A Las Vegas, Macron et les soupçons

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Cette information judiciaire s’ajoute à un autre nuage dans le ciel de la «Macronie»: celui constitué par l’enquête sur les arrangements immobiliers de l’ex-ministre Richard Ferrand lorsqu’il dirigeait, jusqu’en 2011, les Mutuelles de Bretagne.
© Aurelien Meunier / Getty Images

L’actuel président français a-t-il bénéficié de «favoritisme» lors d’un déplacement ministériel aux Etats-Unis? La justice hexagonale est désormais saisie. L’ancien ministre Richard Ferrand, lui, a été entendu jeudi par la police

Que serait-il advenu si la justice avait décidé, en pleine présidentielle, d’ouvrir une information judiciaire sur le financement de la prestation d’Emmanuel Macron au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, en janvier 2016? Nul doute que, du côté de l’ex-entourage de François Fillon – le candidat de la droite battu après s’être noyé dans les affaires d’emplois fictifs de son épouse et de deux de ses enfants –, la question doit être ces jours-ci ressassée.

Elle risque aussi de planer sur la première convention du mouvement présidentiel La République en marche (LREM, 313 députés) qui se réunit ce samedi à Paris et entend se structurer comme un parti politique pour les prochaines échéances électorales: sénatoriales en septembre, puis européennes et municipales en 2019.

Les rancœurs politiques françaises attisées

Le fait qu’une information judiciaire ait été ouverte, vendredi, pour «favoritisme et recel de favoritisme» sur le déplacement américain de celui qui était alors ministre de l’Economie n’est en tout cas pas de nature à apaiser les rancœurs politiques en France, et à permettre à l’Hexagone d’en finir avec «la société de délation généralisée» dénoncée lundi par le président devant les députés et sénateurs réunis à Versailles.

Le 13 mars, soit un mois avant le premier tour de la présidentielle, une enquête préliminaire est ouverte pour savoir si, oui ou non, l’agence «Business France» de promotion de l’attractivité française a bien suivi les règles pour l’organisation, le 6 janvier 2016, du lancement très médiatisé du label French Tech à Las Vegas. Dans le collimateur? L’ex-directrice de cet organisme Muriel Pénicaud, aujourd’hui ministre du Travail.

Un été crucial

Cette ancienne directrice des ressources humaines de Danone et Dassault a-t-elle alors, sciemment, facilité l’organisation de cet événement en évitant les appels d’offres pour la confier à Havas? Si la justice recueille des «indices graves ou concordants» de favoritisme, l’intéressée pourrait être mise en examen et amenée à quitter le gouvernement comme l’ont fait, le 21 juin, les ministres François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard, mis en cause dans l’enquête sur le financement de leur parti, le MoDem.

Plusieurs membres de l’entourage élyséen d’Emmanuel Macron, qui travaillaient à ses côtés au Ministère de l’économie entre 2014 et 2016 (à commencer par le secrétaire général de la présidence, Alexis Kohler), pourraient se retrouver aussi visés. Cela au moment même où Muriel Pénicaud entame un été crucial de concertation avec les syndicats sur la réforme promise, à l’automne, de la législation du travail.

L’ex-ministre Richard Ferrand entendu par la police

Cette information judiciaire s’ajoute à un autre nuage dans le ciel de la «Macronie»: celui constitué par l’enquête sur les arrangements immobiliers de l’ex-ministre Richard Ferrand lorsqu’il dirigeait, jusqu’en 2011, les Mutuelles de Bretagne. L’intéressé, désormais président du groupe parlementaire majoritaire LREM a été auditionné par la police jeudi. Dans ce cas, l’argent public n’est pas en cause. Richard Ferrand est par contre soupçonné d’avoir favorisé ses proches en violation du code des Mutuelles, organisme à but non lucratif.

La question du financement de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, candidat sans parti, est un sujet récurrent d’interrogations. Officiellement, le mouvement présidentiel affirme avoir recueilli plus de 35 000 dons privés, d’un montant maximal de 7000 euros (comme la loi l’y autorise) en plus d’un prêt de 8 millions d’euros. La date limite de dépôt des comptes de campagne des différents prétendants à l’Elysée à la commission de contrôle était fixée à vendredi. Ladite commission a maintenant un mois pour les examiner et les transmettre au Conseil constitutionnel pour approbation. Tous les prétendants ayant dépassé les 5% de voix seront intégralement remboursés.

https://www.letemps.ch/

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