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par Valérie Toranian

 

La gauche républicaine, laïque et universaliste a-t-elle disparu de la vie politique française ?

Celle qui défendait la laïcité sans y accoler le terme « positive », et se faisait traiter d’islamophobe par ses ennemis. Celle qui condamnait les dérives identitaires et communautaristes. Celle qui défendait les droits universels de la femme, sa liberté dans l’espace public. Celle qui n’assignait pas chacun, et surtout chacune, à son identité raciale au nom d’un antiracisme dévoyé. Celle qui pensait que les musulmans de France sont des Français avant d’être des musulmans. Celle qui dénonçait le nouvel antisémitisme, qui n’est plus celui de l’extrême droite immonde, mais un antisémitisme d’origine arabo-musulmane, tout aussi immonde, beaucoup plus actuel, terriblement meurtrier.

« Cette gauche-là est ringarde, démodée, dépassée. »

La gauche républicaine laïque et universaliste n’est pas en marche. Dégagée par le macronisme triomphant : trop proche de ses idées économiques pour être une force d’opposition, trop méfiante envers son libéralisme sociétal flou, laïque et en même temps multiculturel, pour se dissoudre dans sa vision.

Cette gauche-là est ringarde, démodée, dépassée. Balayée par le souffle nouveau de la France en marche et la radicalité de la France insoumise. Disparue, à l’image de l’un de ses représentants, Malek Boutih dans le naufrage général du PS aux législatives.

On ne l’entend plus. Et sa voix manque. Elle manque pour s’indigner du martyr de Sarah Halimi, 65 ans, défenestrée aux cris d’ « Allah Akbar », dans son domicile parisien le 4 avril dernier. Son assassin était son voisin musulman de 27 ans, qui l’avait tabassée en récitant des versets du Coran. Un fait gênant qui pouvait alimenter le repli identitaire. Mieux valait dire que c’était un fou. Ne pas stigmatiser. L’information judiciaire n’a pas retenu la qualification de crime antisémite. Quelques intellectuels se sont alarmés. On les a à peine entendus. La France insoumise a d’autres chats à fouetter et a besoin du vote musulman. La république en marche galope vers la victoire. On verra plus tard. Ou pas.

« Refuser de célébrer la France, par principe, quelle étrange insoumission. »

Sa voix manque pour condamner les propos de Danièle Obono, députée élue de la France insoumise, qui refuse de se reconnaître dans le slogan « Vive la France »*, au prétexte, comme l’explique Jean-Luc Mélenchon, que c’est une demande « machiste » et « teintée d’une forme de racisme » (!). Que Danièle Obono veuille privilégier une vision de la France différente, c’est son droit le plus strict et la République lui donne l’opportunité de défendre librement ses idées au sein de l’Assemblée nationale. Mais refuser de célébrer la France, par principe, quelle étrange insoumission.

Sa voix manque pour se révolter lorsque des intellectuels bien-pensants prennent la défense de Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, propagandiste de la non-mixité racisée, promotrice d’un nouveau discours radical où la lutte s’organise autour de l’identité et de la race… « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’islam », dit-elle. Tous assignés à résidence identitaire dans notre famille, notre religion, notre ethnie et interdiction d’en sortir pour mener des combats d’émancipation ou des luttes sociales. Car lutter de façon non genrée, non racisée serait se soumettre à la loi du Blanc dominant colonialiste.

Comment ce discours d’enfermement peut-il être justifié ? Au nom de la liberté d’expression ? Ils étaient bien peu pourtant à défendre Kamel Daoud lorsqu’il était en danger de mort face aux islamistes à cause de sa liberté de parole.

« La violence que Manuel Valls suscite dépasse largement le cadre “normal” de la politique. »

Cette gauche républicaine laïque et universaliste a un député survivant : Manuel Valls. L’homme à abattre de toute la gauche. Sèchement éliminé lors de la primaire. Doublement humilié par la République en marche et le PS, qui lui ont tous deux refusé l’investiture lors des législatives. Accueilli par les cris de haine des militants de la France insoumise le soir de son élection à Évry. La violence qu’il suscite dépasse largement le cadre « normal » de la politique. Elle déferle sur les réseaux sociaux. De quoi est-elle le nom ? « Les plus radicaux dans la haine de Valls sont généralement liés aux réseaux dieudonno-soraliens », explique l’essayiste féministe laïque Caroline Fourest. (Farida Amrani, qui se présentait contre lui dans l’Essonne, a reçu le soutien de Dieudonné au second tour.)

On ne lui pardonne pas sa condamnation ferme du terrorisme islamiste et ses paroles de soutien aux juifs de France touchés par des attentats antisémites.

Manuel Valls le cabossé, le revenant, l’homme qu’on adore détester a décidé de quitter le PS pour s’apparenter à la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale. Souhaitons qu’il continue malgré tout d’incarner une voix différente dans cet hémicycle largement acquis à Emmanuel Macron.

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