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Par Michel Santi

Tandis que les événements prennent au Kazakhstan une tournure dramatique du fait du régime dictatorial en place ayant ordonné aux troupes de tirer pour tuer les manifestants, il ne serait pas superflu de se souvenir que c’est bien le Président Kazakh Nazabayev qui fut le premier de l’époque post-soviétique à tisser méthodiquement une toile de flux financiers transnationaux dans l’unique objectif de blanchir son argent et celui de ses sbires dans les capitales européennes. Dès lors, pourquoi feindre aujourd’hui l’étonnement si une importante partie de la population kazakh se rebelle contre un système mafieux, quand les preuves des méfaits de ses dirigeants ne sont même pas dissimulées par des criminels qui semblent sûrs de leurs faits et surtout de leur impunité ?

Leur fortune ne repose-t-elle en effet pas en toute quiétude en Grande Bretagne qui abrite (selon une étude d’Open Democracy) pour environ 600 millions d’euros de propriétés luxueuses appartenant aux élites d’Asie Centrale ? Les joyaux de ces prestigieuses propriétés londoniennes sont distribués à un clan comprenant Dariga Nazarbayeva, fille de Nazabayev, son beau-fils et non moins milliardaire Timur Kulibayev ainsi que Kairat Boronbayev dont la fille est l’épouse du petit-fils du dictateur Kazakh. Ce cercle restreint s’étant même payé le luxe moral d’acquérir en direct une des propriétés du Prince Andrew. Mais le deuxième cercle n’est strictement pas en reste puisque le magnat du cuivre, Vladimir Kim, est l’heureux détenteur d’un sublime appartement estimé à 30 millions d’euros à One Hyde Park, que le banquier du clan Nazabayev, Aigul Nuriyeva, possède un bien valorisé 6 millions d’euros à Regents Park… Bref, la somme articulée par ce rapport de Chatham House n’est évidemment qu’un amuse-bouche car n’oublions pas, en effet, que le premier opposant au régime kazakhs, Mukhtar Ablyazov, a également lourdement investi à Londres puisqu’il y possède en tout cinq propriétés dont deux estimées à plus de 20 millions d’euros pièce. Londres conserve décidément intacte sa très forte capacité d’attraction pour les criminels hauts de gamme, même s’il est vrai que Mukhtar Ablyazov y perdu son droit d’asile et qu’il réside actuellement en France… Alors, face à un tel tableau accablant, comment devons-nous réagir si ce n’est en saisissant les biens de cette infime oligarchie kazakh qui – aux dires d’un rapport datant de 2019 de KPMG – est si choquante que 162 citoyens de ce pays détiennent à eux seuls la moitié de la richesse nationale ? Ces transferts illicites et ces montages offshores même pas dissimulés intelligemment sont le pain quotidien de ces élites kazakhs, et d’autres disséminées à travers le monde qui rivalisent entre elles à qui subtilisera le plus d’argent à sa population.

Comparaison n’étant évidemment pas raison, il y a quand même quelque chose d’extraordinairement pourri dans notre univers actuel de l’après-covid ou à tout le moins de notre monde désormais habitué à cette pandémie, car les plus riches parmi les plus riches ne se sont jamais portés aussi bien que pendant cette période affreusement pénible. Ainsi, aux Etats-Unis, “Americans for Tax Fairness” et l’”Institute for Policy Studies” ont calculé que les milliardaires de ce pays ont amélioré de pas moins de 70% leurs richesses entre mars 2020 et novembre 2021 ! Ces 5’000 milliards de dollars sont détenus par une crème de la crème comptant seulement 745 individus (sur une population de 330 millions), et 89% des bourses américaines sont monopolisés par seulement 10% des citoyens de cette nation qui – du coup – n’est est plus forcément une… Voilà donc une oligarchie d’un genre nouveau qui se forme, dans un pays censé exemplaire en matière de démocratie, où une proportion insignifiante d’individus se retrouve dans les limbes tandis que des dizaines d’autres millions subissent une insécurité économique croissante du fait de l’envolée inflationniste.

Plus aucun repère, plus aucune morale, plus aucune décence. La preuve ? le Vice-Président de la Réserve Fédérale US en personne, Richard Clarida, vient juste de se faire pincer pour avoir fait usage des informations privilégiées dont il bénéficie pour se faire de l’argent. Le 27 février 2020, soit la veille du discours de son Président Powell qui signalerait la détermination de sa banque centrale à soutenir énergiquement l’économie dans le cadre de la pandémie naissante, Clarida sortit plusieurs millions d’un fonds obligataire pour le placer sur un fonds action qui serait forcément un des grands gagnants de ces mesures de la Fed. Par ailleurs, le «Wall Street Journal» put dévoiler en septembre 2021 que le Président de la Fed de Dallas, Robert Kaplan, et que le Président de la Fed de Boston, Eric Rosengren, acquirent pour plusieurs millions de dollars d’actions Apple, Alphabet, Google et Amazon et de métaux précieux pendant que leurs banques centrales respectives s’activaient elles aussi à soutenir les marchés financiers.

Plusieurs études sérieuses et neutres (menées par «Freedom House» et par «Freedom in the World») attestent d’une érosion majeure de la démocratie au niveau universel. En 1938, Franklin Delano Roosevelt nous mettait en garde :«L’Histoire prouve que les dictatures ne prospèrent jamais sur des gouvernements qui réussissent.»

Source:https://michelsanti.fr/corruption/corruption-une-menace-a-la-securite-nationale