Le scandale du front anti-Qatar

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Les ministres des Affaires étrangères du Bahreïn et d’Arabie saoudite lors d’une réunion du front anti-Qatar au Caire, le 5 juillet.
© REUTERS/Khaled Elfiqi/Pool

Les «13 demandes» (fermeture d’Al-Jazira, rupture avec l’Iran, etc.) présentées au Qatar par l’Arabie saoudite, les Emirats et leurs obligés, comme l’Egypte, sont dignes des pires heures de la diplomatie du XXe siècle. Un chantage nu, violant grossièrement la liberté d’une nation, sous la menace d’un blocus qui est un quasi-acte de guerre.

Le procédé rappelle l’Autriche-Hongrie humiliant la Serbie en 1914, le Japon cherchant à dépecer la Chine avec ses «21 demandes» de 1915, l’Allemagne adressant un ultimatum à la Pologne avant de déclencher la Seconde Guerre mondiale. Qu’il puisse être utilisé aujourd’hui, par des alliés de l’Occident que l’on croyait attachés à la stabilité régionale, accroît le sentiment de régression vers un monde à nouveau dominé par des démonstrations de force brute.

Hypocrisie saoudienne

Il ne s’agit pas d’être naïf. Par ses politiques provocatrices, le Qatar n’est pas innocent dans le bras de fer qui se joue aujourd’hui. Les Frères musulmans, qu’il a protégés depuis des décennies, sont un acteur problématique, un facteur de la radicalisation religieuse qui dévaste la région. Mais l’Arabie saoudite est mal placée pour venir donner des leçons dans ce domaine. Et, comparé à ce grand voisin, le petit émirat offre un relatif espace de liberté dans un environnement autoritaire. Une plateforme, aussi, où des ennemis irréductibles comme les talibans et les Américains pouvaient se parler.

Si elle ne se résorbe pas rapidement – et rien ne l’indique à ce stade –, cette nouvelle crise du Golfe risque de miner l’un des derniers îlots de prospérité du monde arabe. Face à de tels enjeux, on pouvait attendre une réaction énergique des Occidentaux. Il n’en est rien. Donald Trump a approuvé le coup de force saoudien, les Européens prêchent le «dialogue» avec une impartialité qui traduit surtout leur désir de ne pas se brouiller avec leurs richissimes clients d’Arabie saoudite et des Emirats. Cette faiblesse morale ne peut qu’encourager de futurs chantages, encore plus graves.

https://www.letemps.ch

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