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Tant que Donald Trump continuera de semer la confusion dans les relations internationales, Emmanuel Macron aura beaucoup de peine à transformer l’essai des Invalides, puis du dîner à la tour Eiffel.
© Mustafa Yalcin / Anadolu Agency

 

Accueillir le président américain en grande pompe à Paris pour le 14 juillet était dans la logique diplomatique. Choisir d’afficher sa complicité avec ce chef d’Etat si contesté pourrait, en revanche, se retourner demain contre le président Français s’il n’obtient rien de Washington

 

 

Il ne suffit pas de se donner des accolades et de déverser des compliments mutuels pour devenir partenaires sur la scène internationale. En accueillant Donald Trump à Paris, et en coprésidant avec lui le traditionnel défilé militaire pour la fête nationale française du 14 juillet, Emmanuel Macron a choisi de montrer que le locataire de la Maison-Blanche n’était pas un paria à ses yeux. Un choix pragmatique. Tout a donc été fait, dès l’arrivée du couple présidentiel américain à Orly, pour que le dirigeant le plus puissant du monde se sente à l’aise en France. Mais, à l’issue de ces deux journées très protocolaires chorégraphiées pour les caméras, le bilan diplomatique reste, lui, matière à discussion.

Sur l’Accord de Paris contre le réchauffement climatique, le président français a obtenu une bribe d’ouverture. Pas de quoi pavoiser ni rêver d’un prochain retournement. Sur la lutte contre le terrorisme international, son hôte s’est contenté de répéter ce qu’il dit depuis son élection, à savoir que les Etats-Unis, sous sa conduite, «éradiqueront» ce fléau. Une promesse pas encore assortie d’un soutien matériel affirmé sur le théâtre d’opérations où la France est cruellement demandeuse, comme au Sahel. Sur le libre-échange, enfin, le flou demeure. L’industrie automobile, en France comme en Allemagne, peut continuer d’avoir des sueurs froides.

Le seul gain patent, pour Emmanuel Macron, a finalement été la bonne humeur de Donald Trump, ravi d’être reçu par son épouse, Brigitte, qu’il a trouvée «en grande forme», et très heureux de multiplier, du tombeau de Napoléon au défilé des troupes sur les Champs-Elysées, les opportunités photo synonymes de puissance. Un capital de sympathie certes important, mais qu’il ne sera pas si facile de faire fructifier. Spécialiste en coups de massue politiques, Donald Trump sait que la majorité des gouvernements de l’Europe de l’Ouest le regardent avec défiance. Tandis que le président français, lui, doit absolument veiller à ne pas froisser celle que son homologue américain garde dans son viseur depuis son investiture: l’austère chancelière allemande Angela Merkel, dont la réélection ou non, en septembre, déterminera l’avenir de l’Union européenne.

Que Donald Trump soit redevenu publiquement l’ami de la France, après avoir presque traité ce vieux pays allié de repaire d’apprentis djihadistes durant sa campagne, prouve que la raison d’Etat et les liens historiques continuent de prévaloir. C’est une très bonne chose. Mais, tant que le milliardaire continuera de semer la confusion dans les relations internationales, et de souffler le chaud et le froid sur cette alliance militaire essentielle pour la sécurité de l’Europe qu’est l’OTAN, Emmanuel Macron aura beaucoup de peine à transformer l’essai des Invalides, puis du dîner à la tour Eiffel. Son nouvel ami, aujourd’hui, reste bien encombrant.

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