Le Pass Navigo va franchir la barre des 75 euros par mois

Étiquettes

, ,

Jean Michel Gradt
 https://www.lesechos.fr/medias/2017/06/20/2095983_transports-le-pass-navigo-va-franchir-la-barre-des-75-euros-par-mois-web-tete-030396470259.jpg

 L’abonnement au Pass Navigo unique passera à 75,20 euros début août, soit une hausse de 3 % sur un an. – SIPA

Le titre d’abonnement mensuel aux transports en Ile-de-France va augmenter de 2,20 euros le 1er août à 75,20 euros par mois. Depuis 2009, la hausse est de 33%.

Bientôt l’été, les températures et les tarifs augmentent. La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui préside aussi le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) s’apprête à voter le 28 juin une hausse des tarifs des transports en commun, a annoncé la Région ce mardi, confirmant une information du Parisien. A partir du 1er août prochain, le prix du Pass Navigo augmentera de 3% pour passer à 75,20 euros.

L’an passé déjà, le célèbre sésame qui permet de voyager dans toutes les zones pour un tarif mensuel unique avait augmenté de 4,3%, passant de 70 à 73 euros. Une trajectoire qui ne va pas sans susciter des réactions chez les élus socialistes à l’assemblée régionale.

« Et hop profitant de l’actu chargée, Valérie Pécresse décide d’augmenter encore le Pass Navigo à 75,20EUR soit +5,20EUR en 18 mois ! », a posté sur Twitter Marie-Pierre de la Gonterie, élue du XIIème arrondissement de Paris et présidente de la commission des Finances à la Région.

 L’opposition PS reproche à la présidente de revenir sur un engagement pris lors de la campagne des régionales en 2015. « Si je suis élue, je m’engage à maintenir ce pass Navigo à tarif unique mais sans augmenter les impôts, » avait-elle écrit dans un post . Non sans rappeler toutefois qu’il manquait « 300 millions d’euros par an pour le financer ».

Résoudre l’équation tarifaire

Pour les élus du STIF, la hausse de cet été n’a pourtant rien d’une surprise. En effet, elle figure dans les propositions du cabinet EY qu’ils ont missionné pour éclairer leur choix. Les résultats de cet audit, publiés en mars dernier, ne laissaient guère d’illusion.

L’audit d’EY repose sur un constat simple. Pour fonctionner, le système de transports régional coûte chaque année près de 10 milliards d’euros. Or, les recettes perçues représentent quelque 4 à 5 milliards d’euros. Au STIF de combler la différence via des concours publics, le versement transport (une taxe acquittée par les entreprises) et des recettes annexes (publicité, contraventions, etc.). Problème : la part acquittée par l’usager, qui représentait 30 % de la facture de 2013 à 2015 a chuté à 28 % en 2016 .

 Autre élément à prendre en considération pour comprendre l’équation tarifaire : l’instauration du Pass unique en août 2016 ne s’est pas accompagnée des hausses de fréquentation qui auraient permis de contribuer à son financement. Au contraire, ses recettes ont baissé de 9% l’an passé, à près de 1,8 milliard d’euros. Ceci, alors que les coûts de fonctionnement du système de transport vont augmenter à partir de 2023 avec l’ouverture de la première ligne de métro du Grand Paris. A l’horizon 2030, exploiter le réseau francilien coûtera 1,8 milliard de plus par an. Comme les entreprises sont déjà fortement sollicitées, les usagers ne couperont donc pas à de nouvelles hausses.

Une hausse de 33% par rapport son prix de 2009

Voilà pour l’équation vue du côté du gestionnaire. Vue par le client-usager cette fois, toute augmentation de tarif ne vaut que si une amélioration du service (ponctualité, propreté, information, sécurité, etc) la justifie. La Fédération des usagers des Transport (Fnaut) a estimé qu’une augmentation du Pass de 1 euro pour 2017 « ce serait déjà beaucoup ».

Or, dès le 1er août il aura augmenté de 33% par rapport son prix de 2009 (56,60 euros). Trop cher ? Tout est relatif. La région met en avant la nécessité de moderniser le réseau, avec notamment 700 rames neuves ou rénovées promises d’ici à 2021, sans compter les investissements pour « le grand Paris des bus », le renouvellement des gares, le renforcement de la sécurité, etc.

Paie-t-on beaucoup plus en Ile-de-France qu’ailleurs ? Actuellement, l’écart maximal entre grandes villes de l’Hexagone (voir ci-dessous) pour un abonnement mensuel va du simple (Toulon 36,5 euros) au double (73 euros à Paris). Mais les Franciliens peuvent accéder à toute la région, ce qui n’est pas le cas dans les réseaux de province.

Un niveau apparaît peu élevé au vu des tarifs pratiqués dans d’autres capitales d’Europe, notamment Londres (390 livres par mois pour le Grand Londres).

Interrogé par les Echos en mars, Claude Faucher, le délégué général de l’Union des transports publics, qui fédère 170 entreprises de transport urbain militait pour une évolution progressive sur 20 ans vers la clef de répartition suivante : 50 % voyageurs et 50 % contribuables, via la fiscalité locale et le Versement Transport. Si le rythme des hausses constatées depuis deux ans en Ile-de-France se prolonge, cet objectif pourrait être atteint plus tôt.
Publicités

Les commentaires sont fermés.