Budget : les militaires veulent faire plier Bercy

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Anne Bauer
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Florence Parly, ministre des Armées, et le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées. – Thibault Camus/AP/SIPA

Le chef d’état-major des armées va une nouvelle fois mettre sa démission en balance pour protester contre les coupes imposées à ses troupes.

La bonne cinquantaine de députés réunis mercredi matin au sein de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale en a eu pour son argent. Ils ont vite compris que leur première rencontre avec le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, pourrait aussi être leur dernière. Tout juste prolongé dans ses fonctions pour un an alors que son mandat venait à échéance fin juillet, le général leur a juré qu’il ne se laissera pas « baiser » par Bercy et que les militaires en avaient soupé des promesses de lendemains qui chantent. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a confirmé dans une interview aux « Echos » des économies budgétaires de 850 millions d’euros pour la défense en 2017, tout en promettant qu’il ferait « un effort supplémentaire l’an prochain ».

Faire payer aux armées les opérations extérieures

Après cinq ans d’opérations non-stop, de Serval, au Mali, à Sentinelle, en France, la pilule passe très mal dans les armées. Pas seulement parce que cette coupe contredit toutes les promesses d’augmentation de budget du président, Emmanuel Macron, mais aussi parce que les économies réclamées pour 2017 consistent à faire payer aux armées les opérations extérieures (opex) alors que ces dernières ont toujours été financées par la solidarité interministérielle. Budgétées pour 450 millions d’euros, les opex coûteront au moins 1,1 milliard sur l’année comme en 2016, sans compter l’opération Sentinelle (176 millions l’an dernier). Comme il est impossible de rogner sur la solde des militaires ou d’abandonner rapidement les opérations en cours, les économies ne peuvent porter que sur les équipements. Dans le document transmis à l’Assemblée nationale, les annulations de crédits de paiement portent donc sur 850 millions de programmes, sans préciser lesquels. En revanche, 643 millions sont basculés sur l’emploi des forces pour payer les soldats. Reste un delta de 200 millions, qui atteindrait même plutôt 250 millions, compte-tenu d’autres coupes réparties sur différents postes, dont le sort sera arbitré en fin d’année, promet Bercy.

Mercredi, le président du Sénat, Gérard Larcher est monté au créneau en évoquant des coupes qui compromettent les missions des armées. L’ancien ministre des Finances Michel Sapin, qui s’était tant bagarré en son temps avec l’ex-ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, a parlé lui d’une « erreur ». Et Marine Le Pen a ironisé sur un gouvernement qui met l’armée, l’intérieur et la justice le plus à contribution pour faire des économies mais qui « sanctuarise les spectacles vivants ».

Le général de Villiers a, lui, insisté sur le fait qu’il ne savait pas se battre sans moyens et qu’il venait de ramener en France trois nouveaux blessés. Il a laissé entendre qu’il pourrait une fois de plus mettre en balance sa démission, et pourquoi pas, à la veille du défilé du 14 Juillet. Emmanuel Macron doit rendre son arbitrage ce jeudi soir, lors de la cérémonie traditionnelle qui se tient au ministère de la Défense et à laquelle sont invités les militaires qui doivent défiler le lendemain sur les Champs-Elysées.

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