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Le nouveau président jouit d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale

Annabelle Caillou
Le président de la France, Emmanuel Macron
Photo: Bertrand Guay Pool Agence France-Presse Le président de la France, Emmanuel Macron

Avec une majorité absolue à l’Assemblée nationale, le nouveau président français, Emmanuel Macron, devrait avoir le champ libre pour mettre en oeuvre son programme de réformes sans avoir à trop faire de concessions aux partis d’opposition, estime un expert.

Le parti La République en marche ! et son allié du MoDem ont réussi à obtenir 341 sièges sur un total de 577, dimanche, au second tour des législatives. Il s’agit de l’une des majorités les plus importantes de la Ve République, rappelle Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).

  C’est moins que les estimations des derniers sondages, qui les voyaient avec plus de 80 % des sièges, mais c’est suffisant pour contrôler le Parlement, croit-il. « Ça montre qu’il [Emmanule Macron] n’a pas gagné la présidence par hasard. »

Dès les prochaines semaines, Emmanuel Macron pourrait faire adopter plusieurs réformes législatives, selon le chercheur. « Il ne voudra pas commettre l’erreur de [l’ancien président] François Hollande qui a attendu trop longtemps avant de mettre ses réformes libérales en place », soutient-il.

Et son premier cheval de bataille sera la refonte du droit du travail, prévue pour le mois de septembre et qui promet de créer « bien des remous dans la société ». À peine élu dimanche, le candidat d’extrême gauche, Jean-Luc Mélanchon, réclamait déjà un référendum sur ladite réforme.

Durant sa campagne électorale, M. Macron s’est montré ouvertement favorable au monde des affaires, avec pour objectif essentiel de libéraliser l’activité des entreprises, ce qui a été largement critiqué par les syndicats.

Pour Frédéric Mérand, cette réforme constituera un premier test pour le président et pour les députés d’opposition. « Ce sera l’occasion de vérifier si [ces derniers] tenteront d’être le relais de l’insatisfaction qui risque de s’exprimer directement dans la rue, fait-il remarquer. Beaucoup d’experts en doutent en raison de la fragilisation de la gauche au Parlement. »

  Des partis divisés

Le premier mois de présidence d’Emmanuel Macron a influencé les élections législatives, estime le chercher au CÉRIUM. En s’entourant de poids lourds à droite et à gauche pour former son conseil des ministres, le président français a « semé la pagaille au sein des partis d’opposition ». « Certains candidats ont même affirmé qu’ils soutiendront M. Macron plutôt que de s’opposer à ses idées », ajoute M. Mérand. Cette désorganisation au sein même des partis n’a pas encouragé les électeurs à aller voter dimanche, croit-il. Ils sont en effet plus de 56 % à avoir boudé les urnes.

Frédéric Mérand précise toutefois que le taux de participation est toujours moins élevé aux législatives, d’autant plus lorsqu’il n’y a pas d’enjeux. « Les Français étaient persuadés que La République en marche ! allait gagner et c’est plutôt rare qu’ils ne donnent pas au président les moyens de réaliser son programme. »

  Un Parlement plus diversifié

Aux yeux du chercheur, l’évolution la plus notable qui découle de cette élection est le renouvellement des députés à l’Assemblée nationale, qui sera constituée de davantage de jeunes, de femmes et de personnes issues de l’immigration. Il rappelle qu’historiquement, la France a toujours eu beaucoup de difficultés à incarner au Parlement la diversité de sa population. « C’était un des engagements d’Emmanuel Macron, d’avoir un Parlement plus représentatif. Alors il n’a pas hésité à présenter plus de femmes que d’hommes et 13 % de ses candidats étaient issus de l’immigration. C’est un bond énorme dans l’histoire. »

Toutefois, si bien des candidats n’ont pas d’expérience politique et viennent plutôt « de la société civile » — pratiquant des métiers du milieu libéral, des affaires ou des arts —, ils sont issus de milieux socio-économiques plus élevés que la moyenne française, constate M. Mérand.

http://www.ledevoir.com

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