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Lors de la clôture de la réunion du G-20 à Hambourg, le 8 juillet, Emmanuel Macron a déclaré qu’«on ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n’a pas une action résolue contre le réchauffement climatique»[1]. Cela surprend, et déclenche une belle polémique sur Twitter. Luc Ferry, plagiant le Canard Enchaîné parle du franchissement du mur du çon. En fait, si Emmanuel Macron s’en était tenu à son propos initial, et il souhaitait parler du développement de l’Afrique, cela aurait été parfaitement admissible. Mais, il a voulu associer à cette question celle du terrorisme, dont il ne pouvait ignorer combien elle était sensible en France, pays lourdement touché depuis 2015. Ce faisant, il a délibérément créé la polémique.

Le journal Libération vole au secours du Président et cherche à montrer que la Président n’a pas tort, et que l’on peut relier la montée du terrorisme (de manière globale) au dérèglement climatique[2]. Ce faisant, il enfonce en réalité un peu plus Emmanuel Macron (qui n’en demandait sans doute pas tant) car il renforce l’idée que, dans l’esprit du Président il y a bien eu une association « migrants = terroristes ».

Il est ici intéressant de revenir sur ce nouveau dérapage d’Emmanuel Macron. Ce dernier en est coutumier ; on se souvient de sa phrase, à tout le moins sur ces gens « qui ne sont rien », ou ses remarques plus anciennes sur l’alcoolisme des gens du Nord, ou l’illettrisme des salariés du volailler GAD. Cela commence à faire beaucoup, et il convient de chercher à décrypter ce nouveau dérapage, car il nous éclaire sur le mode de raisonnement du Président.

Une déclaration malencontreuse

Prenons la déclaration au pied de la lettre. Elle équivaut à vouloir lier le terrorisme au réchauffement (et en réalité au dérèglement) climatique. Ce faisant, on évacue totalement la dimension de l’islamisme. On voit bien ce que visait ici Emmanuel Macron. Soucieux de ne pas se faire isoler par le rapprochement entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur fond de lutte anti-terroriste, soucieux aussi de remettre en avant la question du dérèglement climatique, il se décide à associer les deux.

Que des troubles politiques soient liés à des épisodes climatiques n’est pas nouveau. Il en fut ainsi de 1789, et avant, des révoltes frumentaires avaient été liées au dérèglement du climat à la fin du règle de Louis-XIV, ce que l’on appelle le « petit âge de glace ». Mais aucun historien sérieux n’établirait de lien causal direct entre la Révolution et les évènements climatiques. De même au Moyen-Orient, que les dérèglements climatiques aient pu provoquer une montée du mécontentement est plus que probable, même si d’autres causes (la Syrie connaissait un début de croissance qui avait été cassé par la crise financière de 2007-2009) ont certainement joué. Mais, cela n’explique en rien pourquoi ce mécontentement s’est métamorphosé en une poussée violente de l’islamisme le plus radical. Vouloir ici faire un lien direct, et dominant, est une stupidité qui ignore les responsabilités américaines[3], aujourd’hui bien établie, dans la naissance de DAECH, et les responsabilités à plus long terme des puissances occidentales dans la destruction du nationalisme arabe, qui était porteur d’une forme de sécularisation de ces sociétés, et dans la promotion indirecte de l’idéologie islamiste la plus réactionnaire.

Vouloir aujourd’hui chercher à expliquer le terrorisme islamique sans aucune référence à l’islamisme relève d’une politique de déni et de négation de la réalité. Et Libération se ridiculise en reprenant cette thèse.

Cette attitude ne peut qu’inquiéter de la part du Président de la République. Sur cette question du terrorisme il est clair que c’est déni partout et courage nul part.

Une politique de la désinformation

La déclaration du Président est ainsi condamnable, non pas parce qu’elle ne contient aucun élément de vérité, mais parce qu’elle se concentre sur un fait mineur pour ne pas parler d’un fait majeur. D’ailleurs, que l’on sache, l’économie française n’a pas été affectée par les problèmes de l’économie syrienne, ou irakienne, et pourtant c’est de notre société, en lien avec des milieux travaillés par l’islamisme radical, que sont issus les terroristes, qu’il s’agisse de Mohamed Merah, des tueurs de Charlie-Hebdo, de ceux du Bataclan, de celui de Nice et tant d’autres. Le problème des formes d’expression de cet islamisme, qu’il s’agisse de la version salafiste ou de celle des Frères Musulmans est connu depuis longtemps. Ce n’est pas un hasard si l’on parle à leur propos de « prêcheurs de haine ». Cette démarche qui cherche à monter en épingle un fait, certes possible et probable, mais à l’évidence mineur pour ne pas parler d’un fait majeur, porte un nom : c’est de la désinformation.

C’est bien l’islamisme radical qui a fourni les justifications idéologiques et qui a armé les bras des meurtriers et non pas le thermomètre. Il convient de ne pas l‘oublier. L’islamisme radical se développe de manière dramatique depuis maintenant plus de deux décennies, et il n’est nullement lié à des événements climatiques conjoncturels[4]. L’éradication des terroristes viendra avec la défaite et le refoulement de l’islamisme radical, dont la percée est concomitante à la guerre d’Afghanistan dans les années 1970 et à l’aide accordée par les Etats-Unis à cette mouvance à l’époque.

Chercher à induire de la confusion dans l’opinion sur ce point n’est ni digne, ni responsable, de la part d’un Président de la République. Elle revient à instrumentaliser des drames et un problème grave à des fins purement politiciennes de court-terme, et en particulier dans son opposition à Donald Trump. On est dans la communication en ce qu’elle a de pire. On comprend que la forme a entièrement pris le pas sur la substance. C’est grave dans la mesure où si la forme compte, c’est bien la substance qui est décisive. Cela dévalue par avance tout discours qu’Emmanuel Macron pourra tenir sur la question du terrorisme.

L’obscénité d’une politique de l’émotion

Mais, cette déclaration d’Emmanuel Macron est aussi condamnable pour une autre raison. Indirectement, elle valide l’idée que les migrants sont tous des terroristes en puissance. Alors, que des terroristes se soient glissés dans les rangs des migrants est à l’évidence une réalité. Mais, dire que l’on peut dresser un signe d’égalité entre les migrants et le problème climatique, et le terrorisme, c’est jouer sur les réflexes les plus xénophobes de la population française et c’est odieux. Et il convient de rappeler que cela va au-delà de ce qui est reproché à des partis, qu’il s’agisse du Front National ou de Debout la France, qui insistent sur le risque de pénétration à l’occasion de la vague migratoire, risque aujourd’hui avéré, par des terroristes revenant de Syrie et d’Irak.

Emmanuel Macron, ou plus précisément les gens qui lui écrivent ses discours, est persuadé que l’empathie – normale et légitime – envers les souffrances des migrants (dont les réfugiés de Syrie et d’Irak ne représentent que moins de 15%) peut bloquer cette xénophobie. Sur ce point, il se trompe.

Il convient de dire ici qu’il y a deux scandales symétriques : celui de traiter aussi mal ces personnes, en se contentant de les chasser dès qu’ils se concentrent en un lieu et en leur refusant eau et nourriture, et celui de les laisser arriver. Et, justement, si l’on veut pouvoir traiter des migrants avec la dignité que la nature humaine exige, il faut absolument en contrôler le nombre. Sur ce point, l’humanité ne découle pas de l’émotion. Or, on devine, à écouter Emmanuel Macron, qu’il a décidé de faire la politique de l’émotion, jouant tantôt sur la compassion et tantôt sur la peur, alors que son rôle est de faire la politique de la raison. Et c’est en cela, fondamentalement, que sa déclaration n’est pas seulement fausse, n’est pas seulement condamnable, mais qu’elle apparaît pour ce qu’elle est : une obscénité.

Le plus charitable eut été de traiter cette déclaration par le silence. On ne s’abonne pas à l’intelligence comme on s’abonne à un magazine : Emmanuel Macron nous en donné la preuve. Mais, qu’un journal comme Libération cherche à voler à son secours, et le fasse aussi maladroitement, laisse pantois. Si, dans se rédaction, il ne restait qu’une once de bon sens, une once de dignité, cet article aurait aller directement à la poubelle (de l’histoire…). Qu’il n’en ait rien été est la preuve que l’attrait des subventions publiques a, depuis longtemps, fait sauter tous les verrous, toute la décence.

Notes

[1] (https://twitter.com/BFMTV/status/883694855662297089

[2]http://www.liberation.fr/planete/2017/07/09/non-le-lien-etabli-par-macron-entre-climat-et-terrorisme-n-est-pas-inepte_1582657

[3] Voir le livre du Général Vincent Desportes, Le piège américain, Paris, Économica, 2014, et la déclaration du Général Desportes : http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20141215/etr.html#toc7 (p.13 sur 28 pages). Il dit précisément : « Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a

des conséquences : ce sont les Etats-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis. »

[4] Voir la déclaration du général Gomart, directeur de la DRM, à la Commission de la défense nationale et des forces armées le 25 mars 2015, http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cdef/14-15/c1415049.asp

http://russeurope.hypotheses.org/

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