En France, vers une razzia Macron sur des urnes désertées?

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Emmanuel Macron au bureau de vote du Touquet, dans le nord de la France, dimanche matin. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Comme Emmanuel Macron, qui s’est rendu ce matin dans un bureau de vote du Touquet, les Français sont appelés aux urnes dimanche pour le second tour des législatives. A midi, le taux de participation ne s’élevait, pour la France métropolitaine, qu’à 17,75%.

Une victoire écrasante annoncée en nombre de députés (on parle de 400 à 450), mais un réel malaise démocratique. Avec 51,29% d’abstentionnistes, le premier tour des législatives françaises a brossé l’envers de la Macron-mania: une forte désaffection des électeurs, amplifiée par un nouveau nombre record de votes blancs (plus de 400’000).

Un maintien d’un tel niveau de désaffection électorale confirmerait la division politique du pays, et le fossé qui continue de séparer le nouveau locataire de l’Elysée d’une grande partie des 47 millions d’électeurs français, comme on avait pu le constater lors de la présidentielle. Le 7 mai dernier, un Français sur trois s’était alors abstenu ou avait voté blanc.

A midi, un communiqué de presse de l’Elysée annonçait déjà la couleur: seuls 17,75% des électeurs s’étaient rendus aux urnes à midi. En comparaison, le second tour des élections législatives de 2012 et 2007 avaient mobilisés respectivement 21,41% et 22,89% des Français à la même heure. Si la tendance se poursuit, la participation pourrait chuter à un niveau historiquement faible pour ce scrutin qui devrait offrir une écrasante majorité de députés au président Emmanuel Macron.

La forte abstention fragilise la légitimité de Macron

Pour ce président dont la cote de popularité est stable à près de 45% depuis le début de son mandat, une hausse significative de la participation serait pourtant une double bonne nouvelle: elle renforcerait les chances de voir le Front national reculer – le FN fait en général le plein des voix dès le premier tour et manque de réserve de suffrages –, et elle pourrait profiter aux candidats de la République en marche (LREM), son mouvement créé en avril 2016.

511 candidats sur 529 de LREM se sont qualifiés pour le second tour. Seuls quatre députés ont été élus au premier tour pour 577 sièges en lice et les triangulaires seront réduites au minimum en raison de la très faible participation dimanche dernier (il faut au moins 12,5% des inscrits pour se maintenir).

Emmanuel Macron avait déjà voté ce dimanche matin à 11 heures au Touquet. Idem pour Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, pour le Premier ministre Edouard Philippe au Havre ou pour le ministre de la justice François Bayrou à Pau. Le chef de l’Etat français suivra ce soir, comme dimanche dernier, les résultats à l’Elysée, entouré par des proches dont l’écrivain Erik Orsenna.

Le taux d’abstention sera bien le principal sujet de cette journée politique qui, si elle s’achève par une victoire éclatante du camp présidentiel, marquera le vrai lancement du quinquennat. A titre de comparaison, 32% des Français s’étaient abstenus lors du premier tour des législatives en 1997 (majorité relative de 267 sièges pour le PS); 35,6% en 2002 (majorité absolue de 398 sièges pour la droite); 39,6% en 2007 (majorité absolue de 345 sièges pour la droite): et 42,8% en 2012 (majorité absolue de 331 sièges pour le PS).

La participation au premier tour du 11 juin dernier a donc été nettement plus faible que celle des précédents scrutins, et de nature à fragiliser la légitimité du chef de l’Etat si un regain d’intérêt n’intervient pas. Pour avoir trop boudé les urnes (20% de participation), les Français de l’étranger devront d’ailleurs tous revoter, y compris en Suisse où le candidat pro-Macron Joachim Son-Forget avait pourtant obtenu, le 4 juin, 63% face à la député sortante de droite Claudine Schmid (16%).

La déroute des partis traditionnels

L’autre sujet majeur de ces législatives sera l’ampleur de la déroute des partis traditionnels. La gauche, a priori, ne parviendra pas à se relever de l’hécatombe de la semaine dernière. Le parti socialiste, qui contrôlait plus de la moitié de l’Assemblée nationale sortante, est crédité d’une trentaine de sièges de députés seulement, tandis que le bloc France insoumise (Mélenchon) et le Parti communiste devraient ensemble obtenir une vingtaine d’élus.

A droite, la défaite est rude, mais moins existentielle. L’alliance entre les «Républicains» et les centristes de l’UDI pourrait obtenir entre 80 à 130 élus. Un chiffre à nuancer, toutefois, par la division entre députés conservateurs compatibles avec la majorité présidentielle, et ceux qui veulent tout miser sur l’opposition.

Parmi les circonscriptions à surveiller figurent celles du Vieux-Port, à Marseille, où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête dimanche dernier, celle d’Evry dans l’Essonne où se présente l’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls, celle d’Hénin-Beaumont (Pas de Calais) où Marine Le Pen est bien placée pour l’emporter, celle de Forbach (Moselle) où le vice-président du FN Florian Philippot peut être élu ou la deuxième circonscription de Paris où se présente l’ancienne ministre de droite Nathalie Kosciusko-Morizet, agressée cette semaine.

Le cas particulier du FN

Le cas du Front national sera le plus emblématique. Après avoir atteint son record historique de voix le 7 mai (33,9 % pour Marine Le Pen, soit 10,6 millions de suffrages) le parti d’extrême-droite a eu la plus grande peine, durant cette campagne pour les législatives, à surmonter ces divisions internes. 110 candidats FN ont réussi à se qualifier pour le second tour contre 62 en 2012. Leur problème, en revanche, est la quasi absence de triangulaires (lesquelles avaient permis, voici cinq ans, à leurs députés sortants Marion Maréchal Le Pen et Gilbert Collard de l’emporter dans le Vaucluse et dans le Gard).

Les frontistes se retrouveront par conséquence face à un très probable Front républicain qui pourrait leur couter la plupart des sièges. Le dernier sondage Odoxa-Le Point rendu public vendredi donne au parti de Marine Le Pen entre 2 et 8 députés.

Dans tous les cas, le renouvellement de l’Assemblée nationale sera inédit, d’autant que la grande majorité des candidats macroniens sont des nouveaux venus en politique. Fait révélateur: c’est ce dimanche que le grand perdant de la présidentielle François Fillon a donné son premier entretien depuis son élimination au premier tout du scrutin le 23 avril. Le «dégagisme» est, à l’évidence, le premier parti de l’hexagone. Le grand chelem politique parait à ce stade assuré pour Emmanuel Macron.

https://www.letemps.ch

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