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Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a prétendu avoir convaincu le président américain Donald Trump d’abandonner l’accord sur le nucléaire iranien, et souhaité que l’Iran « disparaisse avec l’aide de Dieu  ». Israël possède beaucoup plus d’expérience pour traiter avec le Moyen-Orient que l’actuel président des USA et toute l’équipe formant son administration. Même si les Israéliens eux-mêmes n’en étaient pas convaincus, ils ont tout de même réussi à convaincre les Américains qu’une « démonstration de la force supérieure des USA et de la volonté de s’en servir » forcerait l’Iran à reculer et à se plier aux 12 conditions dictées par le secrétaire d’État Pompeo, comme l’ancien ambassadeur d’Israël à Washington, Danny Ayalon, l’a précisé. Israël, qui est l’instigateur de cette stratégie réfutée par deux messages clairs de l’Iran et de ses alliés, n’en ressort pas moins indemne de cette escalade rhétorique. Trump semble être le seul perdant, à attendre un appel téléphonique qu’il ne recevra pas.

C’est le bellicisme du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu qui force l’Iran à adopter une position ferme. Netanyahu s’est vanté que son influence a poussé Trump à lui donner les hauteurs du Golan syrien, à déménager l’ambassade des USA à Jérusalem, à lui donner Jérusalem et à révoquer l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Il est fort probablement aussi derrière les 12 conditions que Trump cherche à imposer à l’Iran car, contrairement à l’administration américaine inepte, les Israéliens savent fort bien que l’Iran ne peut les accepter. Le président des USA a saboté le processus de paix et a mis à mal la position de son pays en tant que médiateur entre les Palestiniens et Israël.

Quand Netanyahu a demandé à Trump de lui offrir tous ces cadeaux, le président des USA n’a pas hésité à sauver le premier ministre israélien de poursuites criminelles pour fraude et abus de confiance en favorisant sa réélection et en lui donnant ce qui ne lui appartient pas!

C’est maintenant au tour de l’Iran d’être mis sur le gril. Mais il semble bien que les choses ne se passent pas comme Trump l’avait prévu. Sa propre image en a pris un coup, mais pas celle de Netanyahu, qui a ordonné à son cabinet de garder le silence et de rester loin du contentieux Iran-USA. Le premier ministre israélien peut se laver les mains d’une non-intervention militaire des USA contre l’Iran et observer en silence, en gardant Israël en dehors des tensions entre l’Iran et les USA,  comme s’il n’était pas du tout concerné. Il cherche à prétendre que le bras de fer en cours entre les USA et l’Iran et que le recul de Trump après les attaques d’al-Fujairah et d’Aramco n’ont rien à voir avec lui.

Les officiers militaires de Netanyahu se trompent en croyant que « l’Iran a un compte à régler avec l’armée israélienne qui lui a asséné plusieurs coups (en Syrie), pour lesquels Téhéran n’a pas eu l’occasion de riposter ». Israël démontre ici une fois de plus qu’il est loin de comprendre le modus operandiiranien. En février 2018, l’Iran a abattu un F-16 qui bombardait la Syrie. L’Iran a livré au Hamas et au Djihad islamique le modèle le plus efficace du missile antichar guidé au laser Kornet, ainsi que la technologie nécessaire pour lancer des missiles à longue portée destructeurs à partir de Gaza. L’Iran fournit au Hezbollah les missiles antinavires, antiaériens et sol-sol les plus perfectionnés qui soient, en vue de leur utilisation possible contre les plateformes pétrolières et les ports d’Israël, et dépense des milliards pour que ses alliés restent forts (le Hezbollah, les acteurs non étatiques irakiens, le gouvernement syrien et les Houthis au Yémen, pour n’en nommer que quelques-uns).

Mais à qui le Hezbollah doit-il sa présence légitime et sa survie? La réponse est toute simple. Il la doit aux guerres d’Israël et à sa violation de l’espace maritime, terrestre et aérien du Liban. Israël occupe toujours les fermes de Chebaa et Kfarshouba, remet en cause les eaux territoriales libanaises et continue d’assassiner des dirigeants du Hezbollah. Le Hezbollah n’aurait rien à faire si Israël choisissait la paix.

En ce qui concerne la Syrie, Moshe Yaalon (ancien ministre de la Défense) dit qu’Israël préférerait avoir Daech à sa frontière plutôt qu’Assad et l’Iran. Trump a offert à Israël le Golan syrien, qui n’appartient ni à l’un, ni à l’autre. Israël a bombardé l’armée syrienne et ses alliés qui combattaient Daech et al-Qaeda. Assad a négocié la paix contre la terre avec Israël en 2010, comme son père l’avait fait avant lui. Netanyahu refuse la paix, ce qui est logique dans son cas, puisque l’alternative consiste à manipuler Trump et à recevoir ses cadeaux, y compris tout Jérusalem.

Si Israël voulait mettre fin à la raison d’être du Hezbollah, du Hamas, du Djihad islamique et de tous les acteurs non étatiques qui gravitent autour de lui, il pourrait commencer par mettre en œuvre les accords d’Oslo dans un premier temps, en reconnaissant la Palestine comme les Palestiniens ont reconnu l’État d’Israël. Il pourrait ensuite remettre les territoires libanais et syriens aux mains de leurs propriétaires légitimes (les présidents Hafez Assad et son fils Bachar étaient tous les deux prêts à signer un accord de paix avec Israël en échange de ce territoire) et se garder de bombarder (Israël reconnaît avoir bombardé plus de 200 cibles en Syrie)  et de violer l’espace aérien et maritime de ses voisins (violations quotidiennes de la souveraineté libanaise). L’Iran n’aurait alors plus besoin de confectionner un collier d’alliés formés d’États et d’acteurs non étatiques au Moyen-Orient.

Enfin et surtout, Israël semble derrière les renseignements de sécurité trompeurs fournis à Trump, selon lesquels l’Iran « déplacerait des missiles par bateau », ce qui a accéléré l’envoi, par les USA, de forces supplémentaires au Moyen-Orient. Les USA ont dû cependant trouver un moyen de sortir de l’embarras causé par cette apparente fausse nouvelle, car ils affirment aujourd’hui que « l’Iran a retiré ses missiles de ses petits navires » pour apaiser la tension.

L’Iran refuse de fournir à Trump une porte de sortie facile du climat de tension que lui et son équipe ont créé. Netanyahu se tient tranquille pour éviter toute critique des USA, puisqu’il est clair que c’est lui qui a poussé Trump vers un affrontement avec l’Iran.

Téhéran est conscient du sabotage d’Israël et de sa manipulation de l’administration américaine actuelle à son avantage. Le manque de connaissance des affaires étrangères de Trump et sa volonté d’être réélu en 2020 permettent à Netanyahu de le mener par le bout du nez. Pour sa part, le guide suprême de la révolution iranienne n’a jamais cru que les USA et l’Europe tiendraient leurs promesses relatives à l’accord sur le nucléaire iranien.

« Les USA ne tiendront jamais leurs promesses et l’UE est un acolyte des USA. Il n’y a rien à tirer d’eux », a dit Sayyed Khamenei au président Rouhani lorsqu’il a signé l’accord avec l’administration Obama, selon un haut responsable iranien. Quelques années plus tard, il partageait l’avis de son « Rahbar » (guide suprême de la révolution).

Le Mossad israélien a fourni aux USA de faux renseignements de sécurité selon lesquels des missiles balistiques étaient transportés sur des bateaux de bois,  comme si l’Iran manquait de déserts et d’autres lieux où cacher ses missiles. Plus incroyable encore, on a cru le Mossad. L’influence d’Israël sur l’administration incompétente de Trump est la plus grande menace à la paix qui pèse sur le Moyen-Orient.

Ce qui précède n’est qu’une illustration du pouvoir de manipulation d’Israël sur le gouvernement des USA pour l’entraîner dans un scénario où toutes les parties seraient perdantes, sauf Israël. Les USA perdront de leur prestige en reculant, mais en perdront plus encore s’ils sont entraînés dans une guerre insensée et catastrophique. Les 12 demandes que Netanyahu a persuadé les USA d’exiger de l’Iran sont impossibles à remplir, ce qu’Israël sait fort bien. Si l’Iran s’y soumet, ce serait une victoire pour Israël. Sinon, les USA prendront le chemin de la guerre ou imposeront d’autres sanctions, ce qui avantage la position d’Israël. Israël peut pousser les USA vers un affrontement et pousser l’Iran à ses limites, car Netanyahu n’a rien à perdre d’une situation dans laquelle les militaires américains assument tous les risques de sa stratégie téméraire, puisqu’Israël ne met pas sa peau en jeu. C’est Trump qui affronte les Iraniens, pas Netanyahu. Les Israéliens peuvent donc s’asseoir tranquillement et observer les événements se dérouler en mangeant du popcorn. Israël se verra comme le vainqueur, peu importe les conséquences. L’influence d’Israël sur l’administration incompétente de Trump est la menace la plus grave à la paix aujourd’hui.

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