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Céline Pina : « Toucher à la loi de 1905 reviendrait à adouber les Frères musulmans »

 

Le gouvernement a annoncé vouloir retoucher la loi de 1905 dans le but de crééer un Islam de France. Selon Céline Pina le risque est grand que cette modification ne renforce l’influence des islamistes sur la société.


Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle avait dénoncé en 2015 le salon de «la femme musulmane» de Pontoise et a publié Silence Coupable (éd. Kero, 2016). Elle est la fondatrice de Viv(r)e la République, mouvement citoyen laïque et républicain appelant à lutter contre tous les totalitarismes et pour la promotion de l’indispensable universalité de nos valeurs républicaines.


Emmanuel Macron veut modifier la loi de 1905 en lien avec son projet de restructuration de l’Islam de France. Dans un contexte politique lourd où notre pays connaît une tentative sans précédent de promotion d’une contre-société islamiste, hostile aux principes démocratiques, à l’émancipation, à la laïcité, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle annonce.

S’attaquer à une question aussi fondamentale s’apparente plus à jouer avec le feu qu’à tracer un chemin, quand on détient un pouvoir faible, que la confiance avec le pays est rompue, que les signaux que l’on a envoyés sont au mieux contradictoires, au pire inquiétant. On imagine sans peine le boulevard qu’offrirait une réforme mal menée sur un sujet aussi sensible à l’extrême-droite, comme les ressources qu’elle procurerait au séparatisme islamiste tel qu’il se déploie sur certaines parties de notre territoire.

Certes, selon l’entourage du président de la République, «les objectifs sont de responsabiliser les gérants des lieux de culte, de prévenir les dérives et de réduire l’influence étrangère», mais les informations qui filtrent n’ont rien pour nous rassurer. Ainsi pendant que l’on met en avant le durcissement des autorisations administratives pour constituer une association cultuelle ou la réflexion sur des formes d’agréments révisables tous les 5 ans, on oublie que, dans la réalité, non seulement l’État n’a pas les moyens du contrôle, mais surtout qu’il n’en a pas la volonté. Sinon, non seulement un certain nombre d’associations n’auraient pu se constituer en loi de 1901, mais, au vu de la transformation de nombre de mosquées en lieu de diffusion d’idéologies et de propagande politico-religieuse, les expulsions auraient été plus nombreuses, auraient sans doute aidé à «prévenir les dérives» et auraient contribué à la responsabilisation de nombre d’acteurs.

Il faut avoir le courage de se faire respecter auprès des pays étrangers qui financent le séparatisme.

Quant à réduire l’influence étrangère, pour arriver à cela est-on obligé de bousculer une loi si protectrice? Non, il y a bien d’autres moyens de le faire. D’abord en enquêtant, en contrôlant, en retraçant les circuits de financement mais surtout en les asséchant et en les interdisant. Avoir le courage de se faire respecter auprès des pays étrangers, qui financent le séparatisme, attisent les ferments de la désunion et sont des financeurs actifs des prosélytes et parfois même des terroristes, aiderait probablement ce gouvernement à retrouver la voie de la crédibilité sur ce dossier. Ces pays sont connus et s’il y avait une volonté, il y aurait un chemin qui ne passerait pas par la fragilisation de la loi de 1905. L’interdiction du financement étranger d’activités politiques et religieuses sur son propre sol n’a rien de choquant, cela s’appelle faire respecter sa souveraineté. Alors pourquoi prendre un tel risque? Parce qu’en mettant en avant «responsabilité» et «prévention», on fait croire aux Français que l’on tient compte de leurs inquiétudes, alors même que dans les faits, l’on répond surtout aux demandes portées par de soi-disant modérés dont curieusement l’action et les demandes aboutissent toujours à renforcer l’influence des islamistes.

C’est ainsi que Tarek Oubrou, l’imam de Bordeaux se réjouit de voir Emmanuel Macron toucher à la loi de 1905, une loi dont il dit avec ironie qu’elle n’est pas sacrée et a à plus de 100 ans. On n’ironisera pas sur l’âge des livres de référence des religions, curieusement intouchables malgré leur âge canonique, ni sur la façon désinvolte de régler le sort d’une loi qui, si elle n’est pas sacrée, porte une affirmation forte et un engagement important: le refus de laisser la religion se mêler de politique et la reconnaissance de la liberté des hommes de se donner des lois sans se soumettre à d’autre autorité que leur raison. La loi de 1905 n’est pas sacrée, mais elle est symbolique et témoigne de la reconnaissance politique de notre libre arbitre. Ce n’est pas rien. Le même imam est curieusement vent debout contre une des rares annonces visant à apporter des garanties à ce qui peut devenir un hypocrite détricotage: le contrôle des flux financiers. Pour l’imam, qui a annoncé qu’il quittait les frères musulmans en 2018, quand il est apparu qu’il faudrait bien trouver des figures à placer à la tête de ce nouveau pôle de pouvoir que serait l’Islam de France: «Sur la question du contrôle des flux financiers, je reste persuadé que l’État ne devrait pas s’immiscer. C’est aux musulmans de prendre en charge la représentation et les flux financiers.». Or on a vu concrètement ce que donnait l’afflux massif d’argent sans contrôle et il ne peut l’ignorer.

Le projet de taxe halal constitue une aide formidable au financement du séparatisme.

D’autant que si la naïveté de nos gouvernements a donné une puissance politique considérable aux islamistes au détriment des représentants de l’islam traditionnel, il est en train de leur donner les moyens de s’enrichir, collectivement et individuellement. En effet, d’après les informations égrenées dans la presse, le financement du développement religieux ferait l’objet d’un dispositif sous forme d’immeubles de rapport. Aujourd’hui, une association cultuelle ne peut administrer des immeubles qu’en lien avec le culte. Là il serait question de pouvoir posséder et exploiter des logements, commerces, comme n’importe quelle société lucrative. Ou plutôt avec plus d’avantages que n’importe qui dans le privé. En effet, du fait de leur caractère religieux, des avantages indus leur sont octroyés et notamment un régime d’exemption d’impôts, créant les conditions d’un développement des cultes sur financement indirect de l’État. Certes ce choix est en contradiction avec le principe même de non-financement par la République, des cultes. Malheureusement, pour protecteur qu’il soit, ce principe n’a pas été expressément consacré par le Conseil constitutionnel et peut donc être évacué aisément.

Or, comme l’article 19 de la Loi de 1905 permet aux associations cultuelles de «verser, sans donner lieu à perception de droits, le surplus de leurs recettes à d’autres associations constituées pour le même objet», on imagine les potentialités que créerait une telle réforme entre les mains d’islamistes, lesquels savent parfaitement exploiter le développement de l’influence et des moyens que permettrait une telle erreur stratégique.

Ajoutons à cela la formidable aide au financement du séparatisme que constitue le projet de taxe halal. Avec cela, on facilite le travail de tous ceux qui s’échinent à empêcher que l’on fasse société. Les interdits sur la table et le lit visent à refuser l’alliance, le lien, voire même sa possibilité. Quand la nourriture de l’autre est considérée comme impure, l’autre n’est pas loin de l’être aussi. Et bien c’est ce sentiment que l’État va contribuer à justifier et à renforcer. Car si la taxe sur le halal est affichée comme vecteur de développement de l’islam en France et soutien au culte, alors on imagine la pression qui pèsera sur l’ensemble des musulmans. Le halal aujourd’hui n’est pas qu’une méthode d’abattage de la viande, c’est aussi un mode de vie séparatiste porté par les islamistes et qui ne cesse de se répandre.

Quand la nourriture de l’autre est considérée comme impure, l’autre n’est pas loin de l’être aussi. C’est ce sentiment que l’État va renforcer.

Le projet du gouvernement lui donnerait une formidable accélération, au détriment du commun et renforcerait le contrôle social et la pression religieuse que les islamistes font subir aux musulmans.

D’autant que le réalisme revendiqué comme la justification de ce traitement différencié de l’islam, se heurte ici devant la réalité éprouvée depuis dix ans au moins, qui est celle du rapport de force existant parmi les organisations du culte musulman.

L’islamisme est dominant dans le maillage des infrastructures et contrôle nombre de mosquées, centres culturels, associations, que ce soit à l’est via les frères musulmans turcs, dans tous le pays via Musulmans de France (ex UOIF), autre espèce de frères musulmans, mais aussi via les salafistes. On peut donc légitimement être inquiet car on ne construit qu’à partir des forces existantes et constituées. Le refus des gouvernements successifs de travailler sur ces réalités, leur méconnaissance du dossier les rend d’autant plus dangereux que le refus de connaissance est rarement gage de succès.

Je ne suis même pas sûre que le gouvernement ait une cartographie exacte de la situation. Chercher quels réseaux de mosquées et d’associations, l’ex UOIF, soit les frères musulmans rassemblent, relève du défi: l’information n’est pas disponible, même si on s’adresse au ministère de l’Intérieur.

L’islamisme est dominant dans le maillage des infrastructures et contrôle nombre de mosquées.

Dans un tel contexte, et l’enfer pouvant être pavé de bonnes intentions, on peut craindre que la création d’un Islam de France ne dégénère en adoubement des frères musulmans. Le pire n’est jamais sûr, mais pour l’éviter, il faut au moins accepter de regarder en face la réalité des forces en présence et la méthode adoptée. Après tout la démarche que fit Napoléon pour assimiler les Français de confession juive a bien fait naître un judaïsme de France. Elle se fit pourtant en posant toutes les questions gênantes et en les tranchant. Elle se fit en étant intransigeant sur les principes qui constituaient la France d’alors, comme en étant clair sur les conditions et sur la place de la loi et de la foi. En ce sens réfléchir à un Islam de France peut tout à fait s’entendre. Hélas ce n’est pas ce à quoi nous assistons. Or confier par légèreté aux islamistes ce que pourrait être l’Islam de France c’est dresser la table aux ennemis de la démocratie et de la liberté et mettre en danger tous les Français, en premier lieu ceux de confession musulmane.

 

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