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Par Alexandre Devecchio

Législatives : Quel avenir pour la droite ?

Depuis la présidentielle, la droite enchaîne une série de défaites électorales qui exposent la fin de l’alternance «mécanique» du pouvoir. Thomas Guénolé dénonce la vacuité idéologique des responsables LR et les appelle à repenser leur ligne politique.


Thomas Guénolé est politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF).


 En janvier, François Fillon était donné favori de la présidentielle et la droite gagnerait les législatives dans la foulée. Aujourd’hui, l’Élysée est perdu et la droite perd 90 députés par rapport aux législatives déjà perdues en 2012 contre le PS de François Hollande. Comment la droite a-t-elle pu en arriver là?

Thomas GUÉNOLÉ. – Lors de l’élection présidentielle, le score de François Fillon au premier tour s’explique assez facilement. L’accumulation des accusations de corruption et de népotisme a cassé sa dynamique de campagne. Plus grave, le contraste immense entre les valeurs revendiquées par le candidat et la teneur des mises en cause a provoqué une rupture d’image: l’idée grandissante qu’en réalité, François Fillon serait le contraire du mélange de droiture morale, de rejet de l’assistanat, et de rigueur envers la dépense publique, qu’il incarnait parmi les grands dirigeants de la droite. Dans ce contexte, le socle électoral de droite a montré une stabilité stupéfiante mais quelques points venus de la droite la plus modérée, juppéiste, se sont décrochés de ce socle afin de voter pour le candidat le plus proche d’eux en dehors du candidat de droite: Emmanuel Macron.

Par la suite, une fois désigné chef de file de LR pour les élections législatives, François Baroin a littéralement mené une non-campagne. Beaucoup de formules creuses répétées en boucle, par exemple pour dire qu’il fallait que les gens votent à droite pour que la droite gagne. Quasiment pas de message fort, hormis peut-être des positions relativement superficielles contre le programme fiscal d’Emmanuel Macron. Une focalisation permanente des discours publics sur les questions de discipline interne du parti. Plus largement, au-delà d’une non-campagne, un problème fondamental de passivité: somme toute, François Baroin a commenté les coups tactiques accumulés par Emmanuel Macron, beaucoup plus qu’il n’a agi lui-même.

François Baroin n’a-t-il pas été handicapé par les fortes tensions, au sein du parti Les Républicains, sur la ligne à adopter envers Emmanuel Macron?

Pour expliquer pareil ratage du pilotage de la campagne législative de la droite, on peut effectivement émettre l’hypothèse d’un François Baroin paralysé par l’antagonisme exacerbé, au sommet du parti, entre les barons prêts à coopérer avec Emmanuel Macron et les barons partisans d’une ligne dure d’opposition au nouveau chef de l’État. Néanmoins j’observe qu’en bientôt trente ans de carrière politique, on ne connaît à l’actuel maire de Troyes aucune prise de position politique forte, qui lui soit propre, et pour laquelle il se soit singulièrement engagé dans le débat public. En d’autres termes, il me semble que le bilan de François Baroin comme chef de file de LR aux législatives a établi son inaptitude à être un bon leader pour la droite.

Quelle stratégie la droite va-t-elle adopter pour se relever de sa défaite et pour réussir ses prochaines cinq années d’opposition?

Emmanuel Macron a dévoré le grand espace central qui va de la droite libérale jusqu’à la gauche pro-mondialisation, en créant son bloc macroniste à partir de zéro. Et Jean-Luc Mélenchon a créé, avec au départ presque uniquement un simple commando de lieutenants très déterminés, un mouvement politique qui est désormais en tête des forces de gauche. Tous deux ont donc rendu obsolète et dangereuse ce que j’appelle «la stratégie du pendule»: tenir pour acquise l’alternance quasi-automatique entre la droite et le PS, donc se contenter de se battre dans les jeux internes au parti pour prendre les meilleures places possibles, locales quand on est dans l’opposition puis nationales quand arrive l’alternance.

Dans ce nouveau contexte de raids très offensifs contre les grands partis rentiers, la droite ne peut pas se contenter d’attendre l’alternance en espérant gagner mécaniquement d’ici là les élections intermédiaires. Somme toute, la situation de LR est très comparable à celle des conservateurs britanniques sous les gouvernements successifs de Tony Blair. Comme eux, LR fait face à un adversaire qui lui est opposé sur les sujets de société, mais qui a grosso modo la même politique économique. À l’époque, les conservateurs d’outre-Manche avaient joué la surenchère sur le programme économique d’austérité budgétaire et fiscale, tout en proposant sur les sujets de société une ligne de droite dure. C’est bien sûr une stratégie possible pour la droite: cela correspondait hier à la ligne de Nicolas Sarkozy une fois chef de l’État, cela correspondrait aujourd’hui à la ligne sur laquelle Laurent Wauquiez s’est repositionné ces dernières années.

Cependant, si l’on garde le parallèle avec la vie politique britannique, une autre stratégie possible consisterait à être beaucoup, beaucoup plus créatif en matière de programme: arrêter de ressasser le triptyque «anti-immigration anti-taxes anti-fonctionnaires», qui tourne en boucle depuis les années 1980, pour proposer des nouvelles politiques sur des sujets qui préoccupent aussi l’électorat de droite. Ce fut le chemin choisi par David Cameron à la tête des conservateurs d’outre-Manche, en développant par exemple des idées de politiques sociales à confier directement au secteur associatif, tout un discours sur les problèmes de discrimination des handicapés, ou encore une ligne politique de droite écologiste. En France, cela correspondrait à la sensibilité «droite populaire» exprimée ces dernières années par Xavier Bertrand.

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