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Moins de 24h après le lancement de la bataille du jurd de Ersal, dans la Békaa, le Hezbollah a poursuivi son avancée vendredi soir contre les extrémistes du Front Fateh el-Cham, auxquels des éléments jihadistes du groupe Etat islamique (EI) sont venus prêter main-forte, après avoir repris un point stratégique.

Dans la soirée, l’armée libanaise, jusque-là en retrait, a utilisé la force contre des tentatives d’infiltration de jihadistes.

Selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle), les bombardements dans le jurd de Ersal se sont intensifiés dans la soirée. Des tirs d’artillerie et de missiles en provenance du jurd se faisaient entendre jusque dans le nord de la Békaa.

En fin d’après-midi, le parti chiite avaient pris le contrôle du point stratégique de Dahr el-Houwa, autour duquel ils mènent une attaque d' »envergure » depuis le début de l’après-midi, selon le « média de guerre » du Hezbollah. D’après cette source, les combattants remplacent les étendards du Fateh el-Cham par ceux du parti chiite. Dans le cadre de ces combats, une importante chambre d’opération du groupe islamiste dans ce secteur a été détruite et ses occupants tués.

Le média partisan avait également annoncé la prise de contrôle de la plaine de Rahoué, toujours dans la même zone. La prise de contrôle de cette zone ouvre la vie à une avancée vers Wadi el-Khail et Wadi el-Deb, dans le jurd, indique le « média de guerre » du Hezb.

Après une brève accalmie durant la journée, les bombardements menés par le Hezbollah au niveau de ce secteur avaient repris vers 14h. Une heure plus tard, le Hezbollah annonçait la mort de deux de ses combattants, selon une information rapportée par la LBCI. Aucun détail supplémentaire n’a été donné.

Du côté des jihadistes, le « média de guerre » du Hezbollah avait indiqué plus tôt dans l’après-midi que deux véhicules utilisés par des combattants du Fatah el-Cham ont été détruits sur une route secondaire située au sud de Wadi Hmayed, dans le jurd d’Ersal. Les occupants de ces véhicules ont été tués, selon le média.

Dans la soirée, la chaîne locale LBCI a indiqué que deux des combattants islamistes tués ce vendredi étaient deux membres de la famille Hojeiri, originaires de Ersal.

Avant la prise de Dahr el-Houwa, les jihadistes avaient déjà perdu le contrôle d’une grande partie des 400 km2 de terrain aride qu’ils contrôlaient entre la Syrie et le Liban, selon l’Ani. L’agence n’a toutefois pas précisé pas si c’est le Hezbollah ou l’armée syrienne qui contrôlent ces zones à présent. L’on sait toutefois que le parti chiite s’est également positionné au niveau de la colline Bourkane et de ses environs, sur les abords de Flita, après avoir repris ce terrain aux jihadistes.

L’EI en renfort
Toujours selon l’Ani, les jihadistes de l’EI sont venus prêter main-forte au Front Fateh el-Cham. Ils sont dirigés par Mouafak Jarabani, alias « Mouafak Abou el-Sous », mais leur nombre exact. La chaîne LBCI avait pour sa part affirmé ce matin que les jihadistes de l’EI ne se trouvaient pas dans le secteur du jurd de Ersal. Fateh el-Cham et l’EI se sont affrontés à plusieurs reprises par le passé, sur fond de disputes territoriales dans le jurd.

Au niveau officiel, il y a eu jusque là très peu de commentaires de dirigeants libanais sur cette opération. Néanmoins, le président du Parlement libanais, Nabih Berry, s’est déclaré « optimiste quant au résultat de l’opération qui se déroule dans le jurd de Ersal qui, selon lui, doit s’achever rapidement avec peu de dommages », selon l’ambassadeur de Syrie à Beyrouth, Ali Abdel Karim Ali, à l’issue d’un entretien à Aïn el-Tiné avec M. Berry, ajoutant que le succès de cette opération garantira, selon lui, la sécurité du Liban et de la Syrie.

De son côté, le Courant du Futur a estimé que la bataille du jurd de Ersal entrait dans le cadre du conflit en Syrie auquel participe le Hezbollah aux côtés du régime syrien, dénonçant par avance « toute atteinte à la souveraineté du Liban, qu’elle vienne des groupes terroristes ou du régime de Damas et de ses alliés ».

L’assaut des deux côtés de la frontière entre la Syrie et le Liban, dans les régions du jurd de Ersal, côté libanais, et du Qalamoun, côté syrien, avait été annoncé tôt ce matin par le Hezbollah. « Il n’y a aucune limite dans le temps pour cette bataille, les combats se dérouleront selon des étapes préalablement définies », avait alors fait savoir le parti chiite via son « média de guerre » et les réseaux sociaux.

L’armée libanaise déjoue des tentatives d’infiltration
De son côté, l’armée libanaise, qui elle aussi combat les jihadistes dans le jurd de Ersal, est passée à l’action dans la soirée après avoir sécurisé dans l’après-midi le périmètre de Ersal, afin de protéger les civils et repousser toute tentative d’infiltration jihadiste.

En début de soirée, la troupe a bombardé un premier groupe de jihadistes qui tentaient de s’infiltrer à l’intérieur de la ville et dans la nuit, elle a bombardé un autre groupe de combattants armés cette fois, de à hauteur de Wadi Khaïl. Trois pick-ups utilisés par les assaillants ont été visés et ses occupants ont été blessés.

Dans l’après-midi, l’institution militaire avait annoncé avoir relevé son état d’alerte et renforcé ses mesures de sécurité à l’intérieur d’Ersal et dans ses alentours. Le Futur a exprimé son soutien à ces opérations protégeant ses habitants et les réfugiés syriens qui sont installés dans la localité et ses alentours.

Le ministre libanais de l’Intérieur, Nohad Machnouk, a, quant à lui, présidé une réunion du conseil de sécurité nationale afin d’examiner les derniers développements de la bataille, alors que le président Michel Aoun était tenu informé de manière constante de la situation.

Situation stable à l’intérieur de Ersal
En raison des combats, plusieurs familles de réfugiés syriens ont fui leurs tentes situées aux abords de Ersal. Elles ont été autorisées par l’armée libanaise, sous la supervision des Nations unies, à entrer à l’intérieur de la bourgade sunnite.

Le chef du Comité international de la Croix-Rouge au Liban, Christophe Martin, a indiqué à l’AFP que le CICR était préparé à tout éventuel afflux de blessés du jurd de Ersal vers la localité. « Nous soutenons deux hôpitaux à Ersal et nous leur avons fourni plus de médicaments et de matériel chirurgical car leurs ressources sont limitées », a-t-il indiqué.

Le président du conseil municipal de Ersal, Bassel Hojeiri, a, lui, indiqué que « la situation à l’intérieur de la localité est stable et que les réfugiés syriens ne sont pas sortis de leurs tentes, alors que les habitants de la bourgade vaquent normalement à leurs occupations ».

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait lancé il y a une semaine un avertissement aux jihadistes implantés dans le jurd de Ersal, estimant qu’ils représentaient « une menace pour tout le monde, y compris les réfugiés syriens » et affirmant qu’il « était temps de mettre fin à cette menace ». Le Premier ministre, Saad Hariri, avait de son côté confirmé mardi que l’armée libanaise allait mener une opération « planifiée » dans le jurd de Ersal.

Signe avant-coureur des combats, Bassel Hojeiri, avait demandé mercredi aux réfugiés syriens de rester dans leurs tentes en cas de situation d’urgence. Ce même jour, le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun, s’était rendu dans l’après-midi au village de Toufayl, dans la chaîne montagneuse de l’Anti-Liban, où il avait inspecté les positions de la troupe. Une visite qui visait, selon l’Ani, à affirmer que les habitants du villages sont sous la protection des troupes régulières.

Depuis le 30 juin, date à laquelle l’armée avait mené, dans deux camps de réfugiés dans la région de Ersal, des opérations durant lesquelles cinq kamikazes s’étaient fait exploser, tuant une fillette et blessant sept soldats, la tension était palpable sur ce dossier. Notamment en raison du fait que suite à cette opération, qui avait débouché sur l’arrestation de dizaines de réfugiés syriens soupçonnés de terrorisme, quatre Syriens arrêtés étaient décédés. Par ailleurs, les images de détenus maltraités ont provoqué une vive controverse et  mené à l’ouverture d’une enquête dirigée par l’armée.

C’est également dans le secteur de Ersal et de son jurd qu’avaient eu lieu, en août 2014, de violents combats entre l’armée libanaise et les jihadistes. Une trentaine de militaires avaient été enlevés par les jihadistes. Quatre d’entre eux avaient été assassinés en captivité, seize avaient été libérés par le Front al-Nosra en décembre 2015, et neuf autres sont toujours otages du groupe État islamique, mais le sort de ces derniers est plus que jamais incertain.

Aujourd’hui, dans les milieux libanais favorables au régime du président syrien Bachar el-Assad, on évoque une éventuelle coopération entre les armées libanaise et syrienne, au même titre que la coopération de la première avec le Hezbollah. Mais cette collaboration est rejetée par les responsables libanais hostiles au régime syrien.

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