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Le front

+ Des soldats de l’armée régulière ukrainienne continuent de se rendre à Marioupol. Il reste d’après les estimations encore 3000 combattants.  Les miliciens néonazis ont l’intention de résister jusqu’au bout. Les informations non vérifiables sur un nombre important de combattants, d’instructeurs ou d’agents étrangers se multiplient. 

Les unités de l’Armée ukrainienne et les combattants d’Azov sont divisés en trois groupes, qui sont assiégés dans l’Azovstal, l’usine Ilitch et la zone du port.

Les troupes de Donetsk et l’armée russe continuent d’avancer de quelques centaines de mètres par jour. L’assaut sur l’usine a commencé par la direction du nord, sous le feu rapproché de l’artillerie et des frappes aériennes, mais l’avancée se heurte à une résistance farouche des combattants d’Azov.

 Selon le gouvernement de la République sécessionniste de Donetsk, les nationalistes assiégés ont brûlé un certain nombre de bateaux de commerce dans le port. Le navire de commandement du Donbass de la marine ukrainienne avait lui été visé par une frappe russe.

+ Sur les autres fronts du Donbass, de violents combats se poursuivent. Les troupes russes et l’armée de la République de Lougansk avancent de quelques kilomètres par jour vers Barvenkovo et Slaviansk.

A  l’ouest de la ville de Donetsk, le village de Sladkoe est passé sous leur contrôle le 7 avril. Le village de Novomikhailovka est assiégé par les troupes russes et celles de la République de Donetsk. Même chose pour la petite ville d’Ougledar.

+Pendant ce temps, l’armée russe a poursuivi ses frappes de missiles sur des cibles militaires dans différentes parties de l’Ukraine. Les 6 et 7 avril, des missiles lancés par air et par mer ont détruit quatre bases de stockage de carburant près de Nikolaev, Zaporojie, Kharkov et Chuguev à partir desquelles les forces ukrainiennes étaient approvisionnées en carburant.

Une frappe avec des missiles lancés par air a également touché un groupe d’équipements militaires ukrainiens à la gare de Novograd-Volinski dans la région de Jtomir. Des équipements préparés pour être déployés dans le Donbass ont été détruits.

+ Selon le dernier briefing du ministère russe de la Défense, 125 avions de guerre ukrainiens, 95 hélicoptères, 416 drones, 227 systèmes de missiles antiaériens, 2 003 chars et autres véhicules de combat blindés, 220 systèmes de roquettes à lancement multiple, 869 pièces d’artillerie de campagne et mortiers, ainsi que 1 902 unités de véhicules militaires spéciaux ont été détruits depuis le début de l’opération militaire spéciale russe.

L’armée russe et les forces des Républiques autoproclamées ne développeront probablement pas leur offensive sur les autres fronts du Donbass avant que Marioupol ne soit entièrement passée sous contrôle russe. 

Kramatorsk

+ Le 8 avril, à Kramatorsk, l’Ukraine a-t-elle lancé, après Bucha, un deuxième “coup” destiné à l’Occident pour entraîner USA et Union Européenne dans des sanctions supplémentaires ou même dans la guerre? Un missile a fait 30 morts et 100 blessés à la gare de la ville. 

Suite à l’attaque à la roquette sur la gare de Kramatorsk, selon les données préliminaires, plus de 30 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées.La partie ukrainienne a immédiatement annoncé le bombardement de la gare par des Iskanders du côté russe, mais des photos de la queue de la fusée tombée au sol sont apparues sur le réseau, prises par des résidents locaux. D’après les images, il s’agit d’un missile balistique 9M79-1 OTR-21 Tochka. La Russie n’utilise pas ce type d’arme.

La trajectoire du vol de la fusée est également caractéristique. L’équipe de Rybar a établi que le missile a été tiré depuis le territoire contrôlé par les forces armées de l’Ukraine.

+ Communiqué du Ministère de la Défense russe: “Selon les rapports des services de renseignement, l’une des divisions de la 19e brigade de missiles armée de systèmes de missiles Tochka-U au moment de la frappe sur Kramatorsk se trouvait près de Dobropol’e dans la région de Donetsk, à 45 km au sud-ouest de Kramatorsk. Cette zone est toujours sous le contrôle total de l’armée ukrainienne qui regroupe les troupes dans le Donbass”.

L’insoutenable légèreté d’Ursula von der Leyen

+Les gouvernants de l’Union Européenne devront-ils regretter un jour d’avoir laisser la Commission Européenne développer son action bien au-delà des prérogatives que lui laissent les traités? La visite de Madame von der Leyen à Bucha et à Kiev est en soi éminemment dangereuse. Elle ne repose sur aucune base dans les traités de l’UE. (On pourrait imaginer à la rigueur que l’UE ait envoyé le seul haut représentant, Josep Borrell pour la politique étrangère – à côté de la présidente de la Commission sur la photo ci-dessus). Elle consiste à jeter de l’huile sur le feu alors qu’il faudrait pratiquer la désescalade. Autre fois on disait “L’Europe c’est la paix”. Faut-il maintenant dire “L’UE c’est la guerre!” ? 

En tout cas, on arrive à la situation plus que dangereuse où la Russie considère que l’OTAN et l’UE sont des acteurs de la guerre. Nos gouvernants seront jugés très sévèrement par l’histoire….s’il y a encore une histoire. Car le risque d’une escalade vers la guerre nucléaire est réel avec le comportement d’une Ursula von der Leyen. 

+ La Slovaquie annonce qu’elle livre des missiles S300 à l’Ukraine le lendemain du jour où elle a fait savoir qu’elle acceptait de payer le gas russe selon les nouvelles modalités techniques imposées par Moscou (ouverture d’un compte dans une banque russe). Il est au fond honteux que des puissances comme la France et l’Allemagne obligent la Slovaqui à de telles contorsions. .

+ Quand on regarde de près, même à l’ONU le front des pays qui votent contre la Russie s’effrite: Les 140 pays qui avaient condamné l’intervention russe en Ukraine ne se sont pas retrouvés dans le vote pour exclure la Russie de la commission sur les droits de l’Homme: 93 pays ont voté pour, 24 ont voté contre. Les autres se sont abstenus. Et ceci malgré les accusations proférées à l’encontre de la Russie après Bucha! 

+ Les sondages se suivent et confirment qu’au moins les trois quarts des Russes soutiennent la guerre menée par Vladimir Poutine. Et 62% des Américains considèrent que Poutine est leader plus fort que Joseph Biden. 

 + Un intéressant parallèle est fait dan ce montage photo entre la manière dont les Etats-Unis ont traité et isolé le Japon avant les années 1930; et la manière dont ils ont ciblé la Russie depuis 1990: 

Le parallèle est établi entre (1)  les constructions de bases militaires; (2) la rupture du traité commercial avec le Japon en 1911 et le coup de Maïdan en 2013; (3) les sanctions, destinés à soumettre la puissance jugée dangereuse par les USA mais qui produisent en fait le contraire: l’exacerbation des tensions. 

+ On se rappelle comment, il ya quelques jours, la Pologne prenait pour cible la Hongrie, qu’elle accusait d’être trop russophile. A présent, c’est au tour du Président Macron de s’en prendre à la Pologne, qu’il accuse, rien de moins que cela, d’être “raciste, antisémite et anti-LGBT” et de soutenir Marine Le Pen. 

+ Les Finlandais ont fini par laisser repartir les tableaux du Musée de l’Ermitage, ramenés d’Italie, qui avaient été bloqués sans motifs par leur douane. 

Le rouble se consolide

+ La monnaie russe s’est renforcée à un peu moins de 72 roubles pour un dollar américain et à 77 contre l’euro lors des échanges à la Bourse de Moscou vendredi.

Le rouble a maintenant atteint son niveau le plus fort par rapport au dollar depuis novembre dernier et par rapport à l’euro depuis juin 2020. 

+ Passionnant article d’Ellen Brown. Quelques extraits (1ère partie): 

En 1971, le président Richard Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or au niveau international (connu sous le nom de « fermeture de la fenêtre de l’or »), afin d’éviter de vider les réserves d’or des États-Unis. La valeur du dollar s’est alors effondrée par rapport aux autres monnaies sur les marchés mondiaux. Pour le soutenir, Nixon et le secrétaire d’État Henry Kissinger ont conclu un accord avec l’Arabie saoudite et les pays de l’OPEP selon lequel l’OPEP ne vendrait le pétrole qu’en dollars, et que les dollars seraient déposés dans les banques de Wall Street et de la City de Londres. En contrepartie, les États-Unis défendraient militairement les pays de l’OPEP. Le chercheur en économie William Engdahl présente également des preuves d’une promesse selon laquelle le prix du pétrole serait quadruplé. Une crise pétrolière déclenchée par une brève guerre au Moyen-Orient a effectivement fait quadrupler le prix du pétrole, et l’accord de l’OPEP a été finalisé en 1974.

L’accord a tenu jusqu’en 2000, lorsque Saddam Hussein l’a rompu en vendant le pétrole irakien en euros. Le président libyen Mouammar Kadhafi a fait de même. Les deux présidents ont été assassinés, et leurs pays ont été décimés par la guerre avec les États-Unis. Le chercheur canadien Matthew Ehret observe :

« N’oublions pas que l’alliance Soudan-Libye-Égypte, sous la direction combinée de Moubarak, Kadhafi et Bashir, avait entrepris d’établir un nouveau système financier adossé à l’or, en dehors du FMI et de la Banque mondiale, afin de financer un développement à grande échelle en Afrique. Si ce programme n’avait pas été sapé par la destruction de la Libye sous l’égide de l’OTAN, le dépeçage du Soudan et le changement de régime en Égypte, le monde aurait vu l’émergence d’un bloc régional majeur d’États africains façonnant leur propre destin pour la première fois dans l’histoire en dehors du jeu truqué de la finance contrôlée par les Anglo-Américains. (…) 

Dans le mois qui a suivi le début du conflit en Ukraine, les États-Unis et leurs alliés européens ont imposé de lourdes sanctions financières à la Russie en réponse à l’invasion militaire illégale. Les mesures occidentales comprenaient le gel de près de la moitié des 640 milliards de dollars américains de réserves financières de la banque centrale russe, l’expulsion de plusieurs des plus grandes banques russes du système de paiement mondial SWIFT, l’imposition de contrôles à l’exportation visant à limiter l’accès de la Russie aux technologies de pointe, la fermeture de leur espace aérien et de leurs ports aux avions et aux navires russes, et l’instauration de sanctions personnelles à l’encontre de hauts fonctionnaires russes et de magnats très en vue. (…)

 Le président russe Vladimir Poutine a déclaré dans un discours prononcé le 16 mars que les États-Unis et l’Union européenne avaient manqué à leurs obligations et que le gel des réserves de la Russie marquait la fin de la fiabilité des actifs dits de première classe. Le 23 mars, Poutine a annoncé que le gaz naturel russe serait vendu aux « pays inamicaux » uniquement en roubles russes, plutôt qu’en euros ou en dollars, comme c’est le cas actuellement. Quarante-huit nations sont considérées par la Russie comme « inamicales », dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Ukraine, la Suisse, la Corée du Sud, Singapour, la Norvège, le Canada et le Japon.

Poutine a noté que plus de la moitié de la population mondiale reste « amie » de la Russie. Les pays qui n’ont pas voté en faveur des sanctions comprennent deux grandes puissances – la Chine et l’Inde – ainsi que le principal producteur de pétrole, le Venezuela, la Turquie et d’autres pays du Sud. Les pays « amis », a déclaré Poutine, peuvent désormais acheter à la Russie dans différentes devises. (…)

(…)

Les ministres de l’Énergie des pays du G7 ont rejeté la demande de Poutine, affirmant qu’elle violait les termes des contrats de gaz qui exigent une vente en euros ou en dollars. Mais le 28 mars, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la Russie n’était « pas engagée dans la charité » et qu’elle ne fournirait pas de gaz à l’Europe gratuitement (ce qu’elle ferait si les ventes se faisaient en euros ou en dollars qu’elle ne peut actuellement pas utiliser dans le commerce). Les sanctions elles-mêmes constituent une violation de l’accord visant à honorer les devises sur les marchés mondiaux.(…)

.L’économie de la Russie est beaucoup plus petite que celle des États-Unis et de l’Union européenne, mais la Russie est un fournisseur mondial majeur de produits de base essentiels – non seulement le pétrole, le gaz naturel et les céréales, mais aussi le bois, les engrais, le nickel, le titane, le palladium, le charbon, l’azote et les métaux des terres rares utilisés dans la production de puces informatiques, de véhicules électriques et d’avions.

Le 2 avril, le géant gazier russe Gazprom a officiellement interrompu toutes les livraisons à l’Europe via le gazoduc Yamal-Europe, une artère critique pour l’approvisionnement énergétique européen. (…) 

Richard Werner, professeur d’économie au Royaume-Uni, qualifie la manœuvre russe d’astucieuse – une répétition de ce que les États-Unis ont fait dans les années 1970. Pour obtenir des produits russes, les pays « inamicaux » devront acheter des roubles, ce qui fera grimper la valeur du rouble sur les marchés mondiaux, tout comme le besoin de pétrodollars a soutenu le dollar américain après 1974. En effet, le 30 mars, le rouble avait déjà atteint le niveau où il se trouvait un mois plus tôt.(…)

La Russie suit les États-Unis non seulement en liant sa monnaie nationale aux ventes d’un produit de base essentiel, mais aussi en suivant un protocole antérieur – ce que les dirigeants américains du XIXe siècle appelaient le « système américain » de monnaie et de crédit souverains. Ses trois piliers étaient (a) des subventions fédérales pour les améliorations internes et pour soutenir les industries naissantes de la nation, (b) des tarifs douaniers pour protéger ces industries, et (c) un crédit facile émis par une banque nationale.

Michael Hudson, professeur d’économie et auteur de « Super-Impérialisme : La stratégie économique de l’empire américain », parmi de nombreux autres ouvrages, note que les sanctions obligent la Russie à faire ce qu’elle a été réticente à faire elle-même : réduire sa dépendance à l’égard des importations et développer ses propres industries et infrastructures. L’effet, dit-il, est équivalent à celui des tarifs douaniers protecteurs. Dans un article intitulé « L’empire américain s’autodétruit », Hudson écrit au sujet des sanctions russes (qui remontent en fait à 2014) :

« La Russie était restée trop captivée par l’idéologie du marché libre pour prendre des mesures visant à protéger sa propre agriculture ou son industrie. Les États-Unis ont apporté l’aide nécessaire en imposant à la Russie une autonomie intérieure (via les sanctions). Lorsque les États baltes ont perdu le marché russe du fromage et d’autres produits agricoles, la Russie a rapidement créé son propre secteur fromager et laitier – tout en devenant le premier exportateur mondial de céréales. …

La Russie découvre (ou est sur le point de découvrir) qu’elle n’a pas besoin de dollars américains pour garantir le taux de change du rouble. Sa banque centrale peut créer les roubles nécessaires pour payer les salaires nationaux et financer la formation de capital. Les confiscations américaines pourraient donc finalement amener la Russie à mettre fin à la philosophie monétaire néolibérale, comme le préconise depuis longtemps Sergey Glaziev en faveur de la MMT [Modern Monetary Theory]. …

Ce que les pays étrangers n’ont pas fait d’eux-mêmes – remplacer le FMI, la Banque mondiale et les autres bras de la diplomatie américaine – les politiciens américains les obligent à le faire (…)”

Statue à Odessa du duc de Richelieu, gouverneur de la Nouvelle Russie entre 1804 et 1814

Le courrier des Stratèges