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W.G. Dunlop , Tony Gamal-Gabriel – Agence France-Presse
Des dizaines de membres des forces de sécurité ont explosé de joie dans les rues de Mossoul, en chantant, en dansant et en brandissant les drapeaux irakiens ou leurs armes en signe de victoire.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Des dizaines de membres des forces de sécurité ont explosé de joie dans les rues de Mossoul, en chantant, en dansant et en brandissant les drapeaux irakiens ou leurs armes en signe de victoire.

Le premier ministre irakien Haider al-Abadi a proclamé lundi la victoire sur « la brutalité et le terrorisme » après que ses forces eurent mis fin à la mainmise des djihadistes sur cette deuxième ville du pays dévastée par des mois de combats.

Des dizaines de membres des forces de sécurité ont explosé de joie après la fin de la déclaration télévisée de M. Abadi, en chantant, dansant et en brandissant les drapeaux irakiens ou leurs armes en signe de victoire.Après une offensive d’envergure soutenue par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, lancée le 17 octobre 2016, les forces irakiennes ont « libéré » la ville septentrionale tombée en 2014 aux mains du groupe armé État islamique (EI), responsable d’atrocités et d’attentats meurtriers.

Le président américain Donald Trump, en félicitant M. Abadi, a souligné que les jours de l’EI « sont comptés » en Irak et en Syrie voisine. Son chef de la diplomatie Rex Tillerson a dit que la « libération » de Mossoul représentait une « étape cruciale » dans le combat mondial contre le groupe EI, mais que la lutte antidjihadiste n’était pas terminée.« Notre victoire aujourd’hui est une victoire sur la brutalité et le terrorisme. J’annonce aujourd’hui au monde entier la fin, l’échec et l’effondrement de l’État terroriste fictif » du groupe EI, a lancé M. Abadi, en uniforme militaire noir et casquette sur la tête.

Entouré de commandants et d’officiers à Mossoul-Ouest, il a également affirmé que les priorités de son gouvernement étaient désormais la « stabilité et la reconstruction », alors qu’une tâche titanesque attend le pouvoir pour reconstruire la ville en partie en ruines et aider les centaines de milliers de civils déplacés.« Les opérations ont été planifiées et menées par les forces irakiennes », a ajouté M. Abadi qui a également remercié « tous les pays qui se sont tenus au côté de l’Irak dans sa guerre contre le terrorisme ».

 Le coup de grâce ? Avant les déclarations de M. Abadi qui s’était rendu aussi dimanche à Mossoul, les forces irakiennes s’efforçaient d’éliminer l’ultime poche de résistance dans la vieille ville de Mossoul, où les derniers djihadistes sont encerclés dans un petit réduit, selon les commandants irakiens.

Les affrontements se déroulaient encore dans un réduit d’environ 200 mètres sur 100, selon le général Sami al-Aridhi, un commandant irakien.Des soldats armés de mitrailleuses et de fusils ont tiré des toits des bâtiments largement détruits, alors que des colonnes de fumée s’élevaient du Vieux Mossoul après le passage de l’aviation.

Les djihadistes « n’acceptent pas de se rendre. Ils crient : “Nous ne nous rendrons pas, nous voulons mourir” », a ajouté le général Aridhi, en jugeant « probable que [les combats] se terminent » lundi.Selon lui, entre 3000 et 4000 civils restent dans la poche djihadiste, mais ce chiffre n’a pu être confirmé de source indépendante.

Des photos montrent l’ampleur des dégâts dans la vieille ville. Plus un seul toit ne semble tenir debout et nombre de bâtiments sont complètement aplatis.La reprise de Mossoul constitue le plus important succès de Bagdad depuis que le groupe extrémiste sunnite s’était emparé en 2014 de vastes régions en Irak dont Mossoul.

Cette victoire ne porte toutefois pas le coup de grâce au groupe EI, qui détient toujours des portions de territoires en Irak, et des secteurs plus importants encore en Syrie voisine, même s’il a également perdu du terrain dans ce pays où son fief de Raqqa est assiégé par des forces soutenues par les États-Unis.La victoire à Mossoul a été obtenue au prix de milliers de victimes, civiles et militaires, d’une crise humanitaire énorme et de destructions colossales.

 Après la guerre, la crise humanitaire Près d’un million de civils ont fui la ville depuis le début de l’offensive et 700 000 d’entre eux sont toujours déplacés, selon l’ONU.

Ceux qui sont restés piégés longtemps dans la ville ont vécu dans des conditions « terribles », subissant pénuries, bombardements et intenses combats, et servant de « boucliers humains » au groupe EI, d’après l’ONU.« C’est un soulagement que la campagne militaire à Mossoul touche à sa fin. Le combat est peut-être terminé mais la crise humanitaire ne l’est pas », a dit Lisa Grande, coordinatrice humanitaire de l’ONU pour l’Irak.

« Il est probable que des milliers de personnes vont devoir rester déplacées pendant des mois, a prévenu le Haut-commissariat pour les réfugiés. Plusieurs n’ont de plus de maison ni les services de base comme l’eau et l’électricité. Les infrastructures comme les écoles et les hôpitaux ont besoin d’être reconstruits ou réparés. »Vingt-huit organisations humanitaires présentes en Irak ont demandé aux autorités de ne pas forcer les déplacés à rentrer chez eux et exhorté la communauté internationale à soutenir la reconstruction.

Plusieurs pays, principalement occidentaux, ont félicité l’Irak. Le chef d’une unité d’élite des Gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani, maintes fois photographié sur le théâtre des opérations, a aussi salué la « victoire » irakienne en soulignant le rôle militaire de l’Iran au côté de l’Irak.Mossoul était un symbole pour le groupe EI : son chef Abou Bakr al-Baghdadi y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d’un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, désormais en lambeaux.

La Russie a affirmé début juin l’avoir probablement tué dans un raid aérien en Syrie, mais aucune confirmation de sa mort n’a suivi cette annonce.

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