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Le Président républicain Trump a annoncé à cor et à cri, depuis la Maison Blanche le 30 janvier dernier, en présence du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, un plan de paix pour « résoudre » le conflit israélo-palestinien. Il présente « Le Deal », comme un « faiseur de paix », original, et une solution qui pourrait fédérer les deux parties et le monde.

Aspiration plutôt ridicule. Ce plan était le poulain de son gendre, Jared Kushner, en préparation depuis plus de deux ans ! Son objectif : tuer, en esprit et en actes, cinquante-trois ans de résolutions des Nations-Unies, efforts de la communauté internationale, y compris des Etats-Unis à une certaine époque, pour trouver une solution durable à ce conflit d’exception.

La résolution 242 des Nations-Unies faisait foi jusqu’alors, adoptée à l’unanimité des quinze membres du Conseil de sécurité en novembre 1967.

Dans son essence, cette résolution affirmait que :

1. L’application des principes de la Charte exige l’instauration d’une paix juste et durable au Proche-Orient, qui devra s‘appuyer sur la mise en œuvre des deux décisions suivantes :

a. Le retrait des forces armées israéliennes de tous les territoires occupés au cours du récent conflit ;

b. La fin de toute revendication ou de tout état de belligérance, le respect et la reconnaissance de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque Etat de la région, et de son droit de vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, à l’abri de menaces ou d’actes de violence ;

2. Affirme d’autre part la nécessité :

a. De garantir la liberté de navigation sur les voies d’eau internationales de la région ;

b. De réaliser un juste règlement du problème des réfugiés

c.De garantir l’inviolabilité territoriale et l’indépendance politique de chaque État de la région, par des mesures comprenant la création de « zones démilitarisées. »

Tous les présidents américains sans exception ont depuis lors respecté ces fondamentaux dans le cadre d’une recherche de la paix au Proche-Orient. Ils les ont appuyés en les enrichissant au travers de nombreuses réunions de conférences multi-partites dont la Conférence de Madrid, les accords secrets menés en parallèle à Oslo, et les accords de Camp David pour ne nommer qu’eux. Avec à la clé, l’existence paisible, côte-à-côte, des Etats israéliens et palestiniens. Il est vrai que les deux présidents américains les plus actifs et réceptifs à une solution acceptable par tous étaient démocrates : il s’agissait des présidents Carter et Clinton. Les belles paroles et déclarations d’intention des présidents Bush-fils et Obama se heurtèrent à la ligne intransigeante de Netanyahu qui gela et rejeta toute discussion sérieuse sur la résolution du conflit.

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Néanmoins, jusqu’en 2016, la feuille de route américaine, soutenue par les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité, comprenait :

1. Jérusalem comme capitale à parts égales entre les Etats d’Israël et de Palestine

2. Le retour des réfugiés palestiniens

3. Le partage des eaux

4. Le démantèlement des colonies israéliennes dans les territoires occupés

Le président Trump a essayé de balayer d’un revers de main ces fondamentaux en déclarant que :

1. Jérusalem était capitale « indivisible » de l’Etat d’Israël, « offrant » aux Palestiniens une capitale dans un faubourg-est de Jérusalem à Abou-Dis

2. Aucune mention du retour des réfugiés

3. Aucune mention du partage des eaux

4. L’occupation légitime d’Israël des territoires occupés de la Cisjordanie, en contrepartie d’une aide financière aux Palestiniens… s’ils acceptaient l’inacceptable. A prendre ou à laisser. La durée prévue pour la mise en œuvre de ce plan est de quatre ans.

Sans surprise, Mahmoud Abbas et la ligue Arabe ont immédiatement dénoncé son application.

La réaction de la France et de la communauté internationale ont été particulièrement timides, de l’avis même de M. Eli Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël en France.

L’Arabie Saoudite a réagi en accueillant cet effort de paix de manière positive, malgré le propre plan de paix qu’elle avait proposé à l’origine en 2002 et réitéré en 2017 dans le cadre de la Ligue Arabe, un plan poliment reçu à l’époque, mais fermement rejeté par Israël, car prévoyant notamment un retrait des Israéliens des Hauteurs du Golan (récupérées depuis) et du sud-Liban.

En fait, ce « plan de paix » est un cadeau pour Netanyahu.  Entre compères de pouvoir et de lobbies, cela se fait. Tous deux alors sous la menace d’un procès – le président Trump a été acquitté par le Sénat le 5 février sur l’affaire du quid pro quo ukrainien ; le Premier Ministre Netanyahu a été inculpé le 21 novembre 2019 pour corruption, fraude, et abus de confiance par la justice israélienne. Lors de l’annonce du 30 janvier, tous deux étaient et sont encore aujourd’hui, en campagne électorale. Ce plan unilatéral ne pouvait que remporter l’adhésion de l’électorat de base de Netanyahu en Israël et celui des soutiens juifs du président Trump aux Etats-Unis.

La transplantation de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem depuis Tel Aviv en mai 2018, en contravention totale des accords et efforts diplomatiques sus-mentionnés, constitue une provocation de plus. Une façon de continuer à marginaliser ce conflit, pourtant au cœur des revendications des pays arabes pendant des décennies. Au regard des événements de ces dernières années au Proche et Moyen-Orient, ce sont la Syrie et l’Irak qui sont sur le devant de la scène. Avec comme cible supplémentaire et principale, l’Iran, qui fait l’objet d’une « construction de l’ennemi » par les US, Israël, l’Arabie Saoudite et certaines monarchies du Golfe.

Ce plan proposé par le président Trump est donc un plan de guerre car il encourage le durcissement de la partie palestinienne, l’explosion d’une troisième intifada, une « provocation » qui laisserait les mains libres aux faucons pour figer à jamais une solution qu’ils considèrent comme « juste », en prétextant l’existence de deux Etats désormais libres et en paix.

Les affrontements et le nombre de victimes depuis six semaines à Gaza est la probable antichambre d’une nouvelle flambée de violence pouvant relancer l’embrasement du Proche et du Moyen-Orient.

Un plan de dupe donc et un « quid pro quo » entre deux alliés tactiques et stratégiques pour lesquels la paix n’a que peu d’intérêt.

La France n’a pas sa place dans ce « chaos constructif ». Elle doit se dissocier de cette mèche sciemment allumée et offrir au Levant une autre voie plus équilibrée et porteuse d’apaisement pour les deux peuples israélien et palestinien.

*Christopher Th. Coonen, Secrétaire général de Geopragma

 

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