-Macron soit majoritaire.  »

L’aile droite du parti affaiblie

Le premier round des législatives a considérablement affaibli l’aile droite des Républicains. Le fondateur de la droite populaire Thierry Mariani est quasiment éliminé de la course à sa réélection: il n’a obtenu que 18,78% des suffrages contre 54,11% pour sa concurrente La République En Marche. Même cas de figure pour le proche de Jean-François Copé Alain Marsaud, le député des Yvelines Jacques Myard ou le député du Rhône Philippe Meunier, tous distancés par leurs adversaires macronistes. Le parti chrétien-démocrate ne résiste pas mieux: son patron Jean-Frédéric Poisson est en ballotage très défavorable face à la juppéiste « en marche » Aurore Bergé. A l’inverse, les centristes tirent leur épingle du jeu. Franck Riester sort largement en tête de la cinquième circonscription de Seine-et-Marne, Jean-Luc Warsmann recueille 46,19% des voix dans les Ardennes et les UDI, plutôt favorables à Emmanuel Macron, réalisent de bons scores.

Paradoxalement, la droite qui a accepté la « main tendue » d’Emmanuel Macron tire son parti de l’effondrement relatif de la droite. Moins Les Républicains obtiendront de députés dimanche et plus leur OPA sur le groupe aura de chances de l’emporter. « Si on finit à 60, il suffit d’être 30+1 », confie un lemairiste. S’ils ne parviennent pas à l’emporter, les députés « constructifs » de droite étudient toutes les possibilités et n’écartent pas de quitter le groupe LR pour fonder leur propre chapelle parlementaire. Une décision qui conduirait à l’explosion de la droite. Mais qui permettrait à la frange centriste des Républicains d’obtenir plus de poids dans la future Assemblée. « Regardez Hervé Morin et son groupe « Nouveau centre » en 2007, expose un cadre LR, Nicolas Sarkozy n’avait pas vraiment besoin de lui, il avait la majorité avec la seule UMP, et pourtant… Avoir un groupe ça change tout ».

Vigilants

Quelle serait la marge de manœuvre de ce groupe, de droite, mais affilié au gouvernement ? Partant du principe qu’il n’existe pas d’amour mais des preuves d’amour, les « constructifs » entendent jouer un rôle de vigie face au nouvel exécutif. « Il y a plusieurs points chauds sur lesquels on va être très attentifs, décrypte l’un deux. D’abord, le libéralisme économique. Si nous sommes bien en faveur d’un élan libéral pour décrisper l’économie française, nous serons vigilants à ce que cela n’aille pas trop loin. A cet égard, la nomination de Gérald Darmanin à Bercy est un verrou de sûreté. Deuxième point, l’Europe: Macron est très fédéraliste. Pour nous qui sommes de tradition gaulliste, ce sera un enjeu très important. Enfin, il y a la question de la famille même si sur ce point là, le quinquennat Hollande a apporté une forme de consensus autour de la fin de vie avec la loi Leonetti, et sur le mariage des couples de même sexe. »

Autre point sur lequel les députés de droite pro-Macron seront particulièrement vigilants: la tambouille fiscale du nouveau gouvernement. Le subtil montage imaginé par Emmanuel Macron pour redonner du pouvoir d’achat aux Français qui travaillent – une hausse de la CSG en échange de la suppression des cotisations salariales pour le chômage et la maladie, accompagnée de la suppression de la taxe d’habitation – pourrait avoir un « effet ciseaux » sur une partie très populaire des Français. « Ce serait un cadeau incroyable fait au FN », s’inquiète une voix à droite.

La guerre reprend

Avec cette nouvelle offre de droite pro-Macron, la guerre interne reprend de plus belle chez les Républicains. Déjà, les yeux se tournent vers les élections sénatoriales de septembre, où « constructifs » et les tenants de l’aile droite du parti auront l’occasion de se jauger, avec la perspective d’un duel entre deux anciens fillonistes Gérard Larcher et Bruno Retailleau. D’autres escarmouches, moins visibles, auront lieux dans les exécutifs locaux où les macronistes de droite sont en force. Preuve que les couteaux s’aiguisent chez les Républicains, les élus LR proches de Macron commencent à déserter les réunions en bureau politique des Républicains, qu’ils laissent à leurs opposants. « De toute façon, c’est tout ce qu’il leur reste », se moque un proche d’Edouard Philippe, qui prédit leur défaite finale : « Ils sont comme les Japonais à Pearl Harbor ».

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