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Par Romain Mazon Valérie Schneider

Dans les communes, un même degré d’inégalités peut rassembler des niveaux de revenus très différents, traduisant, selon les circonstances, soit une remarquable et sous-estimée mixité sociale, soit, à l’inverse, une certaine ghettoïsation (population majoritairement pauvre, ou, à l’inverse, riche). Plongée dans les données de l’Insee.

Qu’est-ce qui peut bien rassembler Mulhouse, Bordeaux et Levallois-Perret ? Un haut niveau d’inégalités de revenus. Mais si on regarde de plus près, les inégalités y prennent des formes bien différentes. Les villes les plus inégalitaires, comme les plus égalitaires, sont en effet loin de se ressembler. Pour le comprendre, nous avons mis en parallèle d’un côté un indice d’inégalités dit de « Gini » et de l’autre le revenu médian (voir notre méthode). Le résultat est édifiant

Les villes de notre classement montrent des aspects quasiment opposés : des villes « riches » au sens du revenu médian mais avec un fort taux d’inégalités, et à l’inverse des villes pauvres mais au niveau d’inégalité tout aussi fort. Les villes « homogènes » sont surtout celles ou les revenus de la population sont faibles (avec donc, des inégalités faibles). Les villes « riches » et égalitaires sont beaucoup moins nombreuses.

L’inégalité, fille de la mixité

Par conséquent, contrairement au discours ambiant, la mixité sociale existe toujours en France. C’est elle qui explique les inégalités : une population riche et une population pauvre se côtoient.

« Mécaniquement, dans les plus grandes villes, la probabilité d’avoir une population diversifiée est bien plus grande », indique Louis Maurin, directeur d’études au Compas et directeur de l’Observatoire des inégalités. « Pour partie parce qu’au fond, hormis quelques réfractaires, nombre de ces villes importantes ont mené une politique sociale de logement, quelle que soit leur orientation politique ».

Les logements sociaux y sont plus présents et attirent une population modeste qui, finalement, vit à proximité des plus riches. Les prix du logement, les politiques locales d’emploi, concourent également à la mixité des populations en termes de revenus.

Nos villes égalitaires en revanche, sont surtout des villes homogènes, ce qui n’est pas nécessairement bon signe ! Une partie d’entre elles ont laissé le soin aux communes voisines d’accueillir les plus pauvres, préférant l’entre-soi égalitaire, raisonnement surtout valable pour les villes riches et moyennes. Quant à nos villes pauvres d’en bas, il s’agit, ce n’est pas une surprise, des territoires les plus en difficulté de notre pays, car elles concentrent une population pauvre ou très pauvre, et les difficultés qui en découlent.

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Le « club » des villes inégalitaires

Pour illustrer l’analyse, on distingue ainsi, dans le « club » très particulier des villes inégalitaires, Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, ville de banlieue parisienne où le niveau de vie médian (la moitié de la population vit avec moins, l’autre avec plus) par personne est très élevé : 30 000 euros par an. La ville est inégalitaire (indice de Gini : 0,35) car elle n’est pas uniforme : ses habitants riches cohabitent avec des pauvres.

Bordeaux (indice de Gini : 0,34) ou Toulouse (indice de Gini : 0,33), villes au niveau de vie moyen (aux alentours de 20 000 euros), font aussi partie de ce club.

Il s’agit souvent de villes de taille relativement importante, qui ont à la fois attiré une population aisée, mais aussi intégré une population défavorisée.

Mais, une partie des villes inégalitaires sont, à l’inverse, pauvres. Les inégalités y sont tirées par le bas. Mulhouse (Gini : 0,34), par exemple, compte près de 32 % de personnes pauvres au seuil à 60 % du revenu médian. Autrefois grand pôle industriel, la ville a souffert de la crise économique. Mais la présence de familles très riches suffit à creuser l’écart en termes de revenus.

Le « club » des villes égalitaires

Il existe aussi un « club » des villes égalitaires. On y trouve des villes riches, souvent de taille moyenne, qui abritent une population assez uniforme, de la classe moyenne à dirigeante. Exemple : Montigny-le-Bretonneux dans les Yvelines (Gini : 0,24), où l’on compte seulement 5 % de pauvres, près de trois fois moins que la moyenne nationale.

L’exemple de Rezé (Gini : 0,23), dans la banlieue de Nantes, illustre bien les villes au niveau de vie moyen. Souvent des villes de banlieue des métropoles dans des régions où l’industrie est relativement peu présente, situées dans l’Ouest de la France, et qui ont été plutôt épargnées par les conséquences de la crise.

Dernière catégorie : les villes pauvres égalitaires. Parmi elles, Grande-Synthe dans le Nord. Sa réalité sociale n’a rien à voir avec celle de Montigny-le-Bretonneux : le niveau de vie médian affiche 15 000 euros par an, deux fois moins ; six fois plus de personnes pauvres y vivent. Pourtant, notre indice d’inégalités y est presque le même (0,22) ! Dans ces communes, l’égalité se fait par le bas : les populations démunies sont nombreuses, mais surtout on y rencontre très peu de couches sociales favorisées.

http://www.lagazettedescommunes.com

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