Emmanuel Macron, un plébiscite sous surveillance

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Plébiscite confirmé pour la majorité présidentielle. Edouard Philippe, le 1er ministre s’en est réjoui. Ici, le 16 juin à Besançon.
© CHARLY TRIBALLEAU, AFP

Les candidats du parti présidentiel La République en marche raflent 341 sièges à l’issue des législatives françaises. La majorité absolue est pulvérisée. L’abstention massive porte une ombre sur le scrutin

Emmanuel Macron a réussi à révolutionner le paysage politique français. A 23h00, hors les 11 circonscriptions des Français de l’étranger, le parti du président français était crédité de 341 sièges à l’Assemblée nationale, sur les 577 en lice. La majorité absolue de 289 sièges est pulvérisée. La République en Marche (LREM) régnera en maître sur cette nouvelle chambre basse dont le visage sera profondément renouvelé. Plus rien n’y sera comme avant, à commencer par le rapport de forces politiques. Le parti socialiste, majoritaire sous le quinquennat de François Hollande, n’a pas résisté au tsunami Macron. Seuls une trentaine de députés PS ont réussi à sauver leurs sièges, et l’ex principal parti de gauche devrait être devancé par la France insoumise, la formation dirigée par Jean Luc Mélenchon.

Ce résultat n’est pas un plébiscite. C’est tant mieux. Mais il n’en donne pas moins tous les leviers politiques du pouvoir français à l’Elysée, où Emmanuel Macron a suivi hier les résultats avec son premier ministre Edouard Philippe, venu de la droite. Ces deux hommes, l’un ancien conseiller de François Hollande, puis ministre de l’Economie dans un gouvernement socialiste, et l’autre, venu de la droite et proche d’Alain Juppé, ont remporté leur extraordinaire pari. La frontière droite gauche demeure, puisque l’alliance de droite composée du parti Les Républicains et des centristes de l’UDI remportent 135 sièges, de quoi constituer une véritable force d’opposition. Mais du côté des socialistes réélus, comme chez les conservateurs, le tandem Macron-Philippe disposera de solides alliés. Tous les ministres macroniens ont été réélus dans leurs fiefs. Une autre preuve de confiance de la part des électeurs.

Le FN a survécu au tsunami Macron

Les deux autres grandes nouvelles de ce scrutin concernent l’abstention et le Front national. Plus d’un Français sur deux n’est pas allé voter dimanche. C’est énorme. La division de la France se confirme une nouvelle fois, preuve qu’Emmanuel Macron n’est pas parvenu à convaincre au delà de son camp initial. C’est inquiétant surtout, et cela accroît les inquiétudes sur un possible troisième tour social lorsque le gouvernement engagera les réformes sociales promises, en particulier la réforme du code du travail sur laquelle les prochaines consultations démarrent ces jours ci. Le Front national, de son côté, est confronté à une réalité ambivalente. D’une part, son score de 8 députés ne correspond pas aux 10,6 millions de voix obtenues par Marine Le Pen le 7 mai. D’autre part, sa présence à l’Assemblée nationale sera nettement plus visible qu’auparavant. L’élection de Marine Le Pen à Henin-Beaumont (Pas-de-Calais) où elle était candidate pour la quatrième fois, est une victoire personnelle. Celle de son compagnon Louis Aliot à Perpignan aussi. Le FN, que l’on sait défavorisé par le scrutin majoritaire, a survécu au tsunami Macron. Point important: le chantre de l’europhobie au FN, Florian Philippot, a lui été battu. le rapport de forces au sein du parti va sans doute s’en trouver modifié.

Attention à un 3e tour social

La France a donné le pouvoir à un présidence centriste, qui revendique de prendre les bonnes idées de la droite et de la gauche. Mais la France ne se réveille pas centriste à l’issue de ces législatives. Les pôles de radicalité constatés durant la campagne présidentielle sont confirmés. A gauche, la volonté d’un affrontement plus dur avec ce gouvernement est confirmée. Jean-Luc Mélenchon a remporté sa bataille personnelle contre le parti socialiste, et la démission immédiate du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadelis (battu au premier tour) prouve que tout a changé. Le PS est condamné à une quasi disparition dont Emmanuel Macron a sans doute parlé dimanche soir, lors de son entretien téléphonique avec Angela Merkel, confrontée elle aussi à des élections en septembre. C’est la mort de la social-démocratie qui a été sonnée ce dimanche soir, par la moitié de Français qui s’est rendue aux urnes.

Le «système Macron» est bel et bien aujourd’hui hégémonique. Il va surtout, dès cette semaine, montrer son vrai visage. Le renouvellement du personnel politique n’a jamais, en France, été aussi important. La plupart des élus LREM n’ont jamais assumé de mandats politique auparavant. C’est une autre France qui sera aux commandes de l’Assemblée nationale, avec un autre défi: celui de préserver son unité dans les difficultés immanquables de l’exercice du pouvoir. Tout démarre maintenant pour le quinquennat Macron. Le chef de l’Etat français a déjà dit qu’il voulait voir une femme accéder au perchoir, la présidence de l’Assemblée. Il faudra aussi que le groupe LREM se structure. La conquête de la France est achevée. Emmanuel Macron doit aujourd’hui démontrer qu’il n’est pas seulement le général d’une offensive-éclair et qu’il pourra durablement imprimer sa marque.

https://www.letemps.ch

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