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 Nadine Sayegh 

BULENT KILIC / AFP Une famille syrienne rentre en Syrie, le 8 février 2016.

Malgré la guerre, beaucoup de Syriens décident de rentrer dans leur pays après un exil de trois, quatre ou cinq ans. Ils espèrent pouvoir apporter leur aide à ceux qui sont restés et reprendre leur vie d’avant. Et participer à la reconstruction de la Syrie de demain.

Il y a Mouna, mère de famille de deux enfants, dont le mari est resté à Damas pour son travail. Il y a aussi Farah, Ibtissam, Zeina, Carine et bien d’autres. Après trois ans passés au Liban, elles choisissent toutes de rentrer et de scolariser leurs enfants dans les nombreux lycées encore ouverts dans différentes zones géographiques de la Syrie. Mouna est heureuse d’être revenue et de se sentir utile :

« Pour un niveau éducatif similaire dans les écoles, je préfère rester à côté de mon mari. On habite côté est de Damas, le quartier qui a reçu un nombre record de mortiers entre 2012 et 2014. Mon mari choisit à ce moment-là de nous mettre à l’abri au Liban, quitte à faire la navette, comme tant d’autres, tous les week-ends. Mais voyant la situation se calmer en 2015, je décide avec les enfants de rentrer, de revenir au foyer familial pour retrouver nos repères, et cesser ce va-et-vient et toutes ces dépenses exorbitantes. Je ne me suis pas posée beaucoup de questions. Ce n’est pas le confort absolu, notre vie est programmée en fonction des coupures fixes et quotidiennes du courant, certains prix atteignent un plafond incroyable, mais le plus important c’est que nous sommes à Damas, tous ensemble. Mon mari court des risques tous les jours, alors pareil pour nous. »

Quant à Basma, c’est une mère de famille, déçue, qui a choisi de quitter le Liban pour Damas à la rentrée scolaire de 2015 :

« En 2013, mon mari, ingénieur électronicien, trouve du travail à Erbil, alors il nous installe au Liban car notre maison à Damas est abîmée suite à une explosion de mortier et de ses débris. On essaye de refaire notre vie, au mieux, rien que pour les enfants !

On a beau penser que c’est un pays arabe, voisin, qui nous ressemble, mais la réalité est différente. Que l’on soit riche ou pauvre, chrétien ou musulman, intellectuel ou simple main d’œuvre, le regard jeté sur nous est un regard de pitié, de différence, qui va jusqu’au mépris. Et même à l’école, beaucoup de nos gosses souffrent de certains de ces comportements. Au moins ici on est chez nous. On habite avec ma belle-famille, on s’entraide dans la cuisine et les tâches ménagères, on s’accommode avec le quotidien. Par exemple, on peut se réveiller un jour et trouver les réservoirs d’eau potables vides, ce qui s’est passé en décembre dernier, suite à l’attaque des terroristes des principales sources de la capitale, ou rester plus de douze heures sans courant ni Internet. Il ne faut pas oublier que c’est un pays en guerre. J’estime que chaque sou dépensé ici est utile, et peut faire fructifier l’économie d’une façon ou d’une autre. »

D’autres familles sont rentrées de plus loin. Comme la famille de Yiad, un jeune syrien de la banlieue de Homs. Il est rentré en 2016. Grâce à ses proches installés au Brésil depuis très longtemps, il réussit à les rejoindre en septembre 2015, avec son épouse, à l’époque, enceinte d’un petit garçon.

« Notre séjour au Brésil est très satisfaisant. L’adaptation très facile. On est très bien entourés. On a notre carte de résidence de dix ans, je gère un petit business et ma femme accouche sur place d’un petit ‘’brésilien’’. Mais en dépit de toutes ces facilités, je sens la nostalgie du pays qui me ronge jour et nuit, jusqu’au moment où nous décidons de rentrer en 2016. C’est vrai, ici, à Homs, ce n’est pas le grand luxe brésilien mais au moins on est chez nous, mon petit commerce dans les téléphones portables et ses accessoires reprend petit à petit et ma femme s’occupe des familles délogées et martyrisées lors des différentes attaques des jihadistes sur cette ville. Au moins ici, on se sent utiles. »

D’autres familles sont rentrées aussi d’Allemagne, ou de Grande Bretagne, au moment où l’état du conflit en Syrie est au plus critique. Et elles ne regrettent rien.

Dr. Fadi Rayaa

Dr. Fadi Rayaa, chirurgien, parti en Allemagne en 2003 pour se spécialiser dans l’implantation du foie, revient dans son pays fin 2012 pour faire son service militaire et travailler dans les hôpitaux syriens, qui commencent à être en manque de chirurgiens.

« Je commence d’abord par m’acquitter de mes devoirs civiques, d’une durée de trois ans, puis je me mets à chercher du travail car j’ai une famille de trois enfants à nourrir : prêt à tout accepter, et à recommencer à zéro, malgré les opportunités et les aisances que j’avais dans les hôpitaux en Allemagne.

Et la décision du retour est collégiale au sein de ma famille. Pour moi, le pays n’est pas un hôtel où on est de passage et qu’on quitte dès qu’il perd ses “étoiles” ! Ce pays représente mes origines, c’est mon identité. Je peux ne pas être d’accord avec sa lignée politique, avec un certain mode de vie, de pensée, une certaine règlementation, mais ceci ne justifie pas le rejet, ni l’oubli.

Notre retour est le fruit d’une longue réflexion, et d’une décision définitive, un choix, rien ne nous oblige à le faire à part notre conscience. Et heureusement l’adaptation s’est très bien passée, car on était toujours en contact direct avec notre famille et nos amis à Damas, et on suivait de près tous les changements et évolutions sur place. Comme moi, ma femme aussi est convaincue de ce pas, et dans ce cas il est facile de convaincre les enfants. Car un enfant de quoi a-t-il besoin ? De ses parents, de sa famille et des enfants de son âge, et tout ceci leur est assuré ici. On y est, je pratique mon métier, je me sens très utile et je n’ai aucun regret. »

 

Dr. AhmadKhaddour

 

Il en est de même avec le Dr. Ahmad Khaddour, chirurgien cardiologue, qui a décidé de rentrer en Syrie après 18 ans de vie confortable et tranquille en Grande Bretagne :

« Depuis le début de la crise, je réfléchis avec mes amis et mes concitoyens à la façon d’aider notre pays depuis notre lieu de résidence. Alors on constitue à Londres “le club social syrien” dont le rôle est médiatique, pour contrecarrer la désinformation de la presse occidentale. Et au fur et à mesure que le temps passe, la nostalgie du pays s’accentue dans nos cœurs, alors un jour, on décide avec ma femme et mes enfants de rentrer définitivement. En juin 2014, par le manque croissant de cardiologues, je trouve aussitôt un poste dans un hôpital à Damas et j’ouvre en même temps mon propre cabinet. Et pour les enfants, c’est l’occasion de réintégrer la société syrienne, sa langue, et ses us et coutumes, tout en gardant une touche anglaise à notre mode de vie, à notre quotidien.

Ainsi l’adaptation est rapide et sans aucun regret, heureusement. En plus, je me sens utile et important en ces temps de pénurie médicale. Et j’appelle toute personne capable de faire ce pas, à se décider vite.

La Syrie est en manque de notre richesse, de nos connaissances, de notre trésor, oublions nos différends, et travaillons ensemble avant qu’il ne soit trop tard ! ».

https://fr.aleteia.org

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