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Par Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

Durant la guerre Iran-Iraq dans les années 1980, la République islamique d’Iran scandait le slogan « Kerbala, Kerbala, nous arrivons »  pour « défendre la valeur de l’Islam ». En Syrie, le cri de ralliement « Zeinab ne sera pas capturée deux fois »  a contribué à mobiliser les alliés chiites et à inciter des milliers d’hommes à combattre les takfiris sunnites d’al-Qaeda et du groupe armé « État islamique » (Daech). Aujourd’hui, malgré la bataille existentielle entre l’Iran et les USA, la « République islamique » n’utilise plus de slogans religieux, préférant mobiliser le soutien de la population à l’échelle nationale. Même les Iraniens qui étaient en désaccord avec le régime en place soutiennent leur pays devant l’attitude hostile des USA. La révocation illégitime de l’accord sur le nucléaire iranien a déçu les pragmatiques iraniens. De dures sanctions sont imposées sur le peuple iranien parce que Trump a rejeté l’accord pour faire plaisir à Netanyahu et par rancune à l’égard de son prédécesseur Obama. Confrontée à ces sanctions, la République islamique refuse de se plier aux diktats des USA. Contrairement à d’autres pays du Moyen-Orient qui se soumettent volontiers au chantage et à l’intimidation de Trump, l’Iran dit « NON » à la superpuissance. Mais pourquoi? Comment l’Iran arrive-t-il à faire ce que l’Arabie saoudite et d’autres puissances régionales ne peuvent faire et ne feront pas?

L’Iran fabrique ses propres chars,  missiles  et sous-marins en plus d’être membre du club des pays du monde qui s’y connaissent en science nucléaire.

L’Iran a des alliés forts au Liban, en Syrie, en Irak, en Palestine, en Afghanistan et au Yémen, sur qui il peut compter pour combattre dans toute guerre imposée sur Téhéran, même par les USA.

Les députés du parlement iranien sont démocratiquement élus. Le mandat du président iranien dure quatre ans et n’est renouvelable qu’une seule fois s’il remporte les élections, contrairement aux pays arabes qui ont des présidents à vie ou des monarchies héréditaires. Les chrétiens et les juifs sont des minorités reconnues en Iran et ces derniers, qui ont un député au parlement, Siamak Moreh,  se disent « en sécurité et respectés ». Leur nombre tourne autour de 15 000 sur 85 millions d’Iraniens et ils possèdent plus de 25 synagogues.

L’Iran subit des sanctions étasuniennes depuis 40 ans sans avoir cédé aux demandes de l’oncle Sam. Il s’en est pris aux USA sur de multiples scènes au Moyen-Orient et a récemment abattu un drone pour lancer le message clair qu’il est prêt à affronter la guerre et ses conséquences s’il le faut. L’Iran est prêt à payer le prix pour défendre son ciel, ses eaux et son territoire. Il ne fera aucun compromis en cas de violation de sa souveraineté, même par une superpuissance comme les USA. L’Iran envoie le message suivant aux USA, à son principal allié Israël et à tous les pays du Moyen-Orient : en cas d’agression, la riposte sera terrible.

L’Iran ne craint pas les tentatives de changement de régime, parce que son système électoral est entre les mains du peuple et que, s’il est frappé de l’intérieur, le pays a la capacité de riposter contre ses ennemis régionaux partout où ses alliés sont déployés.

La situation de l’Iran ne devrait pas être unique ou surprenante. Il est tout naturel d’avoir des institutions démocratiques. Il est tout naturel pour un pays d’avoir des alliés qui se tiennent prêts à venir en aide au besoin. Il est habituel pour tout pays de recourir à la force, s’il le faut, pour défendre sa souveraineté et protéger ses frontières. Les citoyens soutiennent leur gouvernement et leurs forces armées lorsqu’ils défendent leur pays contre une agression et lorsque leurs dirigeants prennent des décisions difficiles et courageuses.

Aucune voix en Iran n’appelle à la chute du régime en place malgré la « pression maximale » des USA. Le président iranien a fait preuve d’une « patience extrême » en attendant 14 mois avant de faire un premier pas légitime en vue de se retirer partiellement de l’accord sur le nucléaire. Rouhani s’est ensuite tourné vers une « stratégie de confrontation », puis a adopté une « stratégie de « riposte équivalente » contre toute attaque. Le Corps des gardiens de la Révolution iranienne n’aura pas besoin de slogans religieux cette fois-ci, parce que tous les Iraniens, peu importe leur ethnicité, sont unis derrière leurs dirigeants contre les USA. Trump a réussi à unir les pragmatiques et les radicaux sous une même bannière… contre lui.

L’Europe s’est empressée de jouer un rôle de médiateur dans une tentative ratée d’atténuer les tensions entre les USA et l’Iran. Les dirigeants européens ont peu de marge de manœuvre contre le président Trump parce qu’ils sont loin d’être unis, même s’ils sont signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, qu’ils sont tenus de le respecter. L’Iran a forcé l’Europe à mettre au point un nouveau système de paiement, INSTEX, malgré son manque d’efficacité. INSTEX exprime la volonté des Européens à se montrer conciliants envers l’Iran pour l’empêcher de fabriquer des bombes nucléaires. C’est un effort de taille de la part des Européens.

L’Iran n’abandonnera pas ses alliés et pour cause, parce qu’ils forment la première ligne de sa sécurité nationale et défendent ses valeurs et de son existence. Sans eux, une politique d’affrontement à l’endroit des USA ne serait pas possible. Les dures sanctions contre l’Iran frappent ses alliés aussi, sans toutefois réussir à détériorer ou même à affecter leurs capacités militaires.

L’Iran n’abandonnera pas ses capacités de missiles, parce que c’est son seul mécanisme de défense. L’Iran étant prêt à aller en guerre, il n’abandonnera pas sa production et sa mise au point de missiles. Il en a d’ailleurs livré beaucoup à ses alliés en Palestine, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen.

L’Iran ne se soumettra pas au chantage de Trump, qui extorque des centaines de milliards de dollars de pays du Moyen-Orient en les obligeant à acheter des armes et des pièces de rechange des USA. Des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats et le Qatar paient d’immenses rançons pour limiter les dommages causés par l’intimidation de Trump.

Si tous ces pays du Moyen-Orient se levaient contre le harceleur du voisinage, comme l’Iran le fait, et investissaient une fraction de ce qu’ils paient à Trump dans le développement et la prospérité de la région, les USA seraient incapables d’escroquer l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats.

Dernier point, mais pas le moindre, l’Iran rejette le plan que Trump veut imposer aux Palestiniens, soit vendre leurs territoires pour une poignée de dollars. Bien des pays du Moyen-Orient ont adopté le plan enfantin d’un amateur, Jared Kushner, qui détient un pouvoir seulement parce qu’il est le beau-fils de Trump et qui croit pouvoir arriver là où maints présidents et diplomates expérimentés ont échoué depuis des décennies. L’Iran, à l’instar de l’Irak, du Liban et du Koweït, a rejeté « l’Accord du siècle ».

Trump reconnaît ne comprendre que « le langage des chiffres et de l’argent ». La réponse de l’Iran au chantage étasunien incarne la perception que ce monde ne respecte que la force, le refus de se contraindre à la coercition et la puissance morale de la résistance.

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