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Gilbert Doctorow – Titre : « Western media today, 28 April 2022« 

Respect des exigences russes de paiement en roubles pour les livraisons de gaz : Les reportages occidentaux tombent sur leur propre épée

Il est largement admis dans le grand public que toutes les sources d’information russes sont de la propagande, ce qui justifie l’interdiction de ces sources sur les ondes, ou pour le dire dans un anglais plus simple, justifie la censure occidentale sans précédent dont aucun de nos militants des droits de l’homme ne semble se soucier. Voilà pour les valeurs européennes !

Toutefois, dans le Financial Times d’aujourd’hui, qui traite de l’effritement de la prétendue position unifiée de l’Europe contre le paiement du gaz russe en roubles, nous constatons que la censure détruit non pas les médias russes, mais les médias occidentaux qui, en l’absence de concurrence et de contestation, impriment et diffusent tous les propos ignorants et contradictoires qui sortent de la bouche de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Charles Michel et consorts, sans exercer le moindre contrôle logique.

Permettez-moi d’être précis. L’article en question est intitulé « Les groupes énergétiques de l’UE se préparent à répondre aux conditions de Vladimir Poutine pour le gaz russe. L’Allemand Uniper et l’Autrichien OMV prévoient des comptes en roubles tandis que l’Italien Eni évalue ses options ». Cet article a été rédigé par Sam Jones à Vienne, Andy Bounds à Bruxelles, Guy Chazan à Berlin et Marton Dunai à Budapest. En parcourant le texte et en découvrant les énormités dont je vais parler ci-dessous, on se demande où est la rédaction du FT pour maintenir ses articles de fond à un niveau digne des élites économiques mondiales qui sont ses abonnés.

Conformément à la ligne de propagande générale définie par les États-Unis dans la guerre de l’information vicieuse en cours, les causes et les effets sont systématiquement inversés. Chaque intention et acte ignoble imputé à la Russie est, après réflexion, en réalité initié par l’Occident. Ce jeu commence très tôt, au paragraphe 5 : « Les préparatifs [pour le paiement en roubles exigé par la Russie] montrent l’impact des efforts russes pour militariser les approvisionnements en gaz et mettent au défi la capacité de l’UE à maintenir un front uni contre Moscou. »

Les auteurs ne sont pas allés plus loin dans leur raisonnement : ils ne suggèrent pas que la mauvaise intention du Kremlin est de semer la discorde entre les États européens. C’est le sujet d’un autre article de fond paru dans l’édition en ligne d’aujourd’hui du Financial Times, intitulé « ‘Diviser pour mieux régner’ : Russia’s rationale for halting gas flows to Poland and Bulgaria ». Apparemment, les auteurs Harry Dempsey et Neil Hume ont oublié ou n’ont jamais entendu la remarque attribuée à Sigmund Freud selon laquelle, parfois, « un cigare n’est qu’un cigare », ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer de manière exotique un fait simple.

Ne serait-il pas plus logique de dire que le gel sans précédent des avoirs en dollars et en euros de la Banque de Russie en Occident a eu pour effet de « militariser » les approvisionnements en gaz ? Si les contrats existants prévoyant un paiement en euros devaient se poursuivre, l’effet, tel que voulu par les décideurs européens, était de priver la Russie du produit de ses ventes, qui seraient toutes gelées à leur tour.

Dans le paragraphe suivant, les auteurs du FT reconnaissent tranquillement que « les sanctions de l’UE contre la banque centrale de Russie » ont incité Vladimir Poutine à imposer les nouvelles règles de paiement en roubles achetés sur le marché des devises russes. Bien entendu, aucune conclusion n’est tirée de ce fait quant à savoir qui agit et qui réagit.

Ensuite, le FT cite Ursula von der Leyen qui décrit la coupure du gaz russe à la Pologne et à la Bulgarie en raison de leur refus d’adhérer au nouveau système de paiement comme « équivalant à du chantage ». Du chantage ? Ne pas livrer si on ne reçoit pas d’argent, c’est du chantage ? Ou s’agit-il plutôt de l’application des règles normales du commerce international ?

Le groupe de rédacteurs du FT estime ensuite que le respect des nouvelles procédures de paiement de la Russie « permettrait à la Russie d’accéder à des milliards de dollars de recettes gazières pour soutenir sa monnaie et son économie… » Mais pour quelle autre raison un pays vend-il ses marchandises à un autre pays ? Par charité ? Sans qu’aucune recette en espèces ne soit attendue ou exigée ?

Je ne reviendrai pas sur les points évoqués ci-dessus. Le FT peut faire son baratin à des écoliers qui n’ont jamais étudié le commerce ou l’économie. Mais comment osent-ils faire croire ces sornettes aux directeurs d’entreprises et aux présidents de banques qui constituent leur lectorat dépasse l’entendement.

Gilbert Doctorow