Définition et origine du mot « Sceaux »

Son nom lui viendrait, d’après la plupart des historiens, de Celloe, réunion de cabanes de vignerons; et tout indique que cette étymologie est la seule qui puisse être acceptée.

Voici, à cet égard, l’opinion toujours très précieuse de l’abbé Lebeuf : « Il est constant, dit-il, par tous les titres les plus anciens qui soient restés touchant ce lieu, que le nom latin est Celloe, nominatif pluriel. On trouvera bon que j’en fasse d’abord le détail, parce qu’ils serviront en même temps à faire connaître depuis quel siècle il est parlé de ce village. Aucun ne remonte au delà du XIIe siècle.

« Le premier, qui est au plus tard d’environ le commencement du règne de Philippe-Auguste, est un simple don qu’une nommée Adélaïde, femme de Manasse, fait aux moines de Longpont-sous-Montlhéry, d’un arpent de vigne situé in clausulo suo apud Cellas . Les suivans sont du XIIIe siècle. Par l’un, le Chapitre de Paris achetant des terres proche Bourg-la-Reine, marque qu’elles sont situées inter viam de Cellis et fontem de Blagiis. Par l’autre, le même Chapitre déclare qu’il a une grange à Ceaux, et que Pierre de Quennes, chevalier, et autres, ont quitté pour certain prix les redevances qu’ils pouvaient y prendre, in grangia nostra de Cellis. Par un troisième acte, Jean de Bercencourt, chanoine, donna à l’église de Paris, une pièce de vigne in territorio de Cellis, loco qui dicitur: entre deux voës, conliguam vineoe Decani de Castaneto. Ces titres irréprochables se trouvent appuyés d’un autre acte de l’an 1221, dont l’écrivain du notaire ne sachant pas le mot latin de Ceaux, l’a écrit comme on l’écrivait alors en françois. Par ce dernier acte, Gautier, abbé de Saint-Germain des Prez, notifie un accord touchant des terres que Guillelmus de Burgo Reginoe et alii tenebant versus Ciaux et apud sernitam de Castaneto et de Antoniaco. On voit par là combien les notaires ou actuaires de ces temps reculés étaient loignés de croire que le nom du village en question vint du mot latin Sigilla ou de celui de Salices, ou du mot Situli, car quelques modernes ont aussi mis de Situlis. Ils étaient à portée plus que nous de connaître la manière d’écrire de ceux qui les avaient précédés, et quelques-uns d’entre eux pouvaient ne pas ignorer que s’étant formé un Bourg sur la grande route d’Étampes et d’Orléans, au bas de la côte, à main droite, les maisons qui furent répandues dans le dessus et parmi les vignes, durent naturellement ressembler aux cabanes des vignerons et être appelées Celloe. De ce mot on fit d’abord Ceels en langue vulgaire, ensuite Ceals, et enfin Ceauls ou Ceaux ; de même que de Sacra Cella, abbaye de Cisterciens entre Nemours et Montargis, on a fait Saircreceaux, qu’on prononce maintenant Sercanceaux. Je ne regarde comme d’aucun poids, pour l’orthographe du nom du Village dont il s’agit, la manière de l’écrire des gens du Barreau, parce que souvent ils ont pu se mouler sur d’autres mots usités parmi eux, tels que sont ceux de Scel et Sceaux, qui leur sont familiers, et que je ne crois pas qu’ils se piquent d’être de grands étymologistes. Il s’était glissé dans le Bréviaire de Paris au 17 août le mot de Salices en parlant de ce Village. On m’a averti qu’il vient d’être changé dans la dernière édition in-8, en celui de Sigilla, qui est encore pis, puisque c’est un mot latin fait sur le nom français altéré.

J’aurois bien souhaité pouvoir me servir pour le mot Celloe de l’autorité du pouillé de Paris du XIIIe siècle, mais ce lieu n’y est nullement spécifié, ce qui prouve en passant que lorsqu’il a été écrit, Ceaux n’était pas encore une Cure, et que les maisons qui y étaient répandues faisaient partie de la paroisse de Châtenay. Au reste, cette Cure est nommée de Cellis dans le Pouillé latin du XVe et du XVIe siècle, et dans celui de l’an 1626, comme aussi dans le Catalogue latin manuscrit des Bénéfices dépendant de Notre-Dame de Paris. »

Pour mieux préciser la question, j’ai fait, d’après les titres anciens et les documents les plus dignes de foi, le relevé suivant, qui indique de quelle façon on écrivait le nom de cette localité, à diverses époques.

1221. — Ciaux.
1250. — (vers). — de Cellis.
1349. — Ad Ecclesiam de Ceaux.
1359. — de Seauls.
1399. — Vacat Eccl. Paroch. de Seaux.
1435.1478. — Curam de Seaulx.
1465. — Seaulx
1494. — de Sellis.
1517. — de Cellis.
1546. — de Cellis, seu de Sugillis. — Suivant Ducange, Sugillatio est synonyme de Sigillatio. Sugillum était donc synonyme de Sigillum : cachet, sceau. Mais c’est une étymologie peu vraisemblable.
1548. — Ceaux.
1551. — Seaulx. — Acte aux Archives Nationalés
1554. — de Cellis, seu Situcis. — Situcis est mis ici, très probablement, pour Situlis, comme en 1623. D’après Ducange, Situla désignait une mesure de capacité pour les liquides, qui s’est depuis appelée en vieux français: seillié, scellée, seigle, seau, seillette.
1560. — Seaulx.
1590. — Ceaulx.
1605. — de Cellis, vulgo de Ceaulx
1607. — de Cellis (de Ceaulx).
1609. — Sceaux. — Titre des Actes de Catholicité.
1613. — de Scellis, alias de Sceaux. —Registre de Catholicité, au 13 juillet. Mention manuscrite, en latin, d’inscription des baptêmes en cet endroit, par le curé Pipelart.
1620. — Seaux. — Titre du Mortuaire. — Actes de Catholicité.
1623. — de Selis. — Acte de décès, en latin, du curé Wallerand.
1623. — de Situlis, vulgo de Seaulx, alias de Cellis.
1631. — Seaulx. —Actes de Catholicité.
1632. — Ceaux.
1638. — de Situlis, seu Salicibus, alias de Seaux (et Seaulx). — Cette désignation de Salicibus, impliquerait une étymologie identique à celle de Saulx-les-Chartreux.
1652. — Sceaux. — Testament.
1654. — Sceaulx. — Titre des Actes de Mariage.
1654. — Sceaux. — Acte de Catholicité.
1662. — Seaux.
1663. — Sceau.
1665. — 1666. — Sceaux. — Actes de baptême.
1669. — Seaulx.
1669. — Sceaux. — Titre du 3e registre des Actes de Catholicité. — Époque correspondant à l’arrivée de Colbert dans le pays.
1676. — Seaux. — Description de la chapelle.
1678. — Sceaux. — Titre du 5° registre des Actes de Catholicité.
1680. — Seaux. — Poème de Quinault.
1687. — de Salicis, vulgo Seaux.
1688. — Sceaux.
1689. — Seaulx. { Actes notariés relatifs à Seignelay.
1701. — Sceaux.
1702. — Seaulx. — Bail de la fabrique. Acte notarié. Le copiste a dû répéter ici l’orthographe des Actes précédents.
1708. — Seaux. — CORNEILLE. Dictionnaire universel géographique.
1711. — Sceaux.
1721. — Sceaux.
1730-46. — Sceaux. — Actes notariés.
1730-48. — Seaux. — Actes notariés.
1737-47. — Seaux. — Actes notariés et actes officiels des diverses autorités du pays.
1749. — Sceaux. — Notes d’un curé du temps.
1758. — Ceaux, ou comme l’écrivent les modernes, Sceaux. —LEBEUF. Histoire du diocèse de Paris.
1759. — Seaux ou Ceau. — Description de la Généralité de Paris.
1761. — Sceaux. — Dictionnaire de Trévoux.
1765. — Sceaux, Seaux ou Saulx, Salix. — Piganiol de la Force.

Je n’indique que pour mémoire les appellations modernes de cette localité : Sceaux-du-Maine, sous le duc du Maine; Sceaux-Penthièvre, sous le duc de Penthièvre; Sceaux-l’Unité, sous la première révolution. Aujourd’hui, Sceaux tout court.

J’ajoute enfin, parce que je ne l’ai trouvé que dans cet auteur, que Delort ( Voyages aux environs de Paris, Paris, 1821, 2 vol. in-8) prétend (tom. I, pag. 66, en note) que « ce ne fut qu’à l’époque où le grand Colbert fit bâtir le château que l’on écrivit Sceaux, comme garde des sceaux. »

Les gens du protocole qui, ainsi que le fait remarquer judicieusement l’abbé Lebeuf, n’étaient point étymologistes, ont bien pu, en effet, être entraînés par

l’usage de leurs bureaux, et écrire plus souvent Sceaux que Ceaux; mais, pourtant, dans les actes de cette époque, ce nom continue à être diversement orthographié. La vérité est que l’étymologie de ce nom prêtant à interprétation,
en rend la traduction difficile; et pour faire adopter la forme actuelle, il a fallu le développement de l’instruction, à tous ses degrés, et des habitudes d’’administration plus rigoureuses qu’autrefois.

On voit par ce qui précède, que la manière d’écrire le nom du pays, soit en latin, soit en français, a subi de nombreuses variantes. Le plus souvent, les différences sont uniquement dans l’orthographe. Quelquefois, le changement porte sur l’étymologie. Mais la forme qui domine entre toutes est celle de Cellis; les autres variantes sont laissées ou reprises successivement, ce qui prouve que ces différences tiennent uniquement à l’ignorance ou à la négligence des copistes. En ces temps-là, au reste, comme on en a de nombreux exemples, pour les noms de famille, notamment, on attachait peu d’importance à l’orthographe des mots. Ainsi, en 1687, nous trouvons : De Salicis, vulgo Seaux;— en 1638, ce qui est plus décisif: De Situlis, seu Salicibus, alias de Seaux; — puis en 1627 : De Situlis, alias de Cellis, vulgo de Ceaux.

Constatons au surplus, avec Freund (Grand Dictionnaire de la langue latine. Paris, 1855, tome Ier, p. 455, au mot Cella, æ.), que d’après Varron, l’étymologie du mot est incertaine. Il doit signifier: l’endroit où l’on serre, où l’on conserve quelque chose; la traduction varie selon l’adjectif qui y est joint: cellier, garde-manger, chambre, office, grenier, magasin, fruitier, etc. Dans ses diverses acceptions, il indique : Une pièce destinée à la conservation des fruits ou au séjour des animaux de basse-cour ; un endroit où l’on serre l’huile, le vin, les provisions; un cellier où l’on met le vin. Cette dernière désignation, qu’on retrouve dans Virgile (Georg., 2, 96), me paraît, à en juger par quelques textes du cartulaire de Notre-Dame, absolument applicable au Sceaux ancien. C’était selon moi, un cellier pour les vins des environs, une remise pour les vins du côteau. Je sais que l’on peut dire aussi, avec l’opinion vulgaire, que ce mot s’applique tout aussi bien métaphoriquement, à de petites habitations, à des cabanes, ou même à des chambres de domestiques et d’esclaves. Enfin, abandonnant l’étymologie la plus généralement acceptée, je constate que dans les auteurs latins (Vitruve, Pline, Petrone, etc.), ce mot signifie encore : partie du temple où se trouvait la statue du dieu; sanctuaire, chapelle, niche, cabinet de bain; et même: cellule, loge d’une prostituée.

Voir l’article complet « origine de sceaux« 

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