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Roland HUREAUX

On ne saurait entendre sans inquiétude le nouveau président français   se comparer à Jupiter quand on sait que   Jupiter était maitre de la foudre et qu’il l’est, lui, du feu nucléaire.

Beaucoup d’observateurs se sont cependant trouvés rassurés par ses déclarations du 21 juin au Figaro et à sept autres journaux européens où il dit sur le Proche-Orient : « Je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! ». Il déclare en outre donner la priorité   à « la lutte absolue contre tous les groupes terroristes ,  car ce sont eux, nos ennemis » et parce que « c’est dans cette région qu’ont été fomentés les attentats terroristes et que se nourrit l’un des foyers du terrorisme islamiste. »

En admettant que la paix en Syrie ne signifie pas nécessairement le départ de Bachar el-Assad, le nouveau président ouvrait la porte au processus de paix. Sachant que les Russes se lâcheront jamais le chef d’état syrien, au moins sous le pression des Occidentaux, la porte était fermée à toute négociation sérieuse aussi longtemps que ceux-ci faisaient de son départ le préalable à la paix. Cette  position de fermeture avait été celle de Hollande et Fabius et aussi  du  candidat Macron lors d’une visite qu’il avait faite au Liban  pendant sa campagne.

On ne saurait cependant se tenir pour pleinement rassuré par les prises de position les plus récentes du nouveau président.

Pas totalement rassurant

D’abord parce que le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian ne semble pas être allé aussi loin dans ce que la presse a appelé l’ « aggiornamento » français.  Or il n’est pas un personnage négligeable : ancien ministre de la   défense où il s’est fait connaitre – en bien – par les cercles transatlantiques qui gouvernent l’Occident, il a été jugé après l’élection de Macron plus propre que d’autres à occuper le poste difficile de ministre des affaires étrangères car plus compatible avec les engagements atlantiques pris par la France depuis Sarkozy.  Compte tenu des exigences de compétence et d’alignement, Macron avait-il vraiment la possibilité de nommer   quelqu’un d’autre ?

Peu après sa prise de position sur la Syrie, Macron a fait l’objet d’un rappel à l’ordre  sous la forme d’une tribune publiée dans Libération du 3 juillet par 100 intellectuels (ou soi-disant tels) de gauche, relais zélés du militarisme nord-américain, pions infatigables et mobilisables à merci de la croisade anti-Assad.  On peut supposer que derrière cette prise de position voyante mais marginale, d’autres rappels   à l’ordre ont eu lieu de la part de tous ceux qui, en France et à l’étranger, ont soutenu Macron pendant sa campagne et dont aucun ne partage son nouveau point de vue sur la Syrie.

Est-ce pour cela que l’Elysée s’est cru obligé de publier le 5 juillet un communiqué pour  assurer l’opposition syrienne du soutien de la France [1] ?   L’opposition syrienne ?  Sur le terrain, des forces « démocratiques » ayant nom Al Qaida (aujourd’hui Fatah al-Cham) et   une série d’autres mouvements islamistes, ce qui relativise singulièrement « la priorité à la lutte contre tous les groupes terroristes ».

Entre temps, Macron a invité Trump à assister au défilé du 14 juillet, invitation à laquelle il n’y a rien à redire, s’agissant de célébrer le 100e anniversaire de l’entrée des Etats-Unis dans la guerre contre l’Allemagne aux côtés de la France. Certains se sont alors réjouis de voir    la France marcher la main dans la main avec l ’Amérique. Mais il s’agit de savoir quelle Amérique.

Une intervention militaire américano-française en Syrie ?

Peu rassurante en effet   est   la déclaration conjointe du 27 juin de Trump et Macron qui se sont dits prêts à riposter de manière coordonnée à toute nouvelle attaque chimique du régime syrien, après que les Américains aient accusé Damas de mener des préparatifs en ce sens.

En s’associant à    cette déclaration, Macron    suppose   acquis le fait   que les précédentes attaches chimiques étaient le fait d’Assad, ce qui est très contestable, à moins de  croire qu’il est complètement fou , ce qu’il n’est pas , autant que l’idée qu’il pourrait préparer de nouvelles attaques.

Cette allégation est en effet absurde car on ne voit pas quel intérêt auraient le président syrien, ni son armée, à faire usage de telles armes, de peu d’effet sur le terrain, mais qui peuvent provoquer une intervention américaine. Dans un cas au moins, l’attaque de la Ghouta en août 2013, des experts au-dessus de tout soupçon[2] ont démontré que ce n’était pas l’armée gouvernementale mais Al Nora (autre nom d’Al Qaida) qui était à l’origine de cette attaque : une attaque classique sous faux pavillon en vue de déclencher des représailles

Tout laisse penser qu’il en a été de même dans l’attaque du 4 avril près de Khan Cheikhoun qui aurait fait 88 victimes (dont 30 enfants que les propagandistes ne manquent jamais de placer au mauvais endroit !) et qui a amené Trump à   bombarder en représailles la base d’Al-Chaayrate   près de Homs, première intervention armée ouverte de Washington contre le régime de Damas. On peut en dire autant d’au moins une des deux attaques chimiques qui ont eu lieu près d’Alep.

Il est intéressant de   rappeler le scénario de 2013 :

Le 5 juin 2013, Obama avertit solennellement le gouvernement syrien que toute attaque chimique entrainera des représailles américaines.

Le 21 août , une attaque chimique a lieu  dans le faubourg de la Ghouta près de Damas.  Il fait, selon les sources, 280 à 1720 victimes, surtout civiles.

L’ensemble des médias et des gouvernements occidentaux  tend immédiatement  un doigt accusateur  vers  Assad présenté sans examen comme  l’auteur de cette attaque . Hollande  et Fabius pressent Obama  d’intervenir militairement (ce qui est  peut-être à mettre en rapport avec l’accusation de l’ ambassadeur de Syrie aux Nations-Unies  selon lequel  la coopération militaire  française aurait apporté un  appui  technique à   cette opération).

Finalement   Obama   décide de ne pas intervenir et , pour sortir de la crise, saisit au bond    la proposition   russe de placer  sous  contrôle international puis de détruire les armes chimiques des forces gouvernementales. Le   Parlement britannique, méfiant sur la version officielle, refusa, quant à lui,  d’autoriser une intervention britannique.

Le même scénario pourrait  se reproduire cet été. L’avertissement  américano-français à Assad, qu’aucune crainte raisonnable ne justifie , ouvre la porte à toutes les initiatives sous faux pavillon : soit  celles  de tel ou tel   service  secret américain , notamment ceux que Trump a tant de mal à contrôler ,   soit ceux de pays comme la Turquie , soit les groupes djihadistes qui continuent  de grouiller en Syrie.

Ou bien Trump et Macron  croient vraiment   qu’Assad prépare une attaque chimique et ils sont  gravement désinformés,  ou bien ils mijotent  un sale coup ( dirty trick) qui pourrait mettre en péril la paix mondiale.

Qu’un haut  responsable du Pentagone ait affirmé contre toute vraisemblance qu’Assad préparait  une telle attaque  laisse en effet  penser qu’une  opération psychologique de grande ampleur est en gestation, et par là même une intervention sur le terrain. On n’est pas rassuré de voir Macron s’impliquer dans  une telle  affaire.

Obama,  qui savait, comme Hollande ,    qu’Assad n’était pour rien dans l’attaque de la Ghouta, avait  renoncé à mettre  sa menace à exécution   . Mais Trump qui le lui a vivement reproché (et voulu démontrer en ripostant le 7 avril sur la base d’Al-Chaayrate à une attaque analogue qu’il était d’une autre trempe),    pourra difficilement  reculer devant des représailles  si  une nouvelle attaque chimique est attribuée à Assad.

Si l’intervention américaine est  de quelque ampleur , les Russes ne pourront pas rester inactifs et un engrenage fatal serait ainsi enclenché. On ne peut que  regretter  que  Macron ait d’avance apporté sa caution à  une possible attaque de la Syrie par les forces de l’OTAN.

[1] Macron venait de rencontrer Riyad Hijab, coordinateur du fantomatique Haut comité syrien pour les négociations (HCN).

[2] On se réfère entre autres au  rapport rédigé par Richard Lloyd, ancien inspecteur de l’ONU spécialiste des missiles, et Theodore Postol, professeur au MIT, qui  affirment  que les attaques chimiques ont tout simplement été lancées depuis une zone tenue par les rebelles syriens. Pour étayer leurs propos, les deux experts américains ont étudié des « centaines » de photos et des vidéos d’ogive, de restes de roquettes, d’impacts sur le sol, et de barils contenant le gaz sarin, publiées sur Internet. Un  rapport de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW) basé à La Haye, jamais rendu public, va dans le même sens.

 

http://roland.hureaux.over-blog.com/

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