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L’ancienne chancelière allemande Angela Merkel a défendu mardi sa politique vis-à-vis de la Russie, estimant ne pas avoir à « s’excuser » d’avoir misé sur la diplomatie et le commerce pour tenter d’éviter une guerre en Ukraine.

AFP

Guerre en Ukraine: l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel défend sa politique vis-à-vis de la Russie
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Pas de mea culpa: l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel a défendu mardi sa politique vis-à-vis de la Russie, estimant ne pas avoir à « s’excuser » d’avoir misé sur la diplomatie et le commerce pour tenter d’éviter une guerre en Ukraine.

Désormais retirée de la politique, l’ancienne dirigeante de 67 ans s’est montrée à l’aise dans sa première longue interview donnée en public, dans un théâtre berlinois, depuis qu’elle a quitté la chancellerie il y a six mois.

Elle a de nouveau sévèrement condamné l’invasion russe, qui n’a selon elle « aucune justification ». « C’est une rupture brutale du droit international pour laquelle il n’y a aucune excuse ».

Mais elle a rejeté les critiques selon lesquelles sa politique y serait pour quelque chose.

Mme Merkel a assuré avoir été consciente depuis plusieurs années de la menace que faisait peser le président russe Vladimir Poutine sur la sécurité européenne.

Il était dans l’intérêt de l’Allemagne de « trouver un modus vivendi avec la Russie afin de ne pas nous retrouver dans un état de guerre » mais « de pouvoir co-exister malgré toutes nos différences », a estimé celle qui a régné pendant seize ans sur la première économie européenne.

Ne pas ignorer la Russie

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’ancienne cheffe de gouvernement de centre-droit s’est vue accusée d’avoir accru la dépendance de l’Europe à l’égard de l’énergie russe, notamment en promouvant la construction du gazoduc Nord Stream 2 malgré les réserves de ses partenaires européens et américains.

Le pipeline, censé doubler la capacité d’approvisionnement de l’Allemagne en gaz russe, a été suspendu depuis l’agression russe en Ukraine, avant sa mise en service.

L’Allemagne a longtemps pratiqué la politique de la main tendue envers la Russie, suivant l’idée que le commerce induirait une démocratisation progressive du pays.

Le chef de l’Etat Frank-Walter Steinmeier, qui fut un ministre des Affaires étrangères de Mme Merkel, avait lui reconnu début avril avoir commis une « erreur » en soutenant la construction de ce gazoduc.

Rien de tel de la part d’Angela Merkel.

« Je n’ai pas pensé que Poutine changerait grâce aux relations commerciales », a-t-elle affirmé, estimant que ce dernier avait tiré un trait sur la démocratie.

Mais il était évident à ses yeux que la Russie serait « toujours un voisin de l’Europe, qu’on ne pouvait pas totalement ignorer », a-t-elle argumenté lors de cette interview menée par un journaliste de l’hebdomadaire Der Spiegel.

Si un rapprochement politique n’est pas possible, « il était pertinent d’avoir au moins des relations commerciales », a-t-elle justifié.

« Et je ne vais pas m’excuser » pour la ligne politique suivie ces dernières années, a-t-elle martelé.

Elle a également défendu les efforts diplomatiques mis en place dans le cadre du format dit « Normandie » avec la France après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et le conflit dans l’est de l’Ukraine.

Ce processus n’a pas apporté la paix espérée, mais « un certain calme » qui a permis à l’Ukraine de bénéficier de sept années supplémentaires pour se développer en tant que nation et renforcer son armée, a-t-elle estimé, saluant au passage « le courage et la passion » avec lesquelles les Ukrainiens défendent leur pays.

« Je n’ai pas à me reprocher de ne pas avoir fait assez d’efforts », a assuré celle qui a enchaîné quatre mandats et rencontré Vladimir Poutine à de nombreuses reprises.

« Nous n’avons pas réussi à créer une architecture de sécurité permettant d’éviter » la guerre « tragique » qui sévit actuellement, a-t-elle toutefois reconnu.

Shakespeare

L’ancienne chancelière, qui reste très populaire en Allemagne, s’est également exprimée pour la première fois sur sa vie depuis sa retraite, déclenchant régulièrement les rires du public par ses pointes d’humour.

Elle a notamment confié avoir passé cinq semaines sur les bords de la mer Baltique, où elle a retrouvé le plaisir et le temps de lire et découvert aussi les livres audio, qui demandent « moins de concentration ». Elle en a profité pour écouter « Macbeth » de William Shakespeare, a-t-elle dit.

En 30 ans de vie politique, l’ex-chancelière a enchaîné « rendez-vous après rendez-vous », mais a dit aujourd’hui apprécier sa liberté retrouvé.

« Personnellement je me sens bien », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter en référence aux événements en Ukraine: « Mais j’avais imaginé ma retraite après mon mandat autrement »