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Par Michel Santi

Ils se sont tous lourdement trompés, ceux qui avaient prédit un effondrement de la production russe de pétrole. Poutine a effectivement déjoué tous les pronostics car, avec 10.8 millions de barils/jour (mb/j) pompés en juillet dernier, la production russe de pétrole est quasiment au niveau des 11 mb/j de janvier dernier, soit avant la guerre. En fait, voilà trois mois que cette production s’est nettement redressée du trou d’air subi les mois ayant suivi le déclenchement du conflit, car la Russie a remplacé ses bons clients raffineurs européens par d’autres marchés.

L’Asie de manière générale et l’Inde en particulier, mais également le Moyen-Orient et la Turquie représentent les nouveaux débouchés, même si certains acheteurs européens persistent dans leurs emplettes en pétrole russe en attendant le point de non retour des sanctions européennes devant intervenir en novembre prochain. Moscou ne se donne désormais même plus la peine d’offrir des réductions – qui furent massives pendant l’hiver afin de séduire de nouveaux clients – tant le pays semble aujourd’hui sûr de sa trajectoire, il est vrai dans un contexte global très tendu en termes d’approvisionnement énergétique dont les dirigeants russes profitent largement. Pour ce faire, les exportateurs russes peuvent compter sur l’émergence de nouveaux «traders» basés au Moyen-Orient et dans certains pays asiatiques qui écoulent – moyennant de juteuses marges – le brut russe vers des acheteurs empressés.

Pour autant, ce que l’honnêteté oblige de qualifier de succès russe n’est pas tant économique et financier que surtout politique. L’Ouest – pour sa part – a complètement échoué à convaincre l’OPEP+ (l’Organisation des pays exportateurs et ses alliés) de se retirer de leur alliance avec la Russie puisque c’est même le contraire qui s’est passé. Emmenée par les grands alliés supposés de l’Occident, à savoir l’Arabie Saoudite et les Emirats-Arabes Unis, cette organisation n’a relevé que symboliquement la production pétrolière de ses nations membres, et en guise de désaveu cinglant et humiliant au Président Biden qui avait exprès pris son bâton de pèlerin pour aller à Ryad rendre un hommage autant contesté que contestable à MBS.

Au final, ce robinet de liquidités de rente pétrolière qui s’est bien redressé donne de la marge à Poutine qui peut dès lors se permettre de sacrifier une partie importante de ses revenus gaziers en restreignant ses ventes en direction de l’Europe. C’est simple : la Russie engrange depuis peu tant de revenus pétroliers, elle vend tant de pétrole, qu’elle peut se permettre des mesures de rétorsion sur le gaz naturel à l’encontre des européens qui – bien que restant déterminés – sont néanmoins à peine conscients des désastres qui les attendent. Nos tarifs de consommation électrique seront immanquablement appelés à flamber de l’ordre de 60 à 80%, voire à doubler dans certains pays européens. Très prochainement, nos dirigeants seront confrontés à des choix impossibles car les ravages causés aux différentes économies européennes par cette escalade sans précédent des prix de l’énergie seront extraordinairement douloureux.

Quelque que soit l’angle d’analyse, Vladimir Poutine est en passe de remporter cette guerre de l’énergie. Sa victoire est difficilement contestable sur de multiples fronts, et ce pendant que les centaines de millions perçus quotidiennement par la Russie sur ses ventes pétrolières lui assurent le soutien de la population.

MS