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 par Romain Loury

A Parempuyre (Gironde), la construction d’un nouveau collège au voisinage de vignes traitées en conventionnel fait débat. La situation semble toutefois s’être débloquée, avec l’annonce, mercredi 16 janvier, par l’exploitant agricole de son projet de conversion en bio. Les associations se montrent vigilantes, craignant un simple coup de communication.

Devenu trop exigu en raison de la poussée démographique, le collège de Parempuyre (33), commune appartenant à Bordeaux Métropole, doit déménager. Or le terrain municipal choisi pose gravement problème: il s’avère situé en bordure de vignes cultivées en conventionnel. De quoi faire craindre pour la santé des élèves et du personnel, alors que la question de l’impact des pesticides sur les riverains fait débat.

Conversion au bio

La mobilisation des associations semble avoir payé: mercredi 16 janvier, Jean-Claude Fayat, président du groupe Fayat (propriétaire de l’exploitation en question, le Château Clément-Pichon, et par ailleurs quatrième entreprise française du secteur BTP), a annoncé dans le journal Sud-Ouest que ses 25 hectares passeraient en bio, d’abord les 5 hectares les plus proches du collège, les 20 autres hectares dans un second temps. Pour expliquer sa décision, le président du groupe Fayat, Jean-Claude Fayat, évoque la nécessité d’une sortie «par le haut», voire «un devoir sociétal», sans toutefois annoncer de calendrier.

L’annonce a été saluée par plusieurs associations, mais avec une certaine méfiance: «je n’ose pas imaginer que [le groupe Fayat] puisse lancer une telle affirmation et ne rien faire derrière. Nous allons nous assurer qu’ils font bien la demande de certification», indique Sylvie Nony, secrétaire de l’association Alerte Pesticides Haute Gironde, contactée lundi 21 janvier par le JDLE.

Pour montrer la réalité du risque chimique, une autre association girondine, Alerte aux Toxiques, a fait analyser une bouteille de vin millésime 2016. Les résultats démontrent notamment la présence de deux fongicides fortement utilisés dans les vignes, dont le folpel (CMR[i]), et le boscalid, de la classe des SDHI. Des résultats qui serviront de «témoin pour surveiller cette conversion», explique l’association -qui oublie que la quantité de pesticides dans le vin est fortement tributaire des conditions météorologiques ayant régné durant l’année de culture.

La situation du terrain n’est pas réglée

Si l’annonce de cette conversion suscite la méfiance, c’est que le groupe Fayat demeure opposé à la construction du collège: il a en effet cédé le terrain en 1991 à la mairie, à condition qu’il demeure inconstructible. Ce changement d’usage contrevenant donc à ses volontés, il envisage de porter plainte contre le plan local d’urbanisme (PLU), si le permis de construire venait à être délivré. Nul ne sait donc si le Château Clément-Pichon (cru bourgeois de Haut-Médoc), qui n’a pas répondu aux sollicitations du JDLE, maintiendra son projet bio s’il a gain de cause devant la justice.

Au-delà de ce dossier, l’association Alerte Pesticides Haute Gironde a demandé au préfet d’interdire l’épandage de pesticides CMR et PE à moins de 200 mètres des établissements sensibles, mesure qui avait fait couler beaucoup d’encre lors du débat sur le projet de loi d’avenir pour l’agriculture –promulgué en octobre 2014. Une demande restée pour l’instant lettre morte.

[i] Cancérogène, mutagène, reprotoxique

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