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René Naba

L’auteur dédie ce papier à M. Mohamed Mazeh, juge des référés de Tyr (Sud- Liban),  qui a eu l’audace d’interdire aux médias, sous peine de sanctions, d’interviewer l’ambassadrice des États-Unis au Liban, Dorothy Shea, laquelle avait précédemment violemment critiqué le mouvement chiite du Hezbollah, sanctionnant ainsi l’ingérence flagrante de la diplomate américaine sans les affaires intérieures libanaises. Mohamed Mazeh  a présenté mardi 30 juin 2020 sa démission au Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Le 16 mars 2020, Amer Fakhoury, ancien tortionnaire du pénitencier de Khiam, sud Liban) était exfiltré du Liban par hélicoptère par l’ambassade des Etats Unis, alors que la justice libanaise s’apprêtait à la juger pour crimes contre l‘humanité et haute trahison.

Fakhoury avait été condamné en 1996 par contumace à 15 ans de prison pour collaboration avec Israël. Se croyant couvert par la prescription, il est rentré au pays en septembre 2019, ne s’attendant pas à ce que les autorités l’appréhendent pour d’autres crimes, notamment la torture et la mort d’anciens détenus, ou l’obtention présumée de la nationalité israélienne.

Fin février, la sénatrice américaine démocrate Jeanne Shaheen, qui se mobilisait pour obtenir la libération de l’ancien responsable de l’ALS, avait annoncé avoir présenté un projet de loi bipartisan avec le sénateur républicain Ted Cruz, prévoyant des sanctions contre les responsables libanais impliqués dans la détention ou l’arrestation de tout citoyen américain au Liban. Ce projet de loi était intitulé “la tolérance zéro pour les détentions illégales” de citoyens américains au Liban (Zero Tolerance Act).

Le bourreau de la tristement célèbre prison de Khiam (sud Liban), Amer Fakhoury, a été exfiltré par les Américains du Liban le 19 Mars 2020. Le supplétif libanais des israéliens, porteur de la double nationalité israélienne et américaine, a été évacué par un hélicoptère américain depuis l’ambassade américaine au Liban.

Retour sur cet extravagant déni de droit en même temps qu’une violation flagrante de la souveraineté libanaise.

Prologue

Georges Ibrahim Abdallah, le glorieux, versus Amer Fakhoury, le hideux

Georges Ibrahim Abdallah et Amer Fakhoury représentent les deux faces du Liban. Le premier, militant communiste pro palestinien, incarne son aspect glorieux, la fierté nationale du Liban; le second, le supplétif des Israéliens, son aspect hideux, la lie du Liban, sa fosse septique.

Les deux sont maronites. Preuve éclatante que l’appartenance religieuse ne prédétermine pas à la servilité, mais la prédisposition intellectuelle commande une posture de rectitude ou de reptation, selon le choix du vertébré ou l’inclination profonde du reptile. La conclusion qui en découle est que Georges Ibrahim Abdallah est un arabe authentique. Amer Fakhoury, un larbin

Doyen des prisonniers politiques à travers le Monde, au même titre que Moumia Abou Jamal, Georges Ibrahim Abdallah, dont la culpabilité est sujette à caution, est arbitrairement détenu dans la «Patrie des Droits de L’homme”. L’ancien tortionnaire du centre pénitencier de Khiam, édifié par les agents libanais d’Israël au Sud Liban pour torturer leurs compatriotes a, lui, été libéré de force du Liban par la «Grande Démocratie Américaine».

Figure mythique du combat de libération national arabe, Georges a hérité d’une double peine: sa détention au-delà de la période normale de son incarcération. L’exécuteur des basses œuvres israéliennes d’une double nationalité, israélienne et américaine.

Les tortionnaires, c’est bien connu, ce sont toujours les autres. Jamais l’Occident. Cela est si vrai qu’aucune grande conscience morale occidentale, pas plus que les éditocrates qui vaticinent à longueur de journée dans les lucarnes, n’a jugé bon de dénoncer la connivence des Etats Unis avec un tortionnaire.

Le Président Donald Trump déploiera la puissance américaine pour sauver des griffes de la justice libanaise ce criminel de guerre de retour mal opportunément dans son pays natal dans une visite perçue par ses anciennes victimes comme une provocation. Le bi national israélo-américain sera exfiltré du Liban vers Chypre par un hélicoptère américain depuis l’ambassade américaine à Beyrouth.

L’homme a certes échappé à la justice libanaise, mais n’échappera certainement pas au jugement de l’histoire, pas plus que Donald Trump, dont la mandature présidentielle constituera l’un des points les plus noirs de l’histoire américaine.

Une telle duplicité de comportement porte la marque des stigmates de l’Occident et explique un part de son discrédit dans le quart monde.

Georges Ibrahim Abdallah et Amer Fakhoury représentent, en somme,  autant de variations sur le même thème de la décrépitude morale de l’Occident.

Sur Georges Ibrahim Abdallah, cf ce lien https://www.madaniya.info/2019/10/24/proces-georges-ibrahim-abdallah-contre-l-etat-francais/

1 – Malheur aux vaincus:

Le sort des supplétifs n’est jamais enviable.

Soldats perdus d’une guerre perdue, floués par leurs mentors, recyclés dans l’honorabilité des magouilles politiques libanaises, abandonnés par leurs commanditaires israéliens qui leur avaient promis monts et merveilles, gloire et renommée, honnis par la grande majorité de leurs anciens compatriotes, méprisés par les Palestiniens d’Israël, désignés par l’Etat Hébreu du borborygme d’ «Arabes israéliens», qui se sont refusés à leur présence dans leurs communes, reclus dans les agglomérations juives du Nord la Galilée à l’instar de Kiryat Shmona et Nahariya, les lieux de réceptacle du premier feu en cas d’embrasement de la frontière libano-israélienne, ces traîtres libanais vivent les affres de la défaite dans tous ses aspects….

Frappés d’interdit au Liban, ces supplétifs vivent leur exil, en éxilé de l’intérieur au sein de la société israélienne, en vase clos… dans la désillusion, le ressentiment envers l’ingratitude de leurs anciens employeurs et de l’indifférence de leurs anciens chefs de guerre maronites, abandonnés à leur triste et mérité sort depuis deux décennies.

Dans leur infamie, ces félons s’imaginent néanmoins être des héros et, toute honte bue, souhaitent être traités comme tels, exigeant de leur parrain l’édification d’un mémorial à leur gloire, ignorant pour leur plus grand désappointement qu’un supplétif n’est pas un suppléant, mais un appendice dont il est loisible de s’en séparer aisément.

Le précédent des harkis algériens, qui ont pris les armes aux côtés de leurs colonisateurs contre leur patrie d’origine avant d‘être placés en réclusion aux coins les plus reculés de France à leur retour en Métropole, auraient dû nourrir les préventions des libanais à cet égard.

Majoritairement des chrétiens nostalgiques d’une grandeur perdue, qu’ils perdront effectivement du fait de la folle équipée du leadership maronite, particulièrement le chef phalangiste, Bachir Gemayel, élu à la magistrature suprême à l’ombre des blindés israéliens, qui en paiera le prix de sa vie, à la veille de sa prise de fonction.

2 – Le commandant Saad Haddad, la haine anti palestinienne du fondateur de l’ALS.

Saad Haddad (1936-1984), alors en stage à l’arme blindée en France, le premier, mordit à l’hameçon en la personne d’une jeune dame dont il s’éprendra. La prise n’était pas innocente.  L’idylle forgera entre les deux tourtereaux une alliance indéfectible qui conduira le libanais à se lier «de manière éternelle à Israël», à son déshonneur et à sa perte.

Mus exclusivement par une haine anti-palestinienne, cet officier de l’Armée libanaise chargé de commander un bataillon pour combattre les miliciens de l’Organisation de Libération de la Palestine au Sud Liban fera défection et ralliera Israël, un pays pourtant considéré à l’époque comme l’ennemi officiel du Monde arabe et l’usurpateur de la Palestine

A la tête de l’Armée du Liban–Sud, constituée pour l’essentiel de chrétiens recrutés dans Marjeyoun et Qlaya’a, une ville qui dispose d’une importante caserne militaire, Saad Haddad se vivra non comme le symbole de l’autorité libanaise dans la région frontalière, mais comme le représentant de l’Etat hébreu dans le Sud-Liban occupé, dans la «zone de sécurité» créée après l’invasion de 1982.

En fait, il fera office de garde-chiourme des bourreaux des Palestiniens et du déstabilisateur du Liban. Sa sale besogne faite, il décédera de cancer à 48 ans, sans connaître les avatars de l‘armée israélienne au Liban, son dégagement contraint et forcé sous les coups de boutoirs de la Résistance libanaise fédérée autour du Hezbollah libanais et ses partenaires les communistes libanais et le Parti Syrien National Social (PSNS).

La veuve de Saad Haddad demeurera fidèle à la patrie d’adoption de son époux, Israël. Sa fille, une scientifique, plutôt que d’affronter l’opprobre éternel des Libanais, a préféré se diluer dans l’anonymat de la société israélienne, conclusion logique du parcours erratique de son géniteur

3- Antoine Lahad: un trafiquant, fondateur du centre de détention de Khiyam.

Antoine Lahad, le successeur de Saad Haddad à la tête des supplétifs libanais, se distinguera par deux faits d’armes prestigieux pour cet ancien général: La création du centre de détention de Khiam et ses trafics juteux de contrebande et les pratiques de racket des résidents du sud- Liban

Un protégé par Camille Chamoun ancien Président de la République libanaise et membre du triumvirat maronite qui assura la direction des combats des milices chrétiennes, Antoine Lahad, -maronite lui-même, originaire du Chouf-, a pris la tête de la force supplétive libanaise pro-israélienne, à la suite de l’implosion de l’unité qu’il commandait au sein de l’armée libanaise du fait des combats inter-factionnels.

Personnage encombrant, acteur important de l’occupation israélienne du sud du Liban (1978-2000), cet ancien administrateur de la zone occupée par Israël au Liban a jugé sage de ne pas retourner sur sa terre natale lors de l’évacuation forcée militaire israélienne, optant pour une vie discrète en France jusqu’à son décès, à Paris, le 10 septembre 2015, à l’âge de 88 ans, au terme de quinze ans d’exil entre Israël et la France.

Et pour cause: Les services de sécurité libanais ont interdit que sa dépouille soit transférée au Liban, où il fut condamné à la peine de mort par contumace pour «haute trahison» et «intelligence avec l’ennemi».

Pour aller plus loin sur ce thème, cf sur ce lien, le sort tragique du leadership maronite Bachir et Amine Gemayel, Samir Geagea and co https://www.madaniya.info/2017/09/15/malediction-de-sabra-chatila-35-ans-apres/

4 – Amer Fakhoury : Le tortionnaire de la prison de Khiyam

Sur instruction d’Antoine Lahad, l’ALS ouvre en 1985 un centre de détention à Khiyam, un lieu de torture dont l’une des plus célèbres pensionnaires n’est autre que la militante Soha Béchara, passée à la postérité pour avoir tenté d’assassiner le successeur de Saad Haddad à la tête des supplétifs libanais, le général Antoine Lahad en personne.

Lahad confiera la gestion du centre à son subalterne, Amer Fakhoury,  dont les excès et les abus lui vaudront le titre de «gauleiter émérite».

Sous son autorité, Khiam sera ainsi l’un centre de tortures les plus sinistres du monde où des centaines de personnes ont été torturées et ont disparu

5 – Le témoignage de la journaliste Doha Shams.

La journaliste Doha Chams relate qu’«une ancienne détenue a raconté, sous couvert d’anonymat, comment Fakhoury [le directeur de la prison] et ses collaborateurs torturaient les prisonnières durant leur cycle menstruel. Elles étaient frappées sur le dos, sur le ventre et sur les seins, accentuant ainsi leurs saignements, qui se mêlaient à l’eau froide dont elles étaient régulièrement arrosées durant des heures, sous les moqueries de leurs bourreaux.

«Si elle n’a pas été violée, elle et ses camarades étaient dénudées, subissant des attouchements sexuels pendant les séances de torture, avec des câbles électriques ou les mains de leurs tortionnaires. Quant aux hommes, ils étaient crucifiés sur des croix de fer pendant des jours, sans nourriture ni sommeil, à tel point que deux prisonniers ont trouvé la mort.

«Les détenus n’oublient pas non plus les bombes lacrymogènes lancées dans de minuscules cellules sans fenêtre, au moment où Fakhoury et ses hommes réprimaient la révolte des prisonniers, en 1998. Cela avait entraîné la mort de deux prisonniers, ainsi que des maladies respiratoires chroniques chez les survivants, entre autres séquelles».

Le témoignage de Doha Shams sur ce lien  Doha Chams, «Le Liban s’enflamme pour juger le bourreau de Khiam -Cicatrices brûlantes de l’occupation israélienne» [archive], sur Orient XXI, 25 février 2020.

6- 650 supplétifs libanais morts pour la défense d’Israël.

Les supplétifs libanais ont réclamé aux Israéliens l’édification d’un «Monument aux morts» à la mémoire des 650 des leurs tués lors des combats alors qu’ils servaient de garde-frontières d’Israël.

Une requête en cens a été adressée au ministre de la Défense. Dans sa réponse, Naftali Bennett a fait savoir qu’il envisageait de décerner une médaille spéciale en faveur des «combattants de la ceinture de sécurité».

«Le monument aux morts» à la gloire des supplétifs libanais d’Israël a bien existé. Conçu par la famille Richter -le père Yacov et le fils Amnon-  il a été édifié sur la plus haute colline de Marjeyoun, face au château de Beaufort. Inauguré le 22 Mai 2000, il a été détruit deux jours plus tard par le Hezbollah dans la foulée du dégagement militaire forcé des Israéliens.

Depuis lors, la pose de la première d’un nouveau monument a bien eu lieu trois ans plus tard, à Metoullah, (Haute Galilée), mais cette cérémonie est demeurée sans suite.

«Un peuple sans passé ne saurait d’une vision claire de son avenir. Nous revendiquons que soit magnifié notre passé dans les rangs de l’ALS de manière à revivifier notre mémoire après la trahison d’Ehud Barack, à l’époque premier ministre qui avait ordonné le retrait militaire israélien, en abandonnant les alliés d’Israël», proclame le manifeste des traîtres libanais, dont le texte est publié par le site en ligne «Ar Rai Al Yom».

Des dizaines de supplétifs libanais ont saisi la Cour suprême israélienne d’une plainte contre le Shabak, – (Service de sécurité intérieure israélien aussi connu sous le nom de Shin Bet ou le GSS, est l’agence de contre-espionnage israélienne) – et l’Aman (renseignement militaire), accusant ces deux services de renseignements israéliens d’avoir trahi les engagements qu’ils avaient contractés lors de l’accord conclu entre les deux parties en Mai 2000.

La justice israélienne a ordonné le huis clos sur cette affaire en raison de sa nature sensible et aussi et surtout dans le souci d’éviter de révéler le mode opératoire des services israéliens quant au recrutement de ses agents.

Le nombre de supplétifs libanais vivant en Israël s’élève à 3.000, vivant principalement dans les villes juives –Kiryat Shmona, Nahariya- à la suite du refus des Palestiniens de les accueillir en leur sein. D’autres ont préféré prendre large et s’expatrier loin de leur lieu de forfaiture en Australie, au Canada, aux Etats Unis, dont les plus irréductibles ivres de leur haine inassouvie, poursuivent leur engagement au sein du Lobby pro «Forces Libanaises» auprès du Congrès américain, aiguillonné par l’un de leur mentor Walid Pharès, le «Bolton boy’s» par excellence, un isolationniste vindicatif, à ce titre, un des grands artisans des dérives mortifères de l’irrédentisme maronite.

Le portrait de Walid Pharès, un «israélien d’origine libanaise», sur ce lien: https://www.madaniya.info/2018/09/15/walid-phares-ou-les-derives-mortiferes-de-l-irredentisme-maronite/

7- Sous l’impulsion de Saad Hariri et de Samir Geagea, la criminalisation du Hezbollah

A l’instigation de Saad Hariri, furieux d’avoir été débarqué sans ménagement de son poste de premier ministre, en tandem avec son grand féal Samir Geagea, le chef des forces Libanaises (milices chrétiennes),  des parlementaires américains d’origine libanaise, –Nick Rahhal, Charles Boustany et Darrel Issa– entreprendront de criminaliser le Hezbollah, en 2011, par l’adoption par le congrès du HATA (Hezbollah Accountability Act), sur le modèle de la Syrian Accountability Act, adopté, lui, neuf ans plus tôt.

Deux textes législatifs américains ont été adoptés en ce sens dans le vain espoir de faire pression sur la formation chiite et son allié syrien en vue de les contraindre à souscrire au retour au pouvoir de Saad Hariri à Beyrouth et de conformer le Liban à l’ordre saoudo américain… avec en filigrane, pour le chef militaire maronite de se venger de l’humiliante défaite infligée par le Hezbollah à ses sympathisants au sud Liban.

Intervenu moins d’un an avant la mise sur pied de la coalition de l’opposition syrienne off-shore, sous la houlette franco turque, la pression diplomatique du clan Hariri a été aiguillonnée notamment par un autre parlementaire américano-libanais, proche du lobby sioniste aux Etats Unis, Anthony Nicy, ainsi que par Walid Farès, ancien cadre dirigeant des milices chrétiennes libanaises durant la guerre civile libanaise (1975-1990) et recyclé aux Etats-Unis en tant que conseiller auprès de la commission de la lutte anti-terroriste au sein du sénat américain.

Sur cette affaire, cf. Le journal libanais Al Akhbar en date 24 juin 2011 http://www.al-akhbar.com/node/15357

Idole absolu des soldats perdus de l’irrédentisme maronite, Samir Geagea, atteint d’un mal incurable, quittera la scène publique, à plus ou moins brève échéance, sans héritier biologique en mesure d’assurer la relève idéologique. D’anciens fidèles du principal fossoyeur du camp maronite (Tony Frangieh, Dany Chamoun), abusés par sa mégalocéphalite, y voit dans cette fin de parcours sans gloire une intercession d’un châtiment divin pour le plus grand fossoyeur de la cause maronite.

Cf ce lien Samir Geagea, en traitement au centre Gustave Roussy de Villejuif (France) pour le traitement d’un cancer: https://prochetmoyen-orient.ch/orient-ations-271/

A leur retrait du Liban les Israéliens se sont empressés de récupérer leurs agents en leur offrant l’hospitalité en Israël, non pas tant par gratitude ou humanité, mais par crainte que le Hezbollah ne mette la main sur les documents en possession des agents d’Israël et n’en tire profit des interrogatoires des supplétifs, causant de graves dommages aux services israéliens.

Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien, le texte d’Ar Rai Al Yom et la chaîne TV d’Al Mayadeen, la chaîne constituée par des dissidents d’Al Jazeera

8 – Beyrouth, un nid d‘espion

Le paradis libanais tant vanté par les maquettes publicitaires de luxe s’est révélé être une fournaise. A l’ombre de la Dolce Vita et de la farniente de la riviera libanaise, le Liban a longtemps fait office de soupape de sûreté à l’ordre régional, le point de dérivation des conflits inter régionaux, le lieu de dénouement des psychodrames des actes de piraterie aérienne, assumant une fonction tribunicienne pour le compte des pays arabes, dont il en constituait une caisse de résonance, et les mouvements de libération qui leur étaient affiliés.

Une des plateformes opérationnelles majeures de la guerre clandestine à l’apogée de la rivalité soviéto américaine, Beyrouth a tenu la dragée haute en matière d’espionnage aux grandes capitales situées sur la ligne de démarcation du front de la guerre froide. A l’égale de Berlin, immortalisée par les romans d’espionnage John Le Carré, ou de Vienne, passée à la postérité avec son «Troisième Homme d’Hollywood, le film du cinéaste Orson Wells. Théâtre de deux guerres civiles, le Liban s’est révélé une fournaise. Un nid espion en somme.

Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien https://www.renenaba.com/le-tribunal-special-sur-le-liban-a-lepreuve-de-la-guerre-de-lombre/

A l’apogée de sa puissance, l’ALS avait mis en place un service militaire obligatoire d’un an pour tous les hommes de plus de 18 ans vivant dans la Zone de Sécurité du Liban Sud. L’ALS comprend dans les années 1980 jusqu’à 5 000 combattants et disposait de soixante-dix chars d’assaut dont une trentaine de T-54 et T-55.

Dans la décennie 1990, le Hezbollah et les services de renseignement libanais infiltrés au sein de l’ALS affaiblissent progressivement la milice dont les effectifs diminuèrent en 10 ans de 3 000 à 1 500 combattants vers l’an 2000 en vue de son implosion.

Opérant une retraite sans gloire sans avoir rempli les objectifs initiaux de son invasion du Liban, en 1982, avec l’assassinat de son poulain Bachir Gémayel et l’abrogation du traité de paix israélo-libanais sous la pression populaire, fait unique dans les annales internationales, en 1985, Israël propulsera le Hezbollah libanais au firmament de sa popularité, en 2000, en se dégageant militairement du Liban, sans conditions, sans négociations ni traité de paix.

Un précédent qui fera du Liban un curseur diplomatique régional avec Beyrouth comme fonction traumatique des Israéliens, comparable au traumatisme du Vietnam pour les Américains.

Le confessionnalisme politique, c’est-à-dire l’attribution des responsabilités dans les charges publiques en fonction de la religion du postulant, est une calamité instituée par la France en vue de pérenniser son influence au Liban. Tendu à l’extrême, le ressort confessionnel, plutôt que de favoriser la concorde nationale,  anesthésie  tout esprit civique et toute pensée critique, donnant libre cours à des dérives sectaires mortifères …pour le plus grand malheur des Maronites, les grands perdants de la Guerre du Liban.

Trente ans après la fin de la 2eme guerre civile libanaise (1975-1990), le leadership maronite a perdu de sa superbe du fait de ses trop nombreuses turpitudes, la France, leur puissance tutélaire, est désormais réduite à sa portion congrue, les Etats Unis, leur protecteur de substitution, en phase de reflux du Moyen orient.

Du magma libanais émergent toutefois deux institutions: le grand quotidien de Beyrouth, le journal «Al Akhbar», pour indiquer la bonne direction, et le Hezbollah, le chemin de l’honneur.

Vae victis  malheur aux vaincus, le cri de guerre popularisé par le chef gaulois Brennus, vainqueur de  Rome, ne s’est jamais autant si bien appliqué, plaçant ses supplétifs libanais de l’armée israélienne, les vaincus des vaincus du Hezbollah, à la merci de leur vainqueur.

Toutes les nationalités du Monde, même les plus prestigieuses, lui seront de peu de secours face à l‘interdit suprême qui le frappe désormais: La voie du Liban lui est désormais définitivement barrée. À jamais. Un sort identique à son supérieur Antoine Lahad.

Madaniya